« Icône de la Trinité » d’Andrei Roublev

Pour la fête de la Sainte Trinité, voici un beau commentaire de l’icône de « l’Hospitalité d’Abraham », dite « Icône de la Trinité » d’Andrei Roublev, Propos recueillis lors d’une conférence prononcée à l’université du Québec à Montréal le 28 novembre 1996, revus et augmentés par le Hiéromoine Cyrille. (source   http://www.pagesorthodoxes.net/trinite/trinite2.htm )

L'hospitalité d'Abraham

L’hospitalité d’Abraham

 

ANDRÉ ROUBLEV

C’est au XIVe siècle qu’un moine russe pieux, André Roublev, a écrit l’icône de la Trinité, telle qu’elle est connue. Un concile de l’Église orthodoxe russe, le Concile des Cent Chapitres de 1551, qui s’est penché sur la question des icônes, en finalisant les canons iconographiques, a reconnu en cette icône le modèle même de l’icône. L’icône de Roublev est un modèle, pas uniquement au niveau de la technique, quoique ce soit une icône parfaite au niveau de la technique, mais un modèle au niveau des doctrines, car c’est une icône, qui, d’une manière extraordinaire, sert justement l’objet de l’icône ; elle est donc une catéchèse sur Dieu, sans le représenter. Quand nous sommes devant cette icône, nous ne sommes pas devant une représentation de Dieu mais devant une catéchèse sur Dieu, et la piété de ceux qui vénèrent l’icône vénère, bien sûr, le mystère trinitaire. Ainsi, nous sommes en présence de Dieu, sans le voir, sans le comprendre. Dans notre langage humain, nous allons essayer de voir ce que la tradition théologique véhicule par rapport à notre conception chrétienne de Dieu. Les chrétiens sont les seuls, parmi les trois religions monothéistes, à croire en la Trinité. Les juifs et les musulmans n’acceptent pas ce mystère ; pour eux, les chrétiens sont des polythéistes, des idolâtres, qui adorent plusieurs dieux. Mais que la tradition chrétienne affirme l’unicité de Dieu, à l’intérieur d’une Trinité de personnes. La théologie nous dit que ces trois personnes sont coéternelles et consubstantielles : comment alors représenter cette Trinité ?

L’HOSPITALITÉ D’ABRAHAM

Et voilà, l’inspiration géniale est venue à saint André Roublev (1360? – 1430?), qui, après avoir jeûné et prié pendant presque quarante jours, se met devant son chevalet, et une idée lui vient, l’histoire d’Abraham. Abraham, un nomade à qui Dieu promet depuis longtemps qu’il aura une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel (Genèse 15, 5). Mais Abraham vieillit, et sa femme aussi, puis il devient impensable de croire qu’ils auront un enfant. Alors Abraham utilisera la Loi ; il va vers Agar, la servante de sa femme, et Ismaël naît de cette union (Genèse 16, 1-15). Abraham s’imagine que Dieu a accompli sa promesse, jusqu’au jour où trois personnages se présentent devant sa tente, trois personnages qui lui disent : Dans un an voici que Sara ta femme aura un fils (Genèse 18, 10). Sara, qui prépare le repas à l’entrée de la tente, et qui tend l’oreille pour savoir ce que les hommes sont en train de raconter, « pouffe de rire » en entendant ceci. Elle arrive avec son plat et un des trois dit, Pourquoi ce rire de Sara ? Sara nie en disant : Je n’ai pas ri. À sa naissance, on appellera le petit : « j’ai ri », car Isaac veut dire « j’ai ri ». Il porte ainsi le contexte de son histoire.

Dieu est celui qui réalise sa promesse. Paradoxalement, dans le texte biblique, parfois Abraham s’adresse aux trois visiteurs au singulier, parfois au pluriel. Les Pères de l’Église ont vu là une prémonition ou une « pré-révélation » du mystère trinitaire. Trois personnages viennent donc chez Abraham et quand ils sont partis, Abraham constate qu’il a vu le Seigneur. C’est l’expression que les Évangélistes reprennent après la Résurrection. Jésus apparaît aux disciples ; au début on ne sait pas trop qui il est, on n’est pas en mesure de le nommer, mais on le reconnaîtra comme le Seigneur. L’Évangile de Jean nous raconte l’histoire de la pêche miraculeuse sur les bords de la mer de Tibériade (Jean 21, 1-13). Jésus est sur les bords du lac et leur demande : Eh, les enfants, n’avez-vous pas un peu de poisson ? Les Apôtres répondent Non ; ils étaient restés là toute la nuit sans rien prendre. Jésus leur dit :Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. Les disciples recommencent la pêche ; ils prennent 153 gros poissons et Pierre ramène le filet à terre. Jésus leur demande de venir manger, et Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » sachant que c’était le Seigneur. Comme Abraham, les disciples ont la certitude de la présence du Seigneur.

Comme d’autres iconographes avant lui, Roublev décide donc de se servir, comme inspiration de son icône, de l’histoire de la rencontre d’Abraham avec les trois étrangers au chêne de Mambré, lieu identifié comme celui de l’expérience. Une expérience spirituelle est portée par un lieu, par des personnes, par des mots : « spirituelle » ne veut pas dire en dehors du réel. Comme toute expérience d’amour, il y a des noms, un lieu, des événements, qui nous permettent d’identifier ce que nous ne sommes pas capables de dire – qu’est-ce que c’est qu’« aimer ? » On souhaiterait le savoir : on parlera de quelqu’un, d’un lieu, d’événements, d’une rencontre… Voilà, on est ensemble, c’est le résultat, mais nous ne disons pas plus pour autant ce que c’est qu’« aimer ». L’expérience spirituelle est une expérience intérieure qui est aussi difficile à dire que de dire Dieu, parce que l’expérience et l’objet de l’expérience vont ensemble. Dieu se révèle au chêne de Mambré et le récit historique de la Genèse prend une tout autre dimension dans l’icône, parce qu’une icône n’est pas une représentation historique, mais d’abord et avant tout une théologie.

L’ÉTERNITÉ DIVINE ET LA SAINTETÉ

Composition

Composition

Regardons maintenant l’icône dans son ensemble, telle que Roublev l’a créée. Les trois personnages entrent à l’intérieur d’un cercle, dont le centre est la main du personnage du milieu. Le cercle a toujours été un symbole de sainteté et d’éternité. On ne sait pas où commence le cercle, ni où il finit ; ce qui fait la réalité propre d’un cercle, c’est justement qu’il ne commence pas et ne finit pas ; les points d’un cercle sont toujours en mouvement. L’éternité est une réalité sans commencement et sans fin. Et cette éternité, cette réalité, est très liée à la sainteté, qui est une plénitude absolue. Dieu est le Trois Fois Saint, et le Saints des Saints du Temple de l’Ancien Testament était le lieu où habitait le Trois Fois Saint. Le Trisagion est une vieille prière juive, récitée à toutes les liturgies et offices orthodoxes, qui exprime bien l’essence de la foi chrétienne : Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous. Une prière que Jésus a certainement récitée lui-même dans ses visites à la synagogue. Toujours dans la Divine Liturgie, après la Préface nous chantons : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l’univers (Isaïe 6, 3). Cette sainteté est répétée trois fois pour montrer son absolu, son éternité, sa plénitude. Jésus nous invite à entrer dans cette plénitude divine de la sainteté de Dieu :Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Matthieu 5, 48).

Le cercle insère les trois personnages de l’icône dans une seule et même réalité. Mais cette réalité unique est trine ; donc chacune des trois personnes est qualifiée de cette sainteté et lorsque nous disons Saint, Saint, Saint, nous pouvons nous référer à la grande sainteté de l’absolu, la sainteté de l’unité de Dieu, mais aussi Saint est le Père, Saint est le Fils, et Saint est l’Esprit. C’est la même sainteté et cette sainteté individuelle, mise en commun, crée un absolu d’absolu.

LES TROIS PERSONNAGES

Les trois anges

Les trois anges

Revenons aux trois personnages de l’icône. Ils ont exactement le même visage, un exploit au niveau artistique. Les visages sont identiques parce que les trois Personnes de la Trinité sont identiques dans leur nature ; elles sont différentes dans leurs rôles. Chacune des Personnes assume un rôle particulier, mais dans le rôle de chacun, les deux autres Personnes sont présentes, parce que l’action trinitaire se fait toujours à trois. On peut dire que dans l’acte éternel de la paternité du Père, les deux autres Personnes de la Trinité sont déjà présentes. Il n’y a pas de décalage dans le temps entre le Père et le Fils qu’il engendre et l’Esprit qui procède de lui. Il n’y pas de hiérarchie entre les trois Personnes, mais dans notre langage et par rapport à la création, nous pouvons dire que « le Père est un peu plus Créateur que les deux autres », que « le Fils est un peu plus Sauveur que les deux autres », que « le Saint Esprit est un peu plus Sanctificateur que les deux autres ». Nous donnons à chacun un rôle distinct, où cependant tous sont actifs et présents.

Ainsi les visages des trois personnages de l’icône de Roublev sont identiques ; il n’y a pas de distinction entre les trois, ni dans le temps, puisqu’ils sont co-éternels, ni dans leur nature ou leur forme. Ceci est reflété dans le mot « consubstantiel », homoousios en grec, mot que d’ailleurs les Pères ont utilisé avec réticence, faute de mieux. Saint Cyrille de Jérusalem, dans un beau texte écrit en 385, expose pourquoi il hésitait à utiliser le mot « consubstantiel », mais il dit que puisque nous n’avons pas un meilleur terme, nous pouvons l’utiliser. La traduction française du Credo utilisée dans l’Église romaine a préféré l’expression « de même nature que », au lieu de consubstantiel. Pour l’Église orthodoxe, consubstantiel est plus fort que « de même nature que », parce que la « nature », dans la philosophie aristotélicienne n’est pas la même chose que la « substance ».

Il y a plusieurs interprétations en ce qui concerne l’identité des trois personnages. Voici celle que je préfère : le personnage à gauche représente le Père ; le personnage du centre, le Fils ; et celui de droite, l’Esprit Saint. Il faut bien sûr préciser qu’il ne s’agit pas du Père, du Fils et de l’Esprit, mais le personnage qui me rappelle le Père, le personnage qui me rappelle le Fils, et le personnage qui me rappelle l’Esprit. Les personnages du centre et de droite regardent vers celui de gauche, qui se tient plus droit que les deux autres, parce que le Père est l’origine, il est le Principe de tout ; c’est son rôle paternel. Les deux autres s’inclinent vers lui parce qu’ils acceptent déjà une mission qu’ils reçoivent du Père. Quand on dit : Au commencement était le Verbe (Jn 1,1), le mot « commencement » est trop lié au temps. Saint Jérôme, dans la version latine de la Bible, avait compris le sens du texte grec en traduisant par les mots : In principio erat Verbum – Dans le Principe était le VerbeDans le Principe, dans la nature même de celui qui est à l’origine de tout : c’est préférable à« au commencement », qui nous met davantage dans la dimension temporelle, parce qu’après le commencement, il y a la suite, et avant le commencement, il n’y avait rien. Alors dire « dans le Principe » souligne mieux l’éternité de Dieu.

Donc les deux autres Personnes reçoivent leur mission du Père. On reconnaît davantage le personnage du centre comme étant le Fils par l’opacité de ses vêtements, par sa manière d’être habillé. On représente toujours le Christ Pantocrator, le Christ glorieux, habillé d’une robe rouge et d’un manteau bleu. Il porte un tissu doré à l’épaule droite, une « entre-manche » appelé un clavis, signe impérial dans l’empire Byzantin. Mais le personnage de l’icône de Roublev n’a pas le visage iconographique typique du Christ, car il n’est pas barbu ; il est le Fils de Dieu, et le Christ sera le Fils incarné dans la chair en Jésus de Nazareth. Par le visage, il ne s’agit pas de Jésus de Nazareth glorifié, mais du Fils éternel de Dieu, avant même le mystère de l’Incarnation dans le temps et dans l’espace, mais par le vêtement il l’est déjà.

Un autre détail intéressant est l’inclinaison de la tête du personnage du centre, qui correspond à l’inclinaison de la tête du Christ sur les icônes de la Crucifixion.

Bien que le personnage du centre soit placé derrière la table, l’iconographe n’a pas respecté les règles de la perspective ; le personnage a les mêmes dimensions, la même largeur d’épaule, il est égal aux deux autres. Il n’y a en a pas un des trois qui ne soit plus petit que les autres. L’iconographe connaissait bien les règles de la perspective, mais il ne les a pas appliquées, parce que justement les icônes représentent un monde qui dépasse les limites naturelles du visible.

Les deux autres personnages ont des vêtements plus transparents, plus légers ; ils sont plus « angéliques », parce que ces personnages ne se sont jamais manifestés dans la chair : le Père et l’Esprit. Dans l’iconographie, la perspective est inversée ; le point de fuite vient vers le spectateur, plutôt que de s’éloigner de lui. Dans l’icône de la Trinité, la perspective inversée est visible surtout dans les trônes et les piédestaux des personnes de droite et de gauche.

Plusieurs interprétations de l’icône placent le Père au centre, se basant sur les textes qui disent que Jésussiège à la droite du Père, et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts (Credo). Assis à la droite de Dieu n’est pas nécessairement à sa droite à lui ; pour le spectateur de l’icône, le personnage du centre est à la droite de celui de gauche. C’est souvent ma droite à moi en tant que spectateur qui est le plus important, et non pas le sens de ceux qui me regardent. Ceux qui croient que le Père est au milieu ont de la difficulté à expliquer la symbolique vestimentaire, car il est évident que les vêtements du personnage du centre sont ceux du Christ Pantocrator. Dans d’autres versions de cette icône, l’iconographe met parfois les symboles du Christ dans l’auréole du personnage du centre : une croix dans laquelle paraissent les lettres grecques w (oméga) o (omicron), n ou N (nu), qui signifie Je suis celui qui est (Exode 3, 14 ; cf. Jean 8, 24 & 57). Ceci figure toujours sur les icônes qui représentent le Christ.

L’attitude des trois personnages manifeste leurs relations internes ; ils sont en relation constante générant la synergie divine. Les personnages du centre et de droite ont la tête inclinée vers le personnage de gauche, en geste d’acceptation de la volonté commune, qui implique une mission spéciale du Fils et de l’Esprit. Chaque personnage tient le bâton du pèlerin, puisqu’il s’agit des trois personnes qu’a vues Abraham. Le bâton signifie le pouvoir, la toute-puissance de chacun des trois personnages. Les trois Toute-Puissances ensemble sont Dieu.

Les ailes nous rappellent leur nature spirituelle. Il ne s’agit pas de corps matérialisés. Nous pouvons dire « comme des anges », mais ils ne sont pas des anges, esprits créés ; parlons plutôt de réalités ou de substances spirituelles, car Dieu est esprit (Jean 4, 24) ; l’Esprit pur de Dieu, la réalité divine, est intrinsèque et éternel.

LES ÉLÉMENTS D’APPUI

Éléments d'appui

Éléments d’appui

Ce que nous pouvons appeler les éléments d’appui nous permettent encore une fois d’identifier les trois personnages. Il y a un objet derrière chacun ; derrière le personnage de gauche, que nous identifions au Père, figure un château ou une maison, représentation de la « maison » d’Abraham, là où le Patriarche a reçu ses trois visiteurs, mais aussi symbole de sa descendance, ceux qui, de l’Ancienne Alliance et de la Nouvelle Alliance, se proclament être de la « maison d’Abraham. » Jésus dit dans l’Évangile de Jean : Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures… je vais vous préparer une place (Jean 14, 2). La maison est toujours liée à la paternité – la « maison paternelle ». Notre passage sur terre a comme but de nous amener là; comme le fils prodigue, nous rentrons chez nous, dans la maison du Père (cf. Luc 15, 11-24).

Derrière le personnage, le Fils de Dieu, il y a un arbre. Le récit biblique nous dit que la rencontre d’Abraham avec les trois visiteurs a lieu au chêne de Mambré. Sur l’icône, l’arbre signifie la mission du Fils. Un arbre est à l’origine de nos malheurs au début de l’humanité: l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Genèse 2, 17), par lequel le péché et sa conséquence, la mort, ont été introduits dans le monde. L’arbre, c’est aussi l’arbre de la croix, l’arbre qui vient défaire l’action du premier ; l’arbre sur lequel est pendu le Fruit qui nous donne la vie éternelle, c’est la croix. Sur l’icône du dimanche des Rameaux, l’entrée du Christ à Jérusalem, un arbre figure aussi derrière le Christ, un arbre qui ressemble à celui de l’icône de la Trinité, avec peu de branches. Dans l’arbre, sur certaines versions de cette icône, on aperçoit des enfants, des petits personnages, qui coupent des branches. Les enfants sont souvent liés à l’action de Dieu ; c’est pour cette raison que Jésus dit : C’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux (Matthieu 19, 14). Que font-ils ? Ils coupent les branches qui feront la croix. Ce n’est pas seulement pour rendre gloire à Jésus – Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur(Matthieu 21, 9) – mais aussi pour préparer l’arbre de la croix. L’entrée à Jérusalem est la prémisse de la Passion du Christ. Ainsi, comme sur l’icône de la Trinité, l’arbre est directement derrière le Fils, et Jésus, assis sur l’âne, regarde les Apôtres derrière lui, comme s’il disait, « Me suivrez-vous ? Embarquerez-vous dans ce projet ? » Puis devant lui la foule qui va demander sa mort, ceux qui doutent de lui (cf. Matthieu 21, 15-16 ; Luc 19, 39).

Derrière le troisième personnage, celui de droite, que nous identifions avec l’Esprit, il y a un rocher. Le rocher a plusieurs significations bibliques ; par exemple, le rocher sur lequel Moïse a frappé pour donner de l’eau à son peuple au désert pendant l’exode (Exode 17, 8). L’Esprit Saint était déjà présent à l’intérieur de cet événement du peuple élu. Son expérience de salut désigne Moïse comme médiateur et chef, implorant Dieu d’abreuver son peuple. Dans l’Ancien Testament, les Psaumes en particulier, Dieu est souvent appelé le Rocher : Mon Dieu et mon Rocher, c’est en lui que j’espère (Psaume 17, 3) ; C’est toi mon Rocher et ma forteresse (Psaume 70, 3). Le rocher, c’est la place forte, inébranlable, immuable, « éternelle ». Mais le rocher est aussi la grotte de Bethléem ; dans ce rocher, Marie donne naissance au fruit de l’Esprit, celui qui s’est incarné du Saint Esprit et de la Vierge Marie et s’est fait homme (Credo de Nicée). Cette union de Dieu et de l’homme, réalisée d’une manière incompréhensible, est un mystère que nous appelons l’Incarnation, l’union de deux natures en une seule et même personne, Jésus, vrai homme et vrai Dieu, par l’intervention de l’Esprit Saint : c’est l’hypostase du Logos de Dieu, le Fils ou la deuxième Personne de la Sainte Trinité.

Le rocher est aussi le tombeau d’où Jésus sortira vivant (Matthieu 27, 60). Nous y avons mis la mort, Dieu y a mis la vie : Jésus le Nazôréen… vous l’avez pris et fait mourir… mais Dieu l’a ressuscité… Nous en sommes tous témoins (Actes 2, 22-24 ; 31). Quand nous sommes baptisés, nous voyons le lien entre le baptême et le désert où Dieu abreuve son peuple ; quand nous serons rafraîchis dans l’eau de l’Esprit, nous serons sauvés. Il s’agit du kérygme, le témoignage vivant des Apôtres, en commençant avec le premier discours de saint Pierre le jour de la Pentecôte. Dieu l’a ressuscité : c’est l’action de l’Esprit Saint, dans la volonté du Père. On peut dire que le Père est celui qui a planifié et qui pense au projet, le Fils est celui qui donne sa vie pour la réalisation du projet, et l’Esprit Saint est la réalisation du projet. C’est en quelque sorte ce que nous disons au sujet de l’icône de la Théophanie, célébrant le baptême de Jésus. Nous entendons la voix du Père comme celui qui fait l’onction ; le Fils est celui qui est oint, et l’Esprit est l’onction donnée par le Père. C’est la symbolique de l’activité spirituelle de la personne du Saint Esprit. C’est aussi notre manière de comprendre les sacrements. La parole, la prière du canon eucharistique est adressée au Père : Vous donc, priez ainsi : Notre Père… (Matthieu 5, 9). La prière parfaite est une prière adressée au Père, mais notre capacité de prier vient de l’Esprit Saint qui nous donne de prier au nom de Jésus. C’est tout le sens de l’épiclèse dans la Divine Liturgie : Ô Dieu… fais de ce pain le Corps précieux de ton Fils et de ce qui est dans ce calice le précieux sang de ton Fils, les changeant par ton Esprit Saint (Liturgie de Saint Jean Chrysostome). C’est l’Esprit qui transforme les saints dons, qui transforme la réalité matérielle pour qu’elle devienne matière de salut : le Christ. Sans l’action de l’Esprit, le Christ n’est pas présent, et sans le Christ, l’Esprit non plus n’est pas présent, car l’Esprit est envoyé pour l’accomplissement du projet du Père dans le Christ : le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit (Jean 14, 26).

LES COULEURS

Les couleurs

Les couleurs

Regardons les couleurs des vêtements dans l’icône. Certaines couleurs iconographiques ont une signification spécifique, alors que d’autres sont laissées aux traditions. Afin de pouvoir peindre un sujet, même créer une icône, un iconographe doit respecter la tradition ; s’il ne connaît pas la signification d’un détail, il ne doit pas prendre l’initiative de l’enlever ou de le changer. Ainsi il n’omettra pas un élément qui pourrait être important dans l’interprétation iconographique.

La couleur bleue en général relie le personnage à la divinité. Elle est normalement réservée au Christ et à la Mère de Dieu. Le bleu pâle sur les vêtements de saints indique leur grande dévotion à la Mère de Dieu, et aussi leur déification, l’union avec Dieu, le but de la vie chrétienne. Chacun des trois personnages de l’icône de la Trinité a un vêtement bleu, qui exprime sa divinité. Le vêtement bleu est au-dessus sur le personnage du centre, en dessous sur les deux autres. Ceci est pour montrer que le mystère de l’Incarnation est la grande théophanie, la manifestation de Dieu, la divinité du Christ, mystère central de la foi chrétienne. La divinité des deux autres personnages reste cachée et plutôt mystérieuse ; nous la découvrons par la foi. La foi identifie le Christ comme le Fils de Dieu et c’est par le Christ qu’on connaît le Père et l’Esprit.

Le rouge représente soit le sang du Christ, qui a donné tout son sang pour la vie du monde, et celui des martyrs, soit l’effusion de l’Esprit Saint dans le feu de la Pentecôte. La Mère de Dieu est souvent représentée sur les icônes habillée en rouge foncé, presque brun, pour montrer qu’elle a été placée sous l’ombre de l’Esprit : L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre(Luc 1, 35). Le vêtement que Marie porte n’est donc autre que l’Esprit Saint qui la recouvre. Ce que nous voyons est son aspect spirituel, mais en même temps son visage de femme, qui accueille d’une manière toute simple et toute humble cette réalité qui était voulue par Dieu : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole (Luc 1, 38). On peut aussi représenter la Mère de Dieu avec un manteau d’un bleu si foncé qu’il est presque noir. Ce bleu azur, presque de nuit, contre un visage illuminé, signifie celle qui porte le Soleil levant qui vient nous visiter (Luc 1,78). Sur la fameuse icône la Mère de Dieu de Vladimir, une icône du type « de la tendresse », la Mère de Dieu porte un vêtement très foncé, et le Jésus qu’elle porte est vêtu d’or vif. Quand la lumière arrive sur cette icône, il est ce Soleil levant qui vient nous visiter et qui est porté par la nuit de la foi. Marie, qui au début ne comprenait pas, néanmoins gardait toutes ces choses en son coeur (Luc 2, 51) ; elle a accueilli tout ce qu’elle a compris et tout ce qu’elle n’a pas compris : voilà le rôle de notre foi.

Le jaune est la couleur de la lumière. Habituellement, les personnages des icônes sont représentés sur un fond neutre, jaune. Certains iconographes recouvrent le fond entièrement d’or, mais souvent on ne pose de l’or que pour les auréoles, parce que la tête est la partie la plus lumineuse de la personne. Quand on parle d’illumination, on entend compréhension, intelligence, accueil dans sa foi, dans sa compréhension, et en même temps dans son coeur. La tête est l’élément principal de la personne ; ainsi on l’entoure d’or, ce qui rend les personnages très lumineux. Le fond d’une icône, en or ou de couleur jaune ocre, symbolise que le personnage est dans la lumière, la lumière qui est la réponse à la mort. Le thème de la lumière est très présent dans nos liturgies et nos funérailles, autant en Occident qu’en Orient. Nous disons : « Fais luire sur eux la lumière sans fin », quand nous prions pour les défunts ; ceux qui nous quittent entrent dans la lumière divine.

On ne représente jamais, ou presque jamais, des éléments strictement historiques sur les icônes – les icônes qui en comportent sont souvent considérées comme « moins canoniques » que celles qui n’en comportent pas. Ces éléments réduisent le personnage à ses dimensions historique et temporelle. Le personnage nous regarde, debout, enveloppé de lumière, nous regardant en tant que spectateur. Il est à la fois statique et vivant, stable et actif, parce qu’il regarde, il voit ce que nous ne voyons pas ; sa vision de Dieu continue à le transformer, à le faire vivre, et nous, en le regardant, nous participons à cette vision de Dieu. Parfois on ajoute des éléments historiques aux icônes, par exemple sur certaines icônes de sainte Xénia de Saint-Pétersbourg. Sainte Xénia a vécu comme « fol en Christ » dans les cimetières après la mort de son mari, et souvent on la représente dans le cimetières, au milieu des tombes, avec des églises en arrière-plan. On diminue alors la qualité canonique de l’icône par la présence des ces éléments locaux et historiques. Un saint ou une sainte est une personne que nous voyons dans sa vie actuelle, dans son état de déification.

Le vert représente la vie. Le Saint Esprit de l’icône de la Trinité est représenté avec un vêtement vert parce qu’il est celui qui vivifie. Dans l’icône de la Descente aux Enfers, Jésus va chercher Adam et Ève ; Adam y est souvent habillé en vert : il est le premier homme, l’origine de la race humaine. Jésus descend aux enfers pour redonner la vie à celui qui est à l’origine de la race humaine. Ève est habituellement habillée en rouge, comme la mère des vivants ; elle devient symbole de la Mère de Dieu, la deuxième Ève. Saint Jean Chrysostome dit qu’« Adam a donné la mort à ceux qui sont nés après lui et le Christ a donné la vie à ceux qui sont morts avant lui ».

LA COUPE

Coupe

Coupe

Au centre de la table du banquet de la Trinité, il y une coupe, la coupe du salut. C’est la coupe de la Nouvelle Alliance, le sang du Christ (cf. Luc 22, 20). À l’intérieur de la coupe, on aperçoit une tête d’agneau, ou, si l’on tourne la coupe vers la droite, on y perçoit le visage du Christ mort, comme sur le Saint Suaire de Turin. Ainsi, l’agneau symbolise à la fois l’Ancienne Alliance et le Christ, l’Agneau immolé, celui qui donne sa vie pour le salut du monde (cf. 1 Pierre 1, 19). Quand saint Jean Baptiste voit arriver Jésus, il l’appelle l’Agneau : Voici l’Agneau de Dieu (Jean 1, 29). Dans le rituel romain de la messe, le prêtre dit la même chose : Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde, comme invitation à la Communion.

Dans la liturgie orthodoxe, on appelle « agneau » le morceau de pain que le prêtre prépare et qui deviendra le Corps du Christ. C’est un morceau de pain pris au centre d’un grand pain levé, le prosphore, sur lequel sont imprimées avec un sceau les lettres grecques IC-XC et NIKA – « Jésus Christ, Vainqueur. » L’agneau est découpé avec une petite lance et le prêtre sort l’agneau du reste du pain, car sa vie est enlevée de la terre (Isaïe 53, 8 ; Proscomédie ou Préparation des Offrandes pour la Divine Liturgie). Le prêtre pique le pain avec sa lance, rappelant le geste de celui qui a transpercé le Corps du Christ sur la croix : Un des soldats, de sa lance, perça le côté de Jésus et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage – son témoignage est véritable (Jean 19, 34-35). L’agneau est placé sur la patène, il est consacré ou sanctifié par la Liturgie, et sert à la communion sacramentelle. Le reste du pain est coupé en petits morceaux, qui sont donnés aux fidèles à la fin de la liturgie, en rappel de la célébration eucharistique. C’est le monde qui est consommé à l’intérieur de l’action du Christ, centre de notre histoire et de notre monde.

Mains

Mains

C’est la raison pour laquelle la main droite du personnage du centre est le centre de l’icône. Tout est fait en fonction du projet de Dieu et on ne connaît Dieu qu’à travers son projet. Et son projet, c’est le Fils qui l’accomplit ; sa main, en geste de bénédiction, bénit le projet, qui n’est d’autre que le salut du genre humain rendu possible par l’Incarnation du Fils, le Logos de Dieu. La main droite du personnage de gauche, dans lequel on voit le Père, a aussi le geste de bénédiction, car il est l’origine, alors que la main droite du personnage de droite, l’Esprit, est plutôt dans un geste d’humilité ou de soumission. L’Esprit est celui qui accomplit le projet divin en agissant dans la création d’une façon mystérieuse, dans le secret des cœurs ; il donne à l’humanité le visage du Logos.

Sur le devant de la table, on remarque un petit rectangle. Il représente le cosmos. Dieu est plus grand que le cosmos créé ; le cosmos est dans la volonté de Dieu et ce qui est plus important que la création est le projet de salut, qui est le vrai sujet de l’icône. Dieu a formulé ce projet de salut avant même de réaliser la création. Le salut est donné d’une manière universelle. Ce que Dieu veut, c’est que tous les humains, créés à son image, comme à sa ressemblance (Genèse 1, 27), un jour le découvrent et reviennent à lui. Voilà le projet de salut de Dieu.

En conclusion, on peut dire que par le baptême, nous avons reçu une invitation ; par la chrismation, on nous a revêtu de la robe nuptiale et nous pouvons maintenant nous approcher de la table sainte. La place libre à la table est la nôtre. Avec crainte de Dieu, foi et amourapprochez (Liturgie de saint Jean Chrysostome) pour communier à la coupe. Et grâce à l’action de l’Esprit Saint, nous devenons Corps du Christ et fils ou filles du Père. Voilà l’essentiel de notre identité… nous savons qui nous sommes, parce qu’il nous est donné de connaître Dieu. En Christ, nous devenons ceux que nous sommes réellement ; notre identité réelle, personnelle, n’est complète que dans notre relation à Dieu.

Propos recueillis lors d’une conférence prononcée
à l’Université du Québec à Montréal le 28 novembre 1996, revus et augmentés par le Hiéromoine Cyrille. 
Reproduit avec l’autorisation du Hiéromoine Cyrille.

 

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Vivre en homme nouveau !

cnv15 mai 2016, Pentecôte, année C, Jn 14,15-26 /

Vivre selon l’Esprit, vivre en homme nouveau, qu’est-ce à dire ? En fait, il n’y a pas besoin de faire appel à des manifestations merveilleuses, hors normes, miraculeuses pour vivre selon l’Esprit, il s’agirait plutôt de vivre de façon toujours plus humaine, ou « mieux humaine », puisque l’homme est habité de l’Esprit de Dieu depuis sa création. Nous venons de vivre une session d’inter-noviciat sur la gestion des conflits avec quelques éléments sur la Communication NonViolente, eh bien cette session illustre parfaitement ce passage possible d’une vie « selon la chair » à une vie « selon l’Esprit ». Oui, nous sommes façonnés par nos façons de faire spontanées, selon la « chair » comme dit saint Paul, qu’il ne faut pas comprendre comme ce qui relèverait de notre corps mais plutôt de notre péché : « libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie, beuveries, ripailles et autres choses semblables.» (Ga 5,19-21), vous voyez bien que tout ne relève pas de la sexualité ! Mais nous pouvons aussi, grâce à une discipline personnelle, à un apprentissage patient et persévérant nous déshabituer de nos façons spontanées de faire, pour vivre selon l’Esprit. Et voici le fruit de l’Esprit : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi. »  (Ga 5,22) J’aimerais reprendre avec vous juste trois exemples concrets de cette vie possible selon l’Esprit de Dieu : S’exercer à dire ce que je vois ou j’entends, sans jugement ni interprétation ; Dire ce que je ressens et mes besoins sans accuser ou donner des leçons ; Demander de manière claire ce qui pourrait me rendre la vie plus belle.

S’en tenir à la réalité…

En fait, habituellement quand nous voyons quelque chose, nous interprétons spontanément les événements en nous faisant un film dans notre tête. Par exemple si l’on a quitté une personne sur une dispute et qu’ensuite on cherche à l’appeler au téléphone, si elle ne décroche pas, on va en déduire qu’elle ne veut pas nous parler… Alors que peut-être est-elle loin de son téléphone, ou bien elle est occupée par autre chose, etc. Si je vois deux connaissances parler ensemble en me regardant, je vais en déduire qu’elles sont en train de mal parler de moi… Ensuite je me comporte en fonction de ce que j’ai interprété en croyant que c’est la vérité et la relation va se détériorer de plus en plus. Et je vais rendre l’autre responsable d’un scénario que je me suis fait dans la tête. Une sœur nous a raconté qu’un prêtre ne lui avait plus parlé pendant cinq ans, sans qu’elle ait jamais su pourquoi, si ce n’est qu’une autre sœur lui avait parlé d’elle. Comme notre vie serait moins compliquée si, déjà, nous n’interprétions pas la réalité avec des préjugés et des idées fausses mais avec bienveillance et en nous en tenant aux faits. Une façon, pas si anodine de vivre en homme nouveau, selon l’Esprit !

Ne pas accuser ou donner des leçons…

Un deuxième aspect de la communication non violente consiste à savoir dire ce que je ressens, sans accuser ou donner des leçons. Toutes les fois que nous exprimons des accusations ou que nous donnons des leçons, nous créons des conditions favorables pour que notre interlocuteur réagisse avec violence. Car la loi de la nature c’est que : quand quelqu’un se sent attaqué, il se défend. Au lieu de dire « Tu devrais être responsable… Tu ne vaux rien… On ne peut pas te faire confiance… », il suffit de dire d’abord ce que je ressens : « Je suis peiné de cette situation… Je suis triste… Je suis découragé… », et de dire ensuite notre besoin réel. « Je tiens à notre amitié, et je ne voudrais pas qu’une histoire d’argent la mette à mal. » Au lieu de dire « imbécile » à mon frère conducteur, je lui dis : « Quand tu conduits ainsi j’ai peur, car je ne me sens pas en sécurité alors que j’ai besoin de me sentir en sécurité. » Ou encore « quand tu fais ainsi, je me sens frustré et énervé » et non pas « tu m’énerve ».

Demander de manière claire ce qui pourrait me rendre la vie plus belle…

Au lieu de dire « conduit mieux » on peut dire : « j’aimerais que tu gardes plus de distance avec la voiture qui nous devance, je me sentirais plus en sécurité ». Au lieu de dire « tu ne vaux rien et on ne peut pas te faire confiance » : « j’aimerais comprendre pourquoi tu n’as pas pu me rendre mon argent ? Ne pourrait-on pas trouver une solution ensemble ? » Ou encore, si vous avez oublié de me fêter mon anniversaire : « Je ne vous en veux pas car vous ne me devez rien, mais moi j’aimerais qu’on me fête, ne pourriez-vous pas me préparer un de mes repas préférés ? »

Pourquoi est-ce que je vous parle de tout ceci un jour de Pentecôte ? Tout simplement car j’ai été marqué par cette sœur qui nous a donné la session et qui a dit, à plusieurs reprises, que lorsqu’elle réussissait à être attentive à employer une communication non violente, elle n’était plus comme avant. Sa vie devenait beaucoup plus belle et sereine et elle pouvait ainsi créer beaucoup plus de bonheur autour d’elle. C’est-à-dire qu’elle vivait en femme nouvelle et non plus comme avant, ce que je traduits : sous la mouvance de l’Esprit et non plus de la chair ! Ces façons de faire n’ont-elles pas avoir avec l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur et la maîtrise de soi ?

Oui nous sommes façonnés par notre histoire, par les mauvaises manières de faire que nous avons développées, mais nous pouvons aussi nous laisser façonner par l’Esprit. Et ce qui est merveilleux c’est que cela ne relève pas nécessairement du miracle, mais que cela peut s’apprendre à tout âge !

Alors ne sommes-nous pas capables de vivre en homme et femme nouveaux ?

Selon l’Esprit ?

 

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« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu »

Unite8 mai 2016, 7e Dimanche de Pâques année C, Jn 17,20-26 /

« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu »[1] voici ce qui m’est venu rapidement à l’esprit en méditant cette prière de Jésus, rapportée par Jean, et proposée à notre méditation : « Qu’ils soient un en nous…  Qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi… Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi… Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. » (Jn 17,21…26) Cette prière de Jésus nous dit le but ultime de la venue de Jésus parmi nous : que nous puissions entrer dans la vie même de Dieu, en communion avec tous les sauvés. Pour cela, pas d’autre chemin que de nous laisser façonner par l’Esprit de Dieu lui-même, en lui demandant sans cesse de nous donner la force d’avoir une vie semblable à celle de son Fils, à la manière d’Etienne qui pardonnera à ses bourreaux. Sommes-nous des artisans de paix, d’unité, de justice… ou bien sommes-nous du côté des violents, des diviseurs, des injustes ?

Artisans de paix…

Etienne, comme Jésus, nous parle d’une façon particulière d’être artisan de paix, à savoir la non-violence. Nous connaissons tous le Mahatma Gandhi, apôtre de la non-violence. Comme nous aurions besoin d’autres prophètes comme lui en notre temps où la violence semble redoubler de force ! Etienne, comme Jésus, ne réagirons pas par la violence, par la haine, par la vengeance envers leurs bourreaux mais leur opposeront la vérité, l’humilité, le pardon et l’amour. Voilà bien des attitudes qui peuvent guider notre quotidien. Lorsque l’on dit de mauvaises choses contre nous, lorsque des membres de notre parenté veulent nous mettre des bâtons dans les roues, lorsqu’on se moque de nous, réagissons-nous avec nos réflexes purement humains de violence, de vengeance, de haine ou cherchons-nous à imiter Jésus : c’est-à-dire à poursuivre notre chemin dans la vérité sans nous soucier du « quand dira-t-on » ; à faire ce que nous avons à faire avec humilité sans rechercher à ce qu’on dise du bien de nous ; à pardonner à ceux qui nous veulent du mal en essayant de comprendre leurs propres blessures ; à continuer à aimer ceux qui ne nous comprennent pas ou même ceux qui s’opposent à nous : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » ou selon l’expression d’Etienne : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et cela doit se vivre dans toutes les dimensions concrètes de notre quotidien…

Artisans d’unité…

Par ailleurs, cette prière de Jésus, en vue de l’unité de ses disciples, qui se situe juste avant sa Passion, n’est pas à prendre à la légère. Il s’agit là de son testament, de son souhait le plus cher : que ses disciples soient unis afin qu’ils puissent entrer dans la communion de la vie Trinitaire. Il s’agit aussi de prendre de plus en plus conscience que l’humanité est une et qu’elle a été créée pour vivre en communion avec Dieu : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. » (Jn 17,20-21) Sommes-nous des hommes et des femmes d’unité, de communion, de dialogue ? Dans nos familles, dans nos établissements scolaires, sur notre lieu de travail. Il est si facile de trouver des boucs émissaires, de diviser, d’opposer, de cultiver la peur de celui qui est différent de nous… Alors que partout sur la Terre il y a le ciel et la Terre et, entre les deux, des hommes et des femmes qui, comme nous, cherchent à vivre au mieux. Dialogue entre les hommes et les femmes ; dialogue au sein de nos familles ; dialogue entre ethnies ; entre nations ; entre continents ; communion avec nos frères chrétiens de différentes confessions ; dialogue entre croyants de différentes religions ou avec les personnes se disant agnostiques ou athées… Quels lieux de dialogue et d’échange suscitons-nous ?

Artisans de justice…

La paix et l’unité ne peuvent pas se vivre sans justice. Il ne s’agit pas d’obtenir une paix sociale en maintenant le calme par la force ou la peur, mais en donnant à chacun une place juste dans la société. Une place où chacun se sente respecté, fier de sa vie et de pouvoir faire vivre dignement sa famille. Seul nous ne pouvons pas grand-chose, mais à plusieurs nous pouvons beaucoup pour travailler à une société plus juste, à un mode de consommation plus équitable, à un plus grand respect de la dignité et de la liberté de chacun. Comment travaillons-nous à l’avènement d’un Royaume de justice et de paix ?

Oui « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » !

C’est son vœu le plus cher !

Il a donné sa vie et envoyé son Esprit pour nous rendre capable de diviniser notre vie !

Désirons-nous vivre cette ressemblance en étant toujours plus

des artisans de paix, d’unité et de justice ?

[1] St Athanase, Sur l’Incarnation 54,3 : PG 25,192B

 

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Un autre rythme…

Jovic en Stage à Kamboli

Jovic en Stage à Kamboli

Quelques nouvelles pour rompre le silence. Certains d’entre vous sont au courant, d’autres s’interrogent sur mon silence… Rien de vraiment spécial, si ce n’est qu’en cette période de l’année, comme chaque année, les novices sont en stages apostoliques dans divers lieux… Envoyés deux par deux pour découvrir la réalité d’une communauté apostolique au quotidien : Chez les Sœurs hospitalières du Sacré-Cœur, à Dapaong, qui travaillent notamment auprès d’une population marquée par le sida : malades, orphelins, familles (vous avez certainement entendu parler de la sœur Marie-Stella et de son association « Vivre dans l’espérance ») ; Chez les frères Don Orione qui s’occupent d’enfants handicapés à Bombouaka, dans le nord du Togo ; Chez les sœurs de Notre Dame des Apôtres, en charge d’un

Marius en stage à Kamboli

Marius en stage à Kamboli

grand centre de soins et notamment de malades du sida à Kolware ; Chez les sœurs de la Providence de Saint André de Peltre à Kamboli, au service d’un centre de soin et d’une pédiatrie. Vous aurez dans les semaines à venir plus d’échos de leur stage, par les novices eux-mêmes.

 

Ce temps spécial permet donc au maître des novices de s’échapper un peu et c’est ainsi que je passe tout mon mois d’avril en congés en France… Temps de visite en famille, temps de rencontre des frères, des communautés et des amis et notamment des 6 jeunes frères d’Afrique de l’Ouest aux études ici. Mais aussi quelques réunions dans le cadre de l’animation de la Province… J’ai donc mis mes méditations dominicales entre parenthèses, en attendant de reprendre un rythme plus habituel…

Retour aux sources dans mon village natal

Retour aux sources dans mon village natal

Bon mois d’avril à chacun et chacune, dans la joie de Pâques !

 

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Espérance !

Espérance du Ressuscité !

Espérance du Ressuscité !

Que la Joie du Ressuscité ravive votre espérance face à toutes les épreuves de la vie, en particulier dans tous les lieux où la barbarie sévit : ce n’est pas le mal et la mort qui ont le dernier mot, mais la Vie ! Alléluia !

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Servir et se laisser servir !

donat lavement24 mars 2016, Jeudi Saint C, Jn 13,1-15 /

C’est au cœur d’une actualité toujours plus dramatique que nous allons vivre ce Triduum Pascal 2016 : terrorisme généralisé, vie humaine comptée pour rien, massacre d’innocents. La figure du Christ, l’innocent par excellence éliminé cruellement, semble toujours plus d’actualité. Puisons en lui la force et l’inspiration pour trouver l’attitude juste en chaque instant et particulièrement lors des événements dramatiques de nos vies. Les jours saints commencent donc par un enseignement sur le service et le service jusqu’au bout. Nous le savons, dans l’évangile selon saint Jean il n’y a pas de récit d’institution de l’eucharistie, mais c’est ce récit du lavement des pieds qui, lors du dernier repas avec ses disciples, nous est rapporté… -Par contre Jean nous offre plusieurs autres récits de types eucharistiques : la multiplication des pains, et le long discours sur le pain de vie au chapitre sixième-. Le geste du lavement des pieds nous parle aussi, d’une autre manière, de l’eucharistie. Il faut donc y voir, non seulement un exemple donné par Jésus à ses disciples, mais aussi un geste sacramentel, un geste où Dieu se fait pauvre pour nous rendre riche de sa pauvreté (cf. 2Co 8,9). Ne s’agit-il pas, aujourd’hui encore, de nous laisser servir par le Seigneur ; de devenir à notre tour serviteur et de trouver notre bonheur à servir ?

Se laisser servir !

« Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » (Jn 13, 8) C’est un aspect sur lequel on ne s’arrête peut-être pas suffisamment. On va facilement du côté du geste exemplaire à imiter, mais cette imitation, bien importante, ne rend pas compte de cette réponse de Jésus à Pierre : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Le Seigneur dit à Pierre que ce n’est pas par ses beaux gestes qu’il obtiendra le salut, mais en se laissant servir par le Fils de Dieu. Il en est donc ainsi pour chacun de nous : le Seigneur, en se mettant au service de tout homme, le relève, le fait passer de sa condition de pécheur à une condition nouvelle, celle du pécheur pardonné, purifié, élevé, rendu capable de rejoindre le monde de Dieu. Si nous n’acceptons pas qu’il soit à notre service, qu’il nous purifie, qu’il nous pardonne, qu’il nous aime, nous ne pourrons pas entrer dans le Royaume de Dieu. Or comment le Seigneur se met-t-il à notre service aujourd’hui ? Principalement par les sacrements, qui découlent tous de l’eucharistie, premier des sacrements, et qui sont justement les gestes prolongeant le geste du lavement des pieds par lequel Dieu veut nous servir, nous purifier, nous donner la force, nous relever… Par le sacrement de l’eucharistie Dieu se redonne lui-même à nous comme il s’est donné sur la croix, il nous configure à lui et nous donne d’avancer dans la vie avec sa propre force. Et de ce sacrement-source découle tous les autres : par le baptême le Seigneur nous purifie, nous lave de ce qui entrave nos vies, et nous fait entrer dans une vie nouvelle ; par la confirmation, le Seigneur nous sanctifie et nous rend capable de mener une vie sainte par la force de son Esprit ; par le sacrement de la réconciliation, il nous relève sans se lasser et nous remet sur le chemin d’une vie bonne et belle ; par le sacrement du mariage il s’engage à nos côté, béni nos projets familiaux et donne de vivre dans la fidélité, la fécondité et l’indissolubilité ; par le sacrement de l’ordre il se choisi des frères pour poursuivre sa présence au monde et continuer à servir son peuple à travers leur ministère ; enfin par le sacrement de l’onction des malades, il nous donne sa force dans l’épreuve et lors de notre passage vers Lui. À travers tous ces sacrements c’est Jésus qui se met à genoux pour nous servir. Alors, désirons-nous nous laisser servir par le Seigneur en entretenant une vie sacramentelle ardente ? Sans quoi « nous n’aurons pas de part avec lui ».

Devenir serviteur !

«  C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jn 13,15) Cet aspect nous est plus familier, même s’il n’est pas évident à mettre en œuvre, le pape François nous a rappelé les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles à mettre en œuvre, ce sont de très bonnes façons de faire nôtre le geste du lavement des pieds, je n’y reviens pas. Mais je dirais que nous pouvons aussi nous inspirer des sacrements, gestes de service de Jésus à notre égard, pour être serviteurs comme Lui. Désirons-nous donner notre vie comme il le fait dans l’eucharistie, en nous laissant manger par les différents services que nous pouvons rendre et en étant même disponible à donner notre vie jusqu’au bout ? –C’est bien ce que vient de vivre notre frère Vincent Machozi, assassiné en RDC, pour avoir voulu jusqu’au bout dénoncer les horreurs qui se commettent dans le Nord-Kivu– ; Désirons nous libérer nos frères de ce qui entrave leur vie, comme le fait le Seigneur à travers le sacrement du baptême ? Voulons-nous sanctifier nos frères, par notre vie exemplaire, par nos conseils, par notre service de la vie de l’Esprit en eux, dans le prolongement du sacrement de confirmation ? Cherchons-nous à être des artisans de réconciliation, de miséricorde, de pardon comme l’est Jésus à travers le sacrement de la réconciliation ? Sommes-nous disponible à soutenir les couples et les familles qui nous entourent comme le fait le Seigneur à travers le sacrement du mariage ? Epaulons-nous nos pasteurs, nos ministres ordonnés pour qu’ils puissent remplir leur mission au service de tous ? Sommes-nous proche de nos frères et sœurs malades ou mourants pour leur apporter réconfort et consolation dans l’épreuve comme le manifeste le sacrement de l’onction des malades ? Si nous voulons imiter le geste du lavement des pieds, ne nous faut-il pas être d’autres christs pour nos frères et sœurs chaque jour, en leur rendant les services dont leur âme et leur corps ont besoin, comme le réalisent les sacrements ?

Trouver notre bonheur à servir !

Pour finir, rappelons que ce chemin du service, même s’il n’est pas facile est un chemin de bonheur. N’y-a-t-il pas plus de joie à servir qu’à être servi ; à donner qu’à recevoir ? (cf. Ac 20,35) Nous en avons déjà tous fait l’expérience… et même si le service conduit jusqu’au sacrifice suprême : « Ma mort, évidemment paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf ou d’idéaliste: ‘Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense !’ Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’ l’Islam tels qu’Il les voit […] Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette Joie-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit désormais, de ma vie… » (Extrait du testament de Christian de Chergé)

Se laisser servir,

Devenir serviteur,

Et trouver notre bonheur à servir,

Est-ce possible ?

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Bonne semaine sainte !

Semaine Sainte !

Semaine Sainte !

Juste un petit mot pour vous dire que tout va bien par ici et que nous nous apprêtons à vivre, comme vous, la semaine sainte. Les activités des temps derniers ne m’ont pas permis d’être très fidèle à mon blog : animation d’un Internoviciat, pèlerinage diocésain des Jeunes, semaine de confessions pascales, messe chrismale, travaux en retard à terminer, en plus des activités habituelles, je ne sais pas trop quand j’arriverai à reprendre le rythme normal, d’autant plus qu’avril sera un mois de congés…

En attendant je vous renvoie à la méditation d’il y a trois ans pour entrer en Semaine Sainte et qui me semble toujours bien à propos en cette année jubilaire de la Miséricorde :

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Méditation dominicale

Bon et tendre jusqu’au bout !

Dimanche des Rameaux et de la Passion, année C, Lc 22,14 – 23,56 /

       Semaine Sainte : voici la grande semaine de l’année liturgique ! Et comme chaque année, nous méditerons par deux fois le récit de la Passion : toujours selon saint Jean pour le Vendredi Saint et suivant l’évangéliste de l’année pour le jour des Rameaux. C’est donc la Passion selon saint Luc (année C) qui est proposée à notre méditation en ce dimanche, et vous ne serez pas surpris de constater que, même dans ce récit dramatique, l’évangéliste Luc ne dément pas son titre d’évangéliste de la tendresse et de la miséricorde de Dieu ! Notre méditation pourra donc certainement rejoindre l’invitation de notre nouveau pape François : « Rappelons-nous que la haine, l’envie, l’orgueil souillent la vie ! Garder veut dire alors veiller sur nos sentiments, sur notre cœur, parce que c’est de là que sortent les intentions bonnes et mauvaises : celles qui construisent et celles qui détruisent ! Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse ! » Contemplons donc la figure du Christ bon et tendre jusqu’au bout, qui veille sur ses sentiments, en relevant les accents spécifiques rapportés par Luc.

Pour lire la suite cliquer ici

Bonne méditation et profitez bien de ce sommet de notre vie liturgique,

Fraternellement,

Fr. Benoît

 

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Ordination épiscopale à Sokodé

Mgr Célestin-Marie GAOUA

Mgr Célestin-Marie GAOUA

C’est ce 5 mars 2016 que fut ordonné Mgr Célestin-Marie Gaoua, comme nouvel évêque de Sokodé !

Sa devise : « Au service de la Miséricorde ! »

Voici quelques photo pour vous partager notre action de grâce !

 

 

 

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Laissons-nous réconcilier !

fils prodiguep6 mars 2016, 4e Dimanche carême année C, Lc 15,1-3.11-32 /

Comment parler encore de miséricorde sans risquer l’overdose, le désintérêt, la saturation ? Peut-être grâce à cette fabuleuse parabole de l’enfant prodigue, ou plutôt, du père prodigue en amour, en pardon, en tendresse. Mme Hilary Clinton, en pleine campagne électorale aux Etats-Unis, disait ces jours derniers, face à la surenchère de protectionnisme, de haine de l’étranger, de discours populistes de son rival M. Trump : « Ce dont le pays a le plus besoin aujourd’hui c’est d’amour et de tendresse ! » Une parole étonnante dans la bouche d’une politicienne, mais au combien vraie ! Face à un monde devenu dur, violent, compétitif, n’avons-nous pas tous besoin d’amour, de tendresse, de compassion, de sollicitude, de pardon, bref de miséricorde ? L’évangile de ce jour vient donc nous rappeler cela avec acuité, mettant magnifiquement en scène que Dieu est tout amour, pardon, miséricorde, qu’il ne cesse de « courir à notre rencontre », de nous « supplier » d’accepter sa miséricorde et d’être nous-même miséricordieux envers nos frères. Le drame c’est que la balle est dans notre camp ! L’amour sans limite du Père ne peut forcer la réponse de ses enfants, c’est pourquoi saint Paul insiste dans sa lettre aux Corinthiens : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » (2 Co 5,20) Arrêtons-nous donc sur chacun des personnages de cette parabole, nous donnant à réfléchir cette citation de Paul…

Le cadet…

L’attitude du jeune fils évoque une première façon de se comporter envers Dieu : Nous ne voulons pas être redevables envers lui, nous voulons jouir de tous les biens qu’il a mis à notre disposition sans avoir à lui rendre de comptes ou sans même reconnaître que toute notre vie,  notre santé, nos biens, nos talents viennent de lui. Mais voilà, lorsqu’on s’éloigne de la source de la vie, lorsqu’on prend ses distances avec celui qui peut nous offrir le véritable bonheur, notre vie ne tarde pas à perdre son souffle, son élan, son intérêt. La faim d’une vie pleine de sens, la soif d’absolu qui habite notre cœur ne manqueront pas de se rappeler à nous… À ce moment-là prenons exemple sur ce fils cadet, il puise au fond de son cœur la mémoire des jours heureux auprès de son père et, ravalant sa honte, il revient à la maison paternelle. Beaucoup d’entre nous, de nos proches, de nos amis ont reçu des bribes de christianisme, ont été catéchisés, ont même été enfants de chœur et puis ont pris leurs distances avec les choses de la foi pour bien des raisons, souvent indépendantes de leur volonté. Mais qu’est-ce qui les empêche de revenir à Dieu, de revisiter leur compréhension de la foi, de reconnaître qu’ils se sont égarés ? Ne laissons pas passer les rares instants lumineux où le Seigneur nous fait signe de nouveau à travers les événements de nos vies, ne restons pas entêtés comme de jeunes écervelés, mais laissons-nous inspirer par le fils cadet de la parabole… Éric-Emmanuel Schmitt, qui s’est converti, suite à une nuit de feu, il y a bien des années, invite chacun à être libre dans sa quête spirituelle : « Une illusion partagée prétend que croire ne serait pas moderne. Aujourd’hui nombre d’intellectuels affirment que croire relève de l’archaïsme et que l’avènement de la modernité serait l’athéisme. C’est d’une bêtise insondable ! La question de Dieu est contemporaine à l’homme et non à une époque. L’homme se posera toujours la question de Dieu, et à chaque époque certains répondront oui, d’autres non, d’autres ‘Je m’en moque’. Il n’y a rien à attendre du progrès de ce côté-là. »[1]

L’aîné…

Le fils aîné, quant à lui, illustre parfaitement la difficulté à vivre ce que l’Évangile nous demande : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. », devenu le slogan de cette année de la miséricorde : « Miséricordieux comme le Père ». Voilà un autre type d’itinéraire qui peut nous correspondre.  Nous qui sommes restés tant d’années fidèles, sans éclats, timidement, humblement… ou avec orgueil… Avons-nous vraiment fait, personnellement, l’expérience de la miséricorde du Père ? Vivons-nous notre foi en cultivant une certaine intimité avec le Christ ? Cherchons-nous à discerner aussi souvent que possible le souffle de l’Esprit dans nos vies ? Si oui, je ne crois pas que nous risquions la réaction du fils aîné… Mais si notre foi chrétienne n’est qu’un étendard identitaire, un revêtement extérieur, une habitude de vie, nous aurons nous aussi besoin de nous laisser toucher par la miséricorde du Père qui seule peut nous rendre capable, à notre tour, de miséricorde envers nos frères… Remarquons bien que l’évangile ne donne pas la réaction finale du fils aîné, après la supplication du Père l’invitant à reconnaître son cadet comme son frère revenu à la vie. Laissant ainsi la place à chaque lecteur de l’évangile de se positionner : « suis-je capable de miséricorde ? »

Le Père…

«  Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. »… Quant au fils aîné : « Son Père sortit le supplier. » Vous connaissez comme moi, tous les détails de ce texte qui montrent que le Père pardonne déjà avant que le fils cadet est dit quoi que ce soit ; ce Père qui court vers le pécheur, qui le supplie, qui quête notre réponse à son amour. Comme je le disais au début de ce texte, la balle est dans notre camp… Sommes-nous convaincus de l’amour inconditionnel du Père envers-nous, sommes-nous convaincus qu’il n’attend qu’un geste de notre part ? Et sommes-nous désireux d’être des relais de la miséricorde du Père, de courir, comme lui vers le pécheur, de lui tendre la main, de le supplier de revenir à la maison du Père ? Le pape François a donné plein de bons conseils aux confesseurs, dont un très beau commentaire de la parabole de ce jour : « Les confesseurs sont appelés à serrer sur eux ce fils repentant qui revient à la maison, et à exprimer la joie de l’avoir retrouvé. Ils ne se lasseront pas non plus d’aller vers l’autre fils resté dehors et incapable de se réjouir, pour lui faire comprendre que son jugement est sévère et injuste, et n’a pas de sens face à la miséricorde du Père qui n’a pas de limite. Ils ne poseront pas de questions impertinentes, mais comme le père de la parabole, ils interrompront le discours préparé par le fils prodigue, parce qu’ils sauront accueillir dans le cœur du pénitent l’appel à l’aide et la demande de pardon. En résumé, les confesseurs sont appelés, toujours, partout et en toutes situations, à être le signe du primat de la miséricorde. » (Misericordiae Vultus n°17)

Est-ce l’attitude du cadet, de l’aîné ou celle du Père

qui nous donne plus particulièrement à réfléchir ?

Dans tous les cas : laissons-nous réconcilier avec Dieu !

[1] Extrait d’un entretien dans la revue Panorama de mars 2016, p. 15
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La vie consacrée en Afrique !

Lors de notre journée de Sortie

Lors de notre journée de Sortie

            Comme vous l’avez remarqué, je fus silencieux la semaine passée en raison d’une session, qui se déroule chaque année, à l’intention des formateurs et formatrices à la vie religieuse du Togo et du Bénin. En effet, en compagnie essentiellement des responsables de noviciats et de postulats présents sur le territoire du Togo et du Bénin (65 participants de 54 instituts différents), nous avons réfléchi à ce thème : « La vie consacrée en Afrique face aux mutations culturelles mondiales. » C’est sous la houlette du Père Dominique GUIGBILE, prêtre du diocèse de Dapaong, docteur en ethnologie, que nous avons creusé les questions de l’inculturation de la vie consacrée dans l’Afrique d’aujourd’hui. Un enseignement fort riche, même si, comme toujours, le temps nous a manqué pour plus d’échanges sur nos pratiques et nos tentatives de réponses.

Sur les bords du lac Togo

Sur les bords du lac Togo

Je retiens notamment que l’inculturation ne consiste pas à faire de l’archéologie pour mettre en œuvre des éléments culturels qui ne parlent plus aujourd’hui, mais bien à faire une inculturation au présent avec les valeurs d’aujourd’hui. Il s’agit toujours d’un travail d’accueil des valeurs positives d’une culture et de purification des contre-valeurs qui sont à évangéliser. Dans chaque culture il y a des valeurs positives, des valeurs neutres et des valeurs négatives. Les premières sont à intégrer à la vie de l’Église, les secondes peuvent éventuellement être intégrées, les troisièmes sont à évangéliser. Je retiens également que nous n’avons pas le choix de vivre la mondialisation, qu’elle n’est, en soi, ni bonne ni mauvaise mais qu’il faut l’accompagner et lui donner un visage humain. Pour nous chrétien, la mondialisation doit aller de pair avec l’avènement du Règne de Dieu c’est donc une grande chance à saisir. Mais, évidemment, cette mondialisation ne doit pas conduire à uniformiser ou à détruire les cultures locales mais à promouvoir les valeurs de ces cultures en vue d’une communion des peuples et de leurs cultures. Un autre aspect, fort important, consistait à prendre conscience de ce qui habite les cultures africaines dont sont marqués les jeunes que nous avons à former, même si nous aurions souhaité approfondir la connaissance de la culture urbaine africaine d’aujourd’hui et ne pas en rester à la culture traditionnelle africaine de type plutôt rural. Nous avons aussi évoqué la question de la vie communautaire, en communautés interculturelles ou encore la question des chocs culturels.

Chez les Canossiennes à Lomé

Chez les Canossiennes à Lomé

Personnellement, j’ai quelques leitmotivs qui reviennent sur ces sujets. À savoir, d’une part, qu’après presque trente années en communauté internationale, et ayant vécu sur trois continents,  j’ai constaté que les différences culturelles ne sont qu’une part minimes des difficultés relationnelles, la plus grande part vient des questions de caractère et de personnalité : je peux très bien m’entendre avec un frère africain et avoir beaucoup de difficultés avec un frère français… D’autre part, lorsqu’on évoque les valeurs des cultures africaines comme l’hospitalité, le respect des anciens, le sens de la famille, les rites pour les morts, le sens du sacré etc., en fait, on met en exergue les valeurs d’une société rurale traditionnelle, comme nous l’avons où l’avions dans nos pays européens. On oppose trop souvent les valeurs de l’Afrique aux contre-valeurs de l’Occident, alors qu’en fait on est en train de parler des valeurs traditionnelles d’une société rurale versus les valeurs d’une société urbaine contemporaine… Cela a peu à voir avec le clivage Afrique/ Europe ou Afrique /Occident mais bien plus avec le clivage sociétés rurales traditionnelles / sociétés urbaines contemporaines, qu’elles soient africaines ou européennes… Ils restent bien quelques spécificités africaines, comme la famille clanique ou la conscience du monde invisible à nos côtés, mais bien des clichés sur les valeurs africaines sont à relativiser à mon sens…

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La Vie par ici…

Durant ce carême le rythme ne faiblit pas, et je crois même que nous ne pourrons pas tenir ce que nous avions programmé. Durant mon absence s’est tenu également la nouvelle édition du cocholycoso, la compétition des chorales des lycées et collèges de Sokodé, ce fut un succès, comme d’habitude. Ce samedi c’était le pèlerinage diocésain des adultes à Aledjo. Demain, récollection de carême pour les jeunes et les enfants de la paroisse. La semaine prochaine ordination du nouvel évêque de Sokodé puis session d’Internoviciat animée par votre serviteur sur la vie fraternelle et l’accompagnement spirituel. Le lendemain pèlerinage des jeunes à Aledjo puis récollection des adultes à la paroisse… etc. etc.

En confiant à vos prières tous ces rendez-vous, je vous souhaite une bonne suite de carême que j’espère suffisamment paisible pour pouvoir revenir à l’essentiel.

 

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