5 juillet 2015, 14ème dimanche ordinaire, année B, Mc 6,1-16 /
Les textes de ce dimanche nous permettent d’éclaircir quelques-unes de nos idées et donc d’ajuster nos façons de vivre notre foi. Saint Paul nous parle de sa fragilité, d’une écharde dans sa chair et affirme que c’est lorsqu’il est faible, qu’en fait, il est fort ! Étonnant, non ? Surtout de la part d’un saint Paul, si zélé par ailleurs et n’hésitant pas à se montrer en exemple : « Frères, prenez-moi tous pour modèle, et regardez bien ceux qui vivent selon l’exemple que nous vous donnons. » (Ph 3,17)… Est-ce, alors, sa perfection qu’il montre en exemple ou sa disponibilité à la grâce ? Jésus, que les habitants de Nazareth croient connaître, n’est pas accueilli avec autant de foi que dans d’autres villages. On ne voit pas en lui un prophète, et encore moins le Fils de Dieu, mais juste le charpentier du village dont on connaît bien la famille… Ne confondent-ils pas ce qu’ils savent de lui et une véritable connaissance de son être ? Enfin, l’évangile de ce dimanche nous dit, de façon là encore étonnante, que Jésus ne put, à Nazareth, accomplir aucun miracle… mais qu’il fit juste quelques guérisons ! Nous voyons donc qu’il y a bien des choses à ne pas confondre : perfection n’est pas sainteté ; savoir n’est pas connaître et guérison n’est pas toujours miracle !
Ne pas confondre perfection et sainteté !
« Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (2 Co 12,9) On pourrait développer cela par rapport à bien des dimensions de notre vie, mais saint Paul parle d’une « écharde dans sa chair ». Aussi, Xavier Thévenot nous éclaire à propos de la chasteté (à laquelle sont invités tous les baptisés) et de notre sexualité : « Etre chaste c’est renoncer à un monde sans faille, sans échec… être capable d’intégrer la déception… La chasteté casse ce rêve d’un monde puriste et me rend capable d’aimer… La chasteté me fait découvrir que je peux être imparfait dans le domaine de la sexualité et pour autant devenir, par le don de Dieu, un saint. Car la sainteté ne consiste pas à être parfait : elle consiste à tenter de dépasser, par l’action de l’Esprit, nos failles et, quand celles-ci sont indépassables, à les situer pour laisser Dieu mener son combat en nous dans la certitude qu’il nous aime tels que nous sommes. »[1] Non, la sainteté ne correspond pas à une perfection de mœurs, mais à une disponibilité à l’action de la grâce en nous ! Rappelons-nous le parcours de Paul comme persécuteur, le manque de foi de Pierre sur le lac ou son reniement de Jésus, cela ne les a pas empêchés de devenir des saints… Sainte Bernadette Soubirous lance un jour à ses sœurs, au couvent de Nevers : « Je voudrais qu’on nous parle des défauts des saints et ce qu’ils ont fait pour se corriger. Cela nous servirait bien plus que le récit de leurs miracles ou de leurs extases ! »
Ne pas confondre savoir et connaître !
Les habitants de Nazareth savent des choses sur Jésus : qu’il est charpentier, qu’il est le fils de Marie et le frère de Jacques, José, Jude et Simon, ainsi que de ses sœurs… Mais ils ne le connaissent pas ! Ils ne connaissent pas son être profond : sa bonté, sa tendresse, sa puissance, son amour, sa divinité ! Nous aussi nous savons des choses sur ceux que nous croisons, mais les connaissons-nous ? Nous pouvons enfermer l’autre dans son métier (ce n’est qu’un charpentier, qu’une femme de ménage…) ; dans une histoire familiale (on les connaît les Dupont !) ; dans une maladie (c’est un lépreux, c’est un sidéen…) ; dans un handicap (c’est un handicapé, c’est un aveugle…) ; dans une ethnie (c’est un noir, c’est un Québécois, c’est un Tutsi…) ; dans un péché (c’est un voleur, c’est une prostituée…) ; dans une tendance (c’est un socialiste, c’est un homosexuel…) etc. Non ! L’autre est toujours un homme, une femme, un enfant avec ses défauts, ses limites, ses particularités, et surtout son mystère d’être humain et d’enfant de Dieu appelé à la ressemblance du Très-Haut ! Et ce qui est le plus marquant, dans notre passage d’évangile, c’est que Jésus ne peut déployer tout son être à Nazareth à cause des étiquettes collées sur lui…. De la même manière que nous empêchons l’autre de donner le meilleur de lui-même, quand nous l’enfermons dans ce que nous croyons savoir de lui !
Ne pas confondre guérison et miracle !
Enfin, pour qu’une guérison soit reconnue comme miraculeuse par l’Église, il faut deux conditions, nous rappelle le médecin responsable du bureau médical de Lourdes[2]. Premièrement, elle doit échapper aux lois habituelles connues de l’évolution de la maladie en question et, deuxièmement, elle doit amener le bénéficiaire et les témoins à reconnaître une signification spirituelle à cet événement. C’est-à-dire qu’elle doit permettre une plus grande adhésion de foi au Christ Sauveur. Voilà pourquoi Jésus qui s’étonnait du manque de foi à Nazareth, ne peut faire aucun miracle, mais uniquement quelques guérisons qui ne sont pas mises en lien avec la découverte de Jésus comme Sauveur du Monde. Les guérisons ne sont que des signes pour nous inviter à la conversion. Voilà pourquoi, poursuit le médecin de Lourdes, il y a moins de guérisons physiques à Lourdes aujourd’hui, car ce lieu est reconnu comme un lieu de rencontre du Seigneur, et les miracles de Lourdes sont surtout tout ce qui se passe à la chapelle de la réconciliation et toutes les personnes qui repartent de Lourdes avec un surcroit de foi, d’espérance et de charité !
Alors, ne confondons plus :
Perfection et sainteté,
Savoir et connaître,
Guérison et miracle !
Et déjà notre vie en sera changée…
[1] Xavier Thévenot, Repères éthiques pour un monde nouveau, Salvator, 1983. (extraits)
[2] Pour plus de précision voir l’article sur catholique.org
Comment nous nourrissons-nous ?
« Je suis le pain qui est descendu du ciel » (Jn 6,41) ; « Je suis le pain de vie » (Jn 6,48) ; « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel » (Jn 6,51) Ces paroles insistantes de Jésus rencontrent-elles un écho chez nous ? D’où pensons-nous tenir la vie, et comment l’entretenons-nous ? Notre existence n’est-elle que le fruit d’un heureux hasard biologique ? Notre venue en ce monde ne dépend-elle que de la rencontre de nos parents ? Ou croyons-nous vraiment que le don de la vie nous vient de Dieu ? Si nous répondons oui, alors la question subséquente est la suivante : Comment entretenons-nous cette vie ? Comment nous nourrissons-nous ? D’une nourriture purement terrestre ou également d’une nourriture céleste ? Il est assez incroyable que même nos contemporains athées aient pris conscience de la nécessité de la méditation. On parle aujourd’hui volontiers de « méditation laïque », de « méditation de pleine conscience » etc… Ces nouveaux « méditants » ont au moins pris acte que l’être humain est un être spirituel qui a besoin de nourrir sa spiritualité… Alors, à plus forte raison, nous qui croyons que notre vie vient de Dieu, quels moyens prenons-nous pour nous nourrir spirituellement ? Le discours du pain de vie nous aide à répondre : il en va de notre vie sacramentelle, de notre vie christique, de notre vie spirituelle.
Nourrir notre vie sacramentelle…
« Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. » (Jn 6,51) Un premier angle de lecture de notre passage évangélique est, bien évidemment, l’angle eucharistique et sacramentel. Le pain de vie renvoie à l’eucharistie comme nourriture essentielle de notre vie. Mais attention à ne pas tomber dans une compréhension magique de l’eucharistie. Ce n’est pas en communiant de manière magique à l’hostie consacrée que nous obtiendrons la vie éternelle promise. Bien sûr il en va de notre adhésion à la vie du Christ par toute notre vie, j’y reviendrai plus loin… Mais, déjà, notre façon de vivre l’eucharistie la rend plus ou moins nourrissante : communion-nous à la communauté fraternelle rassemblée ? Communions-nous à la Parole de Dieu proclamée et commentée ? Communions-nous à la vie du monde et de l’Église portée dans la prière ? Communions-nous, finalement, avec foi, à la vie du Christ reçue dans le pain consacré ? Nous nourrir du pain de vie dans la célébration eucharistique c’est donc nous nourrir de toutes ces dimensions de la célébration. Mais l’eucharistie, nous le savons, se prépare et se prolonge dans les autres sacrements, et notamment le sacrement de la réconciliation. Si nous revenons fréquemment au sacrement de la réconciliation et au sacrement eucharistique, alors oui la vie de Dieu peut irriguer toute notre vie.
Nourrir notre vie christique…
L’eucharistie a, en effet, pour but de configurer notre vie à celle du Christ, elle ne s’arrête donc pas au moment de la célébration mais elle vient nourrir toute notre vie pour qu’elle soit de plus en plus semblable à celle du Christ. Communier à la chair et au sang du Christ c’est vivre le même type de vie : une vie donnée par amour. Par l’eucharistie nous devenons d’autres Christ, nous devenons ses mains, sa voix, ses yeux, ses jambes pour écouter, consoler, pardonner, soigner, relever, proclamer la Bonne Nouvelle, aller à la rencontre de l’autre : le prisonnier, l’étranger, le migrant, l’appauvri etc… Ce qu’on peut appeler une vie christique… « Si quelqu’un mange de ce pain-là, il vivra éternellement. » (Jn 6,51)
Nourrir notre vie spirituelle…
Le pain du ciel, c’est donc cette nourriture qui nous vient de notre vie sacramentelle, cette nourriture qui nous vient d’une vie donnée à la manière du Christ, mais encore tout ce qui peut nous permettre de nourrir notre vie spirituelle : temps de récollection, temps de retraite, lecture assidue de la Bible, lecture spirituelle, prière quotidienne, oraison, méditation, accompagnement spirituel… Le Christ peut passer par tous ces moyens et par d’autres encore pour alimenter notre vie spirituelle. Certes, nous ne sommes pas tous moines, moniales, religieux ou religieuses, et peut-être ne pourrons-nous pas mettre en œuvre toutes ces ressources, mais ce n’est pas une excuse pour les délaisser toutes ! À chacun de voir ce qui peut nourrir sa vie spirituelle aujourd’hui, lors d’un temps de ressourcement ou dans le rythme de la vie quotidienne. Comme je le disais plus haut, même les non-croyants – ou du moins certains d’entre eux– prennent des moyens pour nourrir leur vie spirituelle, il serait vraiment curieux que nous soyons à la traîne…
« Je suis le pain de vie ! »
Quels moyens prenons-nous pour accueillir cette nourriture ?
Vie sacramentelle, vie christique, vie spirituelle…
Comment nous nourrissons-nous ?