Retraite dans la vie ‘Dieu est amour’

Avec Benoît XVI (Encyclique Deus Caritas est) et frère Emmanuel de Taizé (Un amour méconnu) cinq méditations  de juin 2009 de votre blogueur  :

(J’espère ne pas avoir laissé trop de coquilles dans ces textes d’abord prévus pour une utilisation orale…)

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Aveuglement originel !

3 avril 2011, 4ème dimanche de carême A, Jn 9,1-41 /

Ce récit de guérison de l’aveugle de naissance, unique cas de toute la Bible, n’est pas un récit de guérison comme les autres. Cet aveugle qui n’a pas de nom -une fois de plus chez Jean, pour que le lecteur puisse mieux s’identifier à lui-, nous parle de l’être humain en général marqué par les ténèbres, la finitude et la mort, par l’impossibilité d’accéder à la lumière, à la plénitude et à la Vie par lui-même. La guérison, l’illumination, la recréation opérée par Jésus dépasse, bien-sûr, ce signe réalisé près du temple de Jérusalem, il met en scène l’ensemble de l’œuvre du Salut opérée par Jésus Christ !

Une réponse au mal ?

La scène s’engage sur la question du péché : « Pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché ou bien ses parents ? » (Jn 9,2) On retrouve ici une thèse classique de l’époque qui consiste à attribuer tout mal, y compris la maladie, au péché personnel. Thèse que défendent les amis de Job, en lui expliquant que ses malheurs viennent de son péché. Question toujours actuelle, plutôt formulée en ces termes aujourd’hui : « s’il y avait un Dieu, qui plus est supposément bon, le monde ne serait pas dans un tel état de malheur ! » La réponse de Jésus, qui sera la réponse de toute sa vie, jusqu’à la croix, consistera non pas à expliquer d’où vient le mal mais à le dissocier de Dieu, à lutter contre tout mal, à se tenir du côté des souffrants et enfin à ouvrir une porte de sortie par sa résurrection. Dans la scène qui nous intéresse, Jésus en effet va d’abord dissocier le mal d’une logique de rétribution (non ce n’est ni lui, ni ses parents qui ont péché), puis il va apporter un remède contre ce mal (guérison) et enfin ouvrir une porte de sortie : « Crois-tu au Fils de l’Homme ? » C’est-à-dire, crois-tu à celui qui vient du ciel pour rassembler les hommes et les élever à la participation de la vie de Dieu ? : « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle » (Jn 3,14-15). Cette réponse concrète au mal, plus qu’une réponse à ‘la question du mal’, n’est-elle pas à faire nôtre ?

Un aveuglement originel ?

En parallèle avec sa réponse éthique au mal, Jésus invite à déplacer notre questionnement. La question n’est pas tant celle du péché que celle de l’aveuglement originel dont il vient sortir l’humanité. En effet, d’une part il y a l’aveugle de naissance, qui connaît sa condition d’aveugle, et d’autre part il y a la figure des pharisiens qui ne reconnaissent pas leur aveuglement. « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché » (Jn 9,41), c’est-à-dire que si vous reconnaissiez votre aveuglement, vous ne seriez pas pécheurs. Jésus affirme ici que nous sommes tous des aveugles de naissance, que cela ne vient pas du péché mais de la condition humaine, le péché consistant, lui, à refuser l’action de Dieu pour nous sortir de cette condition. L’être humain ne peut connaître la vérité plénière sur Dieu, sur le sens de la vie, sur la façon de mener sa vie, qu’en se laissant enseigner par Dieu lui-même. Depuis le récit de la Genèse, à propos de l’arbre de la connaissance, jusqu’à cette fausse connaissance de la Loi par les pharisiens, en passant par les prétentions de Job à mettre Dieu en procès, c’est toujours ce même thème qui revient : celui de l’incapacité de l’être humain à trouver, par lui-même, les réponses aux questions existentielles, et donc de la nécessité, pour y accéder, de se laisser enseigner par Dieu lui-même. Il nous faut prendre acte de cet aveuglement originel, si nous voulons accueillir la révélation apportée par Jésus Christ !

Une illumination qui engage !

Attardons-nous maintenant sur le parcours de cet aveugle. La sortie de son aveuglement, c’est-à-dire son illumination, va se faire progressivement et, loin d’être uniquement intellectuelle, va l’engager très loin dans le témoignage. Notons d’abord la façon de plus en plus significative dont l’ex-aveugle parle de Jésus à ses interlocuteurs : « L’homme qu’on appelle Jésus » (au verset 11)… « C’est un prophète » (v. 19)… « Un envoyé de Dieu » (v.33)… « Je crois Seigneur [que tu es la Fils de l’Homme] » (v.38). Il découvre petit à petit la véritable identité de Jésus, grâce, là encore, à l’aide de Jésus lui-même qui vient le retrouver, à la fin du récit, pour parachever son illumination. Par ailleurs, cette compréhension fait de lui un témoin, un envoyé (c’est le sens du nom de la piscine de Siloé, d’après Jean). Et ce témoignage devient de plus en plus hardi : « Je ne sais pas » (v.12)… « Est-ce un pécheur, je n’en sais rien,… mais je sais que maintenant je vois. » (v.25)… « Pourquoi voulez-vous encore m’entendre…serait-ce que vous voulez devenir ses disciples ? » (v.27)… finalement il fait la leçon aux pharisiens « Vous ne savez pas d’où il est, voilà ce qui est bien étonnant ! » (v.30) ce qui lui vaut d’être expulsé de la Synagogue. Cet ex-aveugle représente bien la figure de tout baptisé : plongé dans l’eau du baptême, guéri de son aveuglement, envoyé pour témoigner. N’est-il pas remarquable que, très tôt, les premiers chrétiens parleront du baptême en ces termes : « Ce bain s’appelle illumination ! » (cf. Justin vers 100-160)

 

Puisque nous sommes tous des aveugles nés…

Désirons-nous faire nôtre la réponse du Christ au mal,

Souhaitons-nous le laisser nous sortir de notre aveuglement originel,

Afin que l’illumination, déjà reçue à notre baptême, porte fruit ?

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Parabole du Royaume !

J’évoquais, début janvier, au seuil du cours de théologie sur la vie religieuse, la difficulté à parler de façon juste de la vie religieuse. Ce cours avec Sr. Sylvie Robert (auxiliatrice), vient de s’achever. Il fut assez long et touffu, et je ne puis vous en faire un résumé. Mais, comme à mon habitude, et en vue déjà d’un profit personnel, j’aimerais vous partager ce que je retiens surtout de ce cours.

Le fondement de la vie religieuse repose sur une expérience spirituelle originale : Un « Toi seul » dit au Christ sans autre « toi seul ». En effet toute vocation chrétienne est appelée à mettre le Christ au centre de son existence. Mais, dans le mariage le « Toi seul » adressé au Christ ne peut être effectif sans un « toi seul » adressé au conjoint[1]. L’élément discriminant de la vie religieuse, c’est-à-dire l’élément invariant qui caractérise la vie religieuse, c’est le choix du « célibat volontaire ». Il n’est pas choisi pour lui-même, ni en premier, il ne définit pas la vie religieuse, mais il se fonde sur une vie toute donnée au Seigneur.

Cette vie toute donnée au Seigneur prend corps essentiellement dans une « une manière de vivre ». La vie religieuse n’est ni au-dessus, ni au-dessous, ni en avant, des autres formes de vie chrétienne, elle est un choix explicite d’une manière de vivre : « La profession religieuse est inséparablement remise de toute sa vie à Dieu et choix explicite d’une manière de vivre[2] : la vie dans l’institut ou au monastère, la Règle de vie et tout le patrimoine spirituel de la congrégation ou de l’ordre, ainsi que les vœux tracent les contours de cette manière de vivre. »[3] Cette vie se place sous le primat de la Parole de Dieu, dans une vie fraternelle, portée par les trois vœux et dans l’attente du monde à venir[4].

Plusieurs auteurs, ont dénoncé la place trop  accentuée des trois vœux pour caractériser la vie religieuse, avec le risque d’une compréhension trop juridique et ascétique. Nous l’avons déjà dit, tout chrétien est appelé à vivre les conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Ce ne sont donc pas des traits distinctifs de la vie religieuse. De plus, les recherches historiques récentes font apparaître que la référence systématique aux trois vœux, lors de la profession religieuse, est relativement récente. La triade apparaît comme telle au milieu du XII siècle et ne s’impose définitivement qu’au XV siècle.  Les conseils évangéliques ne se limitent pas à trois, on pourrait nommer la miséricorde, l’humilité, la compassion, le service, la simplicité etc. De même, les vœux étaient variés au Moyen-âge : vœux de pénitence, vœux de faire pèlerinage… Philippe Lécrivain, relisant l’histoire de la vie religieuse, met en valeur l’unique vœu de profession, auquel s’engageaient les premiers moines. Les trois vœux « sont donc à comprendre comme les moyens concrets de vivre le vœux de « conversion des mœurs », d’engager notre vie toute entière dans sa durée, dans sa stabilité, et dans toutes les dimensions humaines corps et parole »[5].

Le renvoi au Royaume, à l’au-delà, c’est-à-dire la dimension eschatologique de la vie religieuse est aussi à préciser. Le mariage chrétien, en effet, renvoie lui aussi à l’au-delà. Le sacrement du mariage signifie que c’est en Dieu que se situent la source et l’achèvement de l’amour des époux. Cet amour aura à se défaire de la chair, ne serait-ce qu’au moment du décès d’un des conjoints, et à se tourner vers ce qui ne passe pas. Mais dans la vie religieuse la tension entre l’ici-bas et l’au-delà est vécue de façon différente. Le célibat, le fait de ne pas avoir d’enfants, une fraternité ouverte, nous tournent d’emblée vers le ciel. C’est à partir de l’au-delà que nous sommes renvoyés dans l’ici-bas, il s’agit de vivre ici-bas à partir du Royaume. Dans le mariage le mouvement est inverse, c’est à partir de l’ici-bas que la famille est renvoyée à l’au-delà, il s’agit de vivre ici-bas en vue du Royaume.

Enfin, pour penser la Mission de la vie religieuse, Sylvie Robert, nous propose de parler de « Parabole du Royaume » ! On a, en effet, souvent parlé de la vie religieuse en terme de réponse aux défis d’une époque, mais cette vision utilitariste de la vie religieuse pose problème. Jésus Christ a-t-il répondu aux défis de son temps ? (Si l’on pense à l’occupation romaine, par exemple, nous ne trouvons guère de réponse en Jésus Christ)… Les listes de défis à relever sont souvent interminables et engagent notre regard sur le monde sur le seul versant négatif au risque d’inciter à la déprime face à notre inefficacité. Et puis sommes-nous tellement hors du monde que nous viendrions de l’extérieur répondre aux défis ? L’autre expression très répandue fut celle de la vie religieuse comme un signe prophétique. Sans nier l’intérêt de ce langage, il n’est pas sans susciter d’autres difficultés : premièrement le signe n’est pas toujours perçu comme tel, il suffit de penser au signe de la mise en commun des biens qui, lorsqu’il donne lieu à de grandes institutions, n’est pas perçu, a priori, comme un signe prophétique de vie pauvre ! Deuxièmement, comment peut-on se proclamer soi-même prophète ? Nos préoccupations de visibilité et de lisibilité d’une vie prophétique risquent fort de nous tourner excessivement vers nous-mêmes. Enfin, il s’agit de laisser passer à travers nous la lumière de Dieu et non pas de nous prendre pour la lumière. Quant au Royaume son annonce est discrète et cachée : « Le règne de Dieu ne vient pas d’une manière visible. On ne dira pas : ‘Le voilà, il est ici !’ ou bien : ‘Il est là!’ » (Lc 17,20-21)

Penser la mission de la vie religieuse comme Parabole du Royaume, semble plus prometteur. D’abord, la parabole est modeste, elle ne dit pas « voilà ce que vous devez faire ou ne pas faire », mais elle donne à penser. Les paraboles partent toujours du quotidien, et invitent à le regarder sous un certain angle, en ce sens penser la vie religieuse, en tant que parabole, rend plus solidaire de ce que vivent tous les humains. La Parabole n’est qu’un récit utilisé par Dieu pour interpeller un auditeur. Le travail d’interprétation reviens à l’auditeur qui peut s’identifier à tel ou tel personnage de la parabole, pas toujours d’ailleurs en terme de modèle à suivre (que l’on pense au frère aîné de la parabole dite « du fils prodigue », ou encore aux vignerons homicides…) La Parabole donne à penser la vie, en référence au Royaume de Dieu, mais sans être de l’ordre du modèle à suivre… La vie religieuse peut, ainsi, être parabole, y compris à son insu, elle parle du Royaume de Dieu, sans prétendre être de l’ordre du modèle à suivre… L’efficacité de la parabole est remise à celui qui parle (Dieu) et à celui qui écoute… La vie religieuse est, de la sorte, décentrée d’elle-même. L’inefficacité de la vie religieuse, peut aussi parler du Royaume, la vie du Christ et sa mort en croix, fut d’abord un échec apostolique… La vie religieuse doit consentir à son impuissance, sans aucune démission pour autant… La Bonne Nouvelle du Royaume est souvent inefficace à vue humaine !

Il y aurait beaucoup d’autres choses à ajouter et à nuancer, mais j’espère que ce partage vous aura fait sentir un peu l’état de la réflexion théologique sur la vie religieuse… Pour ceux qui veulent aller plus loin, la meilleure synthèse actuelle se trouve dans le livret de la COREFF sur L’identité de la vie religieuse, référencé dans les notes… Merci à la sœur Sylvie Robert pour ce parcours…

Un « Toi seul » sans autre « toi seul »…

Une manière de vivre…

Une Parabole du Royaume…

Est-ce que cela éclaire l’identité de la vie religieuse ?


[1] Commission théologique de la Conférence des Religieux et Religieuses de France, L’identité de la vie religieuse, CORREF, Janvier 2011, p.26 Contact : www.corref.fr

[2] Philippe Lécrivain, Une manière de vivre, Les religieux aujourd’hui, Lessius, 2009

[3] CORREF op. cit. p.33

[4] Ibid. p.33-38

[5] Ibid. p.36

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Deux assoiffés !

27 mars 2011, 3ème dimanche de carême A, Jn 4,5-42 /

Quelle rencontre ! Éminemment humaine, éminemment divine : un homme, Jésus, fatigué par la route, assoiffé vient se reposer au bord d’un puits, lieu des rencontres et notamment des rencontres amoureuses. Une femme, sans nom -afin que l’on puisse mieux s’identifier à elle comme c’est souvent le cas dans l’évangile de Jean- en quête d’un amour insatiable, en quête de vérité, assoiffée elle aussi, vient chercher au bord du puits de quoi se désaltérer. Mais la scène qu’il nous est donné de contempler, parle surtout de la rencontre du Sauveur et de l’humanité, du rendez-vous entre Jésus Christ et chacun d’entre nous. Ferons-nous le même parcours que la Samaritaine ? D’abord assoiffée, puis désaltérée, elle permettra alors à d’autres d’accéder à la source d’eau vive.

Assoiffée !

Remarquons bien la double soif. C’est Jésus, en premier lieu, qui exprime sa soif et qui demande à boire. Il a soif de rencontrer l’humanité, d’être accueilli par elle et surtout de lui manifester l’amour inaliénable de Dieu envers elle, et ceci jusqu’à la croix : « J’ai soif ! ». D’autre part, c’est la soif de la Samaritaine qui permettra la rencontre. Ne vient-elle pas au bord du puits, lieu des rencontres amoureuses, pour trouver un autre mari, elle en à déjà eu cinq plus un sixième, assoiffée d’un amour idéal toujours inassouvi ?  Mais sait-elle que cette quête nécessairement vouée à l’échec ici-bas n’est que l’expression de son désir d’absolu, de son désir de Dieu. C’est Jésus qui l’aidera à en prendre conscience et qui amènera la discussion sur un terrain plus essentiel. Alors qu’elle demeure à un niveau superficiel de sa soif,  « Donne-moi de cette eau que je n’aie plus à venir puiser ici », Jésus va lui permettre de passer à un autre niveau : attention à ne pas me prendre pour ton septième mari : « Appelle ton mari… ». Et, sur cette demande, non seulement elle va faire une opération de vérité sur sa vie mais elle va, de plus, exprimer sa véritable quête qui est spirituelle : « où [et comment] faut-il adorer Dieu ? » Voilà, en fait, à quel niveau se situe son véritable désir ! Quant à nous, et à nos contemporains, dans les quêtes souvent partielles de bonheur, tendues vers tel ou tel objet, vers telle ou telle image du bonheur, qu’est-ce qui s’exprime en fait ? N’est-ce pas une recherche de plénitude ? De quoi sommes-nous assoiffés ?

Désaltérée !

La Samaritaine était venue, supposément, chercher de l’eau au puits, or voilà qu’elle repart en laissant sa cruche vide, sur place ! Sa soif a été assouvie ! Repérons bien à quel moment cela semble s’opérer. Il n’est évidemment plus question d’eau, car ni elle, ni Jésus ne puisent dans ce puits. Il n’est pas question non plus d’un nouvel amour de substitution, car Jésus ne se laisse pas prendre au jeu de la séduction et du septième mari. Ce ne sont même pas les propos de Jésus sur l’adoration de Dieu en esprit et en vérité qui déclenchent son départ. Celui-ci n’intervient qu’au moment où elle comprend que Jésus est le Messie qu’elle attend, le Sauveur, c’est-à-dire celui qui peut mener sa vie à sa plénitude ! Voilà sa véritable soif assouvie ! Croyons-nous cela possible aussi pour nous ?

Source à son tour…

Cependant l’itinéraire de la Samaritaine ne s’arrête pas là ! Comme sur le chemin d’Emmaüs, comme sur la montagne de la Transfiguration, le moment fugace de l’illumination laisse immédiatement place à la mission. En effet, dès que Jésus affirme clairement qu’il est le Messie, les disciples arrivent, viennent rompre le charme, d’une certaine manière, et introduire une rupture au sein de ce temps d’intimité et de face à face. La Samaritaine s’empresse alors d’aller partager aux siens ce qu’elle vient d’expérimenter : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait [tout ce que je désire], ne serai-t-il pas le Messie ? » Et son expérience de rencontre de Jésus va permettre à d’autres de faire également leur propre expérience de Jésus Christ : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant, nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. » Remarquez bien avec quelle finesse elle va transmettre sa foi, non pas en leur disant « j’ai trouvé le Messie », mais en suscitant la curiosité de ses interlocuteurs, c’est-à-dire en les ouvrant à leur propre soif : « ne serait-il pas le Messie ? » Quelle admirable pédagogie de transmission de la foi ! Finalement la Samaritaine a mis en œuvre la parole du Christ : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai aura en lui une source jaillissante pour la vie éternelle ! » Ressourcée, elle devient une personne ressource pour conduire à l’unique source du Salut ! L’itinéraire de la Samaritaine n’interpelle-t-il pas le nôtre ?

Quelle est notre soif profonde ?

Croyons nous que le Christ puisse l’assouvir ?

Et faire jaillir, en nous, une source de vie pour nos frères et sœurs ?

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Contemplation !

Un peu de silence durant le carême, cela ne fait pas de mal…

Je vous propose donc quelques sites pour méditer en silence, ou en musique…

Bonne balade…

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Une expérience nécessaire ?

20 mars 2011, 2ème dimanche de carême A, Mt 17,1-9 /

L’expérience de Pierre, Jacques et Jean rapportée dans ce récit de la Transfiguration sera centrale pour leurs vies d’apôtres. Bien des années plus tard, en effet, Pierre écrira : « Ce n’est pas en nous mettant à la traîne  de fables sophistiquées que nous avons fait connaître la venue puissante de notre Seigneur Jésus Christ, mais pour l’avoir vu de nos yeux dans tout son éclat […] et la voix [de Dieu], nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. » (2 P 1,16…18) Et pour nous, est-il nécessaire de vivre une telle expérience de Jésus Christ ? Désirons-nous vivre une telle expérience ? Et comment l’authentifier ?

Une expérience toujours singulière !

Pierre, Jacques et Jean furent les uniques témoins de la Transfiguration. Le Christ les a choisis, eux, et emmenés « à l’écart sur une haute montagne ». Avaient-ils plus besoin d’être confirmés dans leur foi que les autres apôtres, était-ce en vue d’un dessein particulier, d’une exigence ultérieure plus grande ? Mystère… Paul aussi vivra « sa transfiguration », son expérience fondatrice, sur le chemin de Damas… Quant aux autres apôtres, rien de tel, mais les récits de rencontres fondatrices du Christ : Jésus s’invite chez Matthieu, malgré son statut de publicain, et celui-ci se découvre aimé en dépit de ses péchés. Philippe raconte à Nathanaël qu’il a trouvé celui qu’il cherchait et dont on parlait dans la Loi de Moïse, etc. Des expériences toujours singulières, qui mettront en route les disciples, mais des expériences pas forcément extraordinaires ni tout à fait décisives. Pierre, bien qu’il ait bénéficié de la vision du Christ transfiguré, le reniera trois fois… Paul, après sa chute, n’y verra plus rien jusqu’à ce qu’un chrétien plus expérimenté lui ouvre les yeux…. Les apôtres, après avoir bénéficié des multiples enseignements de Jésus, vu tous les miracles qu’il a opérés et vécu le lavement des pieds, l’abandonneront au jour de la Passion. Ces différentes évocations vous permettent-elles de revisiter votre ou vos propres expériences de Dieu ? Un moment unique dans votre vie que vous pouvez identifier ? Des rencontres qui vous auront révélé le visage de Dieu ? Des « petites » expériences  multiples tout au long de votre histoire ? De quelle contemplation singulière de la Transfiguration avez-vous bénéficié ?

Une expérience à rechercher ?

« Tu nous as faits pour Toi, Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi » (saint Augustin). Cultiver ce désir de contempler un jour le visage du Christ transfiguré relève bien de nous, mais quant à la forme, au moment et au lieu, comme pour toute rencontre, cela dépend des deux personnes qui désirent se rencontrer. L’évangile nous montre que Jésus prend ici toute l’initiative, mais Pierre, Jacques et Jean avaient auparavant mis librement leur pas dans les pas du Nazaréen et accepté les ruptures nécessaires pour marcher à sa suite. Les évangiles nous rapportent, à plusieurs reprises, que Jésus lui-même prenait les moyens nécessaires pour se mettre à l’écart et nourrir son intimité avec le Père. Or, ce temps de carême est justement un temps favorable pour se laisser mener à l’écart sur la montagne, dans le désert… Ou, si cette période ne correspond pas vraiment avec notre rythme de vie, le carême nous rappelle la nécessité de trouver notre temps et notre espace favorable pour nous laisser mener à l’écart : une retraite, une lecture spirituelle, un coin de jardin, une marche dans la nature… Oui, si nous désirons vivre une vraie expérience de rencontre de Dieu, encore faut-il en prendre les moyens. Pour que la rencontre puisse s’opérer, chacun doit faire un bout du chemin…

Une expérience authentique ?

Enfin, les repères ne manquent pas, dans les évangiles, pour authentifier une vraie expérience de rencontre du Christ. D’abord, un certain effet de surprise : ni Pierre, ni Jacques, ni Jean, ni Paul, ni Matthieu, ne s’attendaient à l’expérience qu’ils ont vécue. Ce qui incite à croire qu’elle ne fut pas le fruit de leur imagination, ou d’un échauffement mystique qu’ils auraient eux-mêmes suscité. Deuxièmement, l’expérience est toujours fugace : « Levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus, seul » ; comme sur le chemin d’Emmaüs, où Jésus disparut dès que les deux disciples le reconnurent. Puisque nous ne sommes pas encore au ciel, les moments de communion au divin ne peuvent qu’être fugitifs, il nous faut redescendre de la montagne. Troisièmement, la Parole de Dieu vient éclairer notre expérience, d’où la présence ici de Moïse et d’Elie, la Loi et les Prophètes. Enfin, toute expérience authentique de Jésus Christ nous renvoie à la communauté fraternelle des disciples, au service, à l’annonce de l’évangile dans l’amour et l’humilité… Jésus Christ redescend de la montagne pour donner sa vie à Jérusalem… Pierre, Jacques et Jean sont renvoyés au témoignage qu’ils auront à rendre, après la Résurrection… Paul doit humblement se laisser guérir et enseigner par la communauté de Damas. L’expérience authentique de la rencontre de Jésus-Christ n’est jamais une expérience au service de mon confort spirituel personnel !

Contempler Jésus transfiguré, à ma manière…

N’est-ce pas une expérience nécessaire

pour devenir un vrai disciple ?

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Oriente ta liberté !

13 mars 2011, 1er dimanche de carême A, Mt 4,1-11 /

Pour entrer en carême, ce « temps favorable » pour la vie spirituelle (cf. 2 Co 6,2), la liturgie nous propose le récit des tentations de Jésus au désert. Un texte éminemment anthropologique, puisqu’il reprend différentes dimensions de la vie humaine (l’avoir, le vouloir, le pouvoir), face auxquelles nous devons apprendre, selon l’exemple de Jésus, à nous situer de manière plus juste. Mais plutôt que de détailler ces trois aspects, interrogeons-nous sur la prémisse. L’interrogation porte d’abord sur l’identité : « Si tu es le Fils de Dieu… », et c’est la réponse de Jésus à cette question, et sa manière de comprendre cette identité, qui entraînera les réponses subséquentes sur sa manière de vivre, de décider et de donner sa vie. Il en va de même pour nous. Nous pourrions traduire ainsi la tentation fondamentale : « Si tu es un être libre, ne t’occupe ni de Dieu ni des autres, mais satisfais tes envies comme bon te semble… ». Or l’Évangile nous dit : Si tu es libre… oriente ta liberté !

Si tu es le Fils de Dieu…

Le récit des tentations au désert n’est qu’un concentré de l’unique combat que devra mener Jésus, tout au long de sa vie, à propos de son identité. Israël attendait le Messie et la plupart des textes bibliques le présentait comme le roi accompli, le nouveau David, le défenseur de la Torah, le puissant libérateur qui anéantirait l’ennemi. Cependant, quelques textes prophétiques, notamment en Isaïe, annonçaient un Messie humble, serviteur et souffrant. Or, dès cette scène au désert, l’option est claire, Jésus ne sera pas le Messie triomphant, mais bien le Fils du Dieu d’amour : un amour qui libère de tout repli sur soi, un amour qui oblige à servir la vie, un amour gratuit, sans préalable. Non, sa puissance de Fils de Dieu ne sera pas de l’ordre de la magie, ne servira pas à sa propre fin, elle sera capacité d’anéantissement, d’humilité, de don total, pour faire exister de l’altérité,  de la réciprocité, de l’amour. Non, son Père ne sera pas un rival dont il devra s’affranchir, mais il sera, à la fois, abba (papa), mère, époux, épouse, ami – toutes ces figures utilisées déjà par le premier testament pour parler de Lui – et bien au-delà, encore, de ces images trop humaines. Jésus choisira donc d’emblée d’être Fils de ce Dieu-là ou, plutôt, d’accueillir ce qu’il est vraiment, Fils de Dieu… Alors il sera libre pour aimer…

Si tu es libre…

Quelle est mon identité ? Un amalgame de cellules biologiques fruit du hasard ? Un animal pensant ? Un être improbable projeté dans une vie de non-sens ? Un humain à l’horizon très terrestre… Ou un fils bien-aimé, une fille bien-aimée du Père ? Qu’est-ce qui m’empêche d’accueillir pleinement cette identité ? L’assurance que Dieu n’existe pas ? La peur de me poser la question ? Les fausses images de Dieu qui encombrent mon esprit ? La question du mal que je crois avoir résolue en niant Dieu ? Le désir de me réaliser ici-bas sans parier sur l’au-delà ? La revendication d’une indépendance libertaire ? Toutes ces questions sont légitimes, mais le combat de Jésus au désert laisse entendre qu’elles sont certainement de l’ordre de la Tentation… C’est-à-dire de l’ordre du combat à mener en moi, comme en tout être humain, pour accéder à ma vraie identité, sans me laisser prendre dans les pièges du repli sur soi, de l’instrumentalisation de l’autre, du refus d’une origine qui m’échappe etc… Ensemble de tentations qui, loin de me permettre d’accéder à la liberté, risque fort de m’enfermer dans mes conditionnements humains. Au contraire, la vie de Jésus,  et celles d’un grand nombre de ses disciples, témoignent que l’acceptation de leur identité d’enfant bien-aimé les a rendus pleinement libres pour aimer jusqu’au bout !

Oriente ta liberté…

Ce temps du carême n’est-il pas favorable pour accueillir, de nouveau, mon identité d’enfant bien-aimé ? C’est-à-dire pour me libérer un peu plus –même si cela prend toute une vie– de ce qui m’empêche d’aimer ? N’est-ce pas un temps favorable pour réorienter ma liberté, pour mener le combat d’une vraie libération ? Pour ne pas me laisser mener, à mon insu, par toutes les tentations qui veulent me faire croire que mon identité réside dans mes possessions, dans mon pouvoir sur les autres, dans ma supposée liberté à faire ce que je veux ? N’est-ce pas un temps favorable pour chercher à ne plus orienter ma vie vers moi, mais vers les autres et le Tout-Autre !

Si tu es enfant de Dieu…

Si tu es libre…

Oriente ta liberté !

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Le temps du désir !

Nous voici donc de nouveau engagés dans le temps du carême… En voyant s’enchaîner ainsi, d’année en année, le cycle liturgique, je repense au P. Christian Blanc qui rêvait d’une année liturgique sur deux ans afin d’avoir le temps de voir venir et de savourer… Mais puisque nous n’avons pas le choix de maîtriser le temps et les saisons qui passent, essayons d’investir au mieux ce qui nous est donné. Cet aveu d’impuissance, n’est peut-être pas sans rapport avec l’expérience du carême : expérimenter le manque, pour cultiver le désir, au service de la vie !

Expérimenter le manque…

Il va sans dire que vouloir expérimenter le manque dans nos sociétés repues est d’une actualité criante. Les sociétés « modernes » veulent en effet nous faire croire que notre vie consiste à consommer, à combler nos envies, à fuir les soucis du quotidien par toute sorte d’évasion. Et, bien sûr, nous embarquons facilement dans ce mouvement puisqu’il fait appel à ce qu’il-y-a de plus primaire dans notre première enfance. Petit enfant nous croyons, en effet, que le monde tourne autour de nous, que les êtres qui nous entourent sont à notre service exclusif, jusqu’à croire qu’ils ne sont qu’un prolongement de nous même… Expérience fusionnelle de l’enfance, expérience de toute puissance consistant à satisfaire de façon immédiate tous nos besoins et à mettre à distance toute frustration possible. Or, justement pour exister, pour découvrir son identité d’être singulier, pour avancer vers une vie adulte, il va nous falloir expérimenter la frustration, le manque, le vide, l’altérité des êtres chers, qui n’existent pas que pour moi, qui ne sont pas des prolongements de moi ! Réinvestir de façon positive cette expérience du manque, est donc essentiel, ne serait-ce que pour grandir humainement.

Cultiver le désir…

Le manque n’est pas un but en soi, mais il permet d’ouvrir un espace pour autre chose, pour rompre le cercle qui ramène tout à moi, pour entendre mes véritables désirs. À vouloir satisfaire dans l’immédiat toutes mes envies, de nourriture, de plaisir, d’image, d’évasion, je risque de croire que ma vie consiste en cela. Le cercle infernal de cette course à la satisfaction de mes envies nouvelles peut me donner l’illusion d’une vie vraiment remplie, passionnante, réussie… Et puis survient un deuil, une épreuve de santé, et tout ce « beau monde » s’écroule. Le temps du carême, est justement un temps favorable pour sortir de cette spirale sans fin, ou pour y mettre un frein, afin de laisser place, non plus, à mes envies mais à mes véritables désirs. Désir d’aimer et d’être aimer, désir d’être heureux et de donner du bonheur autour de moi, désir d’absolu et de plénitude… En résumé désir des autres et du Tout-Autre ! Beaucoup font l’expérience de cela lors du pèlerinage de Compostelle par exemple, une vie toute simple, de silence, de marche, de manque, qui ouvre à la rencontre des autres et du Tout-autre. Il n’est pas anodin de noter que l’arrivée à Compostelle est souvent difficile, car le désir entretenu tout au long des semaines disparaît, et la simplicité de la vie du marcheur s’évanouit. Cette expérience, renvoie à une question plus essentielle : comment faire de notre vie un pèlerinage, une vie de désir, une vie simplifiée, une marche en avant vers les autres et le Tout-Autre ? Le carême n’est-il pas un bon temps pour se remettre en chemin ?

Au service de la vie…

Ces quelques réflexions d’Henri Boulad[1], à propos de la chasteté dans la vie religieuse me semblent fort éclairantes : « Dieu ne comble pas le vide de notre cœur en y versant sa consolation. Non ! Dieu n’est pas un substitut à l’amour humain, il ne compensera jamais l’absence d’une femme (ou d’un homme) dans notre vie »… « Lorsque nous sommes loin de ceux que nous aimons, nous devons tenir bon sans combler l’absence, c’est une très grande consolation, car le fait de laisser le vide béant sauve le lien qui nous unit. »… « Dieu ne comble pas le cœur qui se donne à lui : il le laisse vide, et ce vide est justement sa présence en creux au fond de nous ! » Evidemment ces réflexions interpellent bien au-delà de la vie religieuse. Elles nous redisent que dans tout état de vie, le désir est au service de la vie, de l’amour, de la croissance humaine. Nous sommes profondément des êtres de désir ! Mais pour apprendre à se maintenir dans le désir, cela prend toute une vie, et pas mal de carêmes…


[1] Henri Boulad, Chasteté et consécration, Anne Sigier, 2003, p.15 et 16

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Une tradition spirituelle à transmettre !

Proche des sujets abordés la semaine passée, mais avec un éclairage différent, nous nous sommes interrogés cette semaine sur la question de la transmission à des jeunes religieux d’une tradition spirituelle. Quatre temps pour aborder cette question :

  1. Quatre témoins…
  2. Qu’est-ce qu’une tradition spirituelle ?
  3. Comment nos congrégations se rattachent-elles, ou non, à une tradition spirituelle ?
  4. Comment former à la vie religieuse dans une tradition spirituelle ?

1.      Quatre témoins…

C’est d’abord une Carmélite qui nous a présenté sa tradition spirituelle. Une des originalités de cette tradition tient à ses origines sans fondateur connu… De plus, né en Terre Sainte, au Mont Carmel, au XIIIème siècle  durant les croisades, le premier groupe anonyme de Carmes devra très rapidement réinventer sa manière de vivre et se réapproprier l’intuition de départ. L’expérience de vie érémitique en Terre Sainte ne dura en effet qu’une cinquantaine d’années (tout au plus) et, dès avant 1235, ils rentrent en France. La tradition carmélitaine est donc marquée par une incessante réappropriation, d’où la référence non pas à un fondateur mais à des grandes figures ayant incarné, au cours des siècles, de manière exemplaire et nouvelle, l’esprit carmélitain : Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux, Edith Stein etc… La vie d’une carmélite est suspendue à un fil unique : Faire l’expérience de l’amitié avec le Christ sur le chemin de la prière !

C’est ensuite une Petite Sœur du Sacré Cœur (Charles de Foucault) qui nous a présenté sa tradition. En partant essentiellement de la vie de Charles de Foucault. Trois traits marquants dans cette tradition : la vie de Jésus de Nazareth (vie cachée, recherche de la dernière place, crier l’évangile par sa vie et non par sa parole, un rayonnement de Dieu à travers nos faiblesses, découvrir la présence de Dieu dans la simplicité de la vie…) ; place de l’Eucharistie et de la Parole de Dieu (adoration, être avec, temps de désert, trouver l’équilibre entre présence à Dieu et présence aux hommes) ; La fraternité (frère de tous, se faire accueillant à tous, se laisser accueillir et aider, une nécessaire réciprocité, être avec et aller vers).

Troisième témoin, un dominicain, ou plutôt un frère prêcheur, nous a partagé sa tradition. Tout leur être doit être une prédication : Contempler et transmettre aux autres ce qu’on a contemplé ! Né au treizième, avant l’époque des spiritualités plus systématiques, ils n’ont pas, d’après le témoin rencontré, une spiritualité propre. D’ailleurs Dominique n’a rien écrit… Leurs sources sont plutôt la Parole de Dieu, le dogme et la méthode universitaire… Ils sont plus des théologiens que des spirituels. D’ailleurs leur tradition n’est pas porteuse d’une pédagogie spirituelle pour la prière d’oraison. Mais bien sûr de nombreuses traditions, sur la manière de vivre, sur la manière de gouverner (plus démocratique que la plupart des instituts religieux), sur la manière d’étudier marquent leur patrimoine spirituel.

C’est enfin un franciscain, ou plutôt un frère mineur, que nous avons rencontré. Dans sa présentation très personnelle de l’esprit franciscain il a insisté sur plusieurs points : le christomorphisme de François : se laisser conformer au Christ. N’étant pas un théologien, François insistera sur la forme de vie, sur la pratique, sur une incarnation littérale de l’Écriture. Par ailleurs notre témoin insista sur les multiples lectures interprétatives de la vie de François. Dès le départ, ces lectures multiples donneront différents visages du franciscanisme. Sur la pauvreté chez François, nous sommes invités à quelques correctifs : la pauvreté chez François n’est pas un ascétisme mais un retour à la source : Tout bien vient de Dieu ! Il ne travaillera pas à changer les structures sociales, il ne critiquera jamais les riches, car l’aspect du choix volontaire de la pauvreté est central. Il sera exigeant avec ses frères qui ont fait ce choix librement et non pas envers ceux qui ne l’ont pas fait. C’est sur cette base d’une pauvreté, où tout bien vient de Dieu, que François invitera à une fraternité, non seulement avec tous les humains, mais aussi avec les animaux, avec le règne végétal et le règne minéral. Et, au-delà même du terrestre, avec les astres, frère soleil, sœur lune, sœurs étoiles etc… Une communion de fraternité en Dieu… Il n’y a pas, pour autant chez lui, de culte des éléments. Cette communion se fonde sur une liberté courtoise et fraternelle. L’homme n’est pas le grand prêtre de la matière. La terre a des droits mais nous aussi, il ne parle pas simplement de notre mère la Terre, mais aussi de notre sœur la Terre… Nous sommes sur un plan de fraternité, d’égalité…

2.      Qu’est-ce qu’une tradition spirituelle, qu’un courant spirituel ?

Non pas un sous-groupe de l’Église, mais une mouvance, un accueil original de l’Évangile. Une mouvance, donc quelque chose de dynamique, dans le sillage d’une figure de référence ou d’un groupe de référence, pas pour une tâche particulière, pas pour un lieu particulier. Mais un certain esprit, une manière de vivre, une intuition, des convictions, des accentuations, une ambiance, un rapport particulier à l’évangile (sélection de textes de prédilection, interprétation, réorganisation à partir d’un fil conducteur et diffusion de cette intuition dans toutes les dimensions de la vie) ; Une expérience fondatrice à laquelle on se réfère de manière dynamique ; Parfois une pédagogie spirituelle et toujours une structuration de la foi…

Il est à noter qu’un courant spirituel nourrit largement, au-delà de la vie religieuse, des laïcs ou des prêtres pas nécessairement « associés ». Mais existe-t-il des courants spirituels durables qui ne sont pas reliés à des instituts religieux ou de vie consacrée ?…

3.      Comment nos congrégations religieuses se rattachent-elles, ou non, à un courant spirituel ?

Plusieurs cas de figure :

– Instituts nés en-même temps que le courant spirituel (par exemple quand l’initiateur du courant est également fondateur de la congrégation ou de l’ordre… Jésuites, franciscains…) Ici pas trop de problème, si ce n’est le risque de s’enfermer et le risque d’un rapport fondamentaliste au fondateur…

– Instituts nés au sein d’une tradition spirituelle… Ici aussi pas trop de problème, ils sont d’emblée marqués par leur courant spirituel. Exemple des congrégations de St Joseph fondées par le père Médaille, jésuite…

– Instituts nés par réinterprétation d’un élément de la spiritualité d’un courant : exemple des Carmélites apostoliques, ou de bénédictins apostoliques… Ici attention à ce que la réinterprétation ne trahisse pas le fond commun…

– Instituts nés sur l’inspiration d’un fondateur qui prend appui sur une spiritualité. Quel est le type d’appui ? Quelle est sa force structurante ? Sa cohérence ? Risque d’une faiblesse des sources spirituelles…

Rattachements à plusieurs spiritualités… Cela peut être assez problématique, surtout lorsque l’on a été fondé pour une œuvre particulière… Ou bien il y a une spiritualité dominante, ou bien on fait du « zapping »… Il s’agit de construire une cohérence, et de ne pas fonder son identité sur des œuvres…

4.      Comment former, dans la vie religieuse, à une tradition spirituelle.

Je serai assez bref, car j’ai déjà été trop long, mais disons que la transmission la plus problématique peut être du côté de la vie spirituelle, non pas du côté de l’intuition du fondateur, de la manière de vivre, des œuvres etc… Car si notre tradition comporte une pédagogie spirituelle (sur la manière de prier, sur l’accompagnement, sur la pratique du discernement, sur les vœux…) cela va bien. Mais, si elle n’en comporte pas, il faudra être particulièrement attentif à ces points (formation à la prière, accompagnement, discernement), pour les mettre en place en cohérence avec la tradition de la congrégation (et non pas selon les particularismes du formateur), et, si l’on fait appel à une autre tradition spirituelle, il est nécessaire d’en comprendre aussi la cohérence et la logique propre.

Ouverture…

Dans le contexte où de nombreux laïcs se rapprochent des congrégations religieuses pour partager leur spiritualité, les différentes questions évoquées pour la formation des religieux et religieuses résonnent également fortement pour la formation des laïcs. Cette actualité est une chance à saisir pour être plus au clair sur notre spiritualité, sur nos sources et sur notre pédagogie spirituelle…

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Quelle réussite ?

6 mars 2011, 9ème dimanche A, Mt 7,21-27 /

Décidemment ce sermon sur la montagne nous aura donné bien du fil à retordre… Nous arrivons ce dimanche à la conclusion, tout aussi problématique que ce qui l’a précédée : « Beaucoup me diront : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?’ Alors je leur déclarerai : ‘Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !’ » (Mt 7,22-23) Ailleurs, pourtant, le Christ remet justement à ses disciples ces pouvoirs de guérison, d’expulsion des démons et d’annonce de la Parole. Ces actes ne sont-ils pas bons ? Ne mettent-ils pas en œuvre la volonté du Père ?

Parole et vie !

Lorsque des paroles du Christ, ou de la Bible en général, nous posent problème, il y a toujours un recours infaillible : comment le Christ a-t-il vécu cela ?… Dans une première approche, on peut dire que le Christ a passé son temps à enseigner, à chasser des démons et à faire des miracles, cela ne doit donc pas être si mal que cela. Par ailleurs, aussi bien Matthieu que Marc et Luc rapportent que Jésus a donné autorité aux Douze sur les esprits impurs, pour qu’ils les chassent et qu’ils guérissent toute maladie et toute infirmité. (cf. Mt 10,1) En même temps, il nous faut remarquer qu’à de nombreuses reprises, Jésus semble exaspéré par cette demande incessante de miracles : « Poussant un profond soupir, Jésus dit : ‘Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ?’ » (Mc 8,12) Et finalement, quel sera le signe ultime donné par Jésus ? Sa mort en croix… où justement se joue de façon extrême la soumission à la volonté du Père ! Ce qui donne une toute autre résonnance à notre passage : « il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur… mais il faut faire la volonté de mon Père » (Mt 7,21) autrement dit, le lieu d’authentification d’une vie en conformité à la volonté du Père ne se joue pas dans des succès, dans des miracles, dans du magico-religieux mais dans le don total de notre être par amour ! Aussi, « réclamer » des miracles  pour la canonisation d’un saint, pose tout de même problème…

Puissance trompeuse !

Nous l’avons dit, Jésus donne à ses disciples un certain nombre de pouvoirs : ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront des serpents dans leur mains, ils pourront boire des poisons mortels, ils guériront les malades (cf. Mc 16,17-18). Mais, il met aussi en garde : « Rien ne pourra vous nuire. Pourtant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits impurs vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux » (Lc 17,20) Une nouvelle fois, il nous invite à sortir d’une mentalité comptable, comme si notre salut dépendait de nos œuvres, comme si notre entrée dans le Royaume dépendait d’une accumulation de bonnes actions : ‘n’est-ce pas en ton nom que nous avons fait ceci, cela et encore ceci et cela ?’ Méfions-nous de nos apparentes réussites apostoliques. Le Christ au moment ultime fut conspué par la foule de Jérusalem, abandonné de ses amis et ne sera accompagné jusqu’à la croix que de quelques femmes et d’un seul disciple… Quelle réussite ! Pourtant son nom était inscrit dans le cœur de Dieu !

Le roc de l’amour !

Une des difficultés de ce texte, et non des moindres, consiste à tenir ensemble, d’une part, que les œuvres, mêmes bonnes, ne permettent pas d’entrer dans le Royaume et, d’autre part, qu’il s’agit non seulement d’écouter les belles paroles de Jésus mais de les mettre en pratique ! On peut déjà, c’est vrai, distinguer œuvres et œuvres, le sermon sur la montagne ne parle pas de miracles à faire mais d’amour du prochain, de cohérence de vie, de quête de l’essentiel ; mais le cœur de l’interpellation se situe surtout du côté d’une intimité d’amour avec Dieu, qui passe par une intimité d’amour avec les autres : « Je ne vous ai jamais connus, écartez-vous de moi, vous qui faites le mal ». Saint Jean dira cela à longueur de pages dans ses épitres : « n’aimons pas en paroles mais en acte et dans la vérité » (1 Jn 3,18), « celui qui aime connaît Dieu. Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu » (1 Jn 4,7-8), « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » (1 Jn 4,16) La mise en pratique des paroles du Christ atteste qu’on se laisse prendre par son amour, elle nous permet de construire une maison solide, sur le roc de l’amour. Mais le véritable amour étant gratuit, nul calcul possible, nulle thésaurisation possible, nulle réclamation de récompense possible, il en ira uniquement d’une reconnaissance mutuelle au moment de la rencontre ultime !

Quelle réussite cherchons-nous ?

Miracles, succès apostoliques, récompenses…

…ou intimité d’amour au jour le jour ?

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