L’Homme libre !

161C29 mars 2015, Rameaux, année B, Mc 14,1 – 15,47 /

Je trouve toujours intéressant de lire, d’une traite, le récit de la passion chez l’un ou l’autre évangéliste, comme nous le permet la liturgie du dimanche des rameaux, car cela fait apparaître le trait dominant de chaque récit… Dans la version de Marc, proposée à notre méditation cette année, je retiens surtout la suprême liberté manifestée par Jésus, jusqu’au bout, alors que tous les autres protagonistes (les disciples, la foule, les autorités juives ou romaines) se laissent manipuler par la peur, par l’effet de foule, par le désir de maintenir leur pouvoir, etc. Quel contraste saisissant ! Jésus, enchaîné, bafoué, torturé, crucifié apparaît souverainement libre alors que ceux qui semblent apparemment libres, et qui détiennent le pouvoir de décider, sont foncièrement enchaînés par la peur, le paraître, le pouvoir, le conformisme… Quelle leçon pour aujourd’hui ! Quels sont les hommes véritablement libres aujourd’hui ? Et sommes-nous du lot ?

Des hommes enfermés…

Regardons de plus près les motivations des différents protagonistes… Les grands prêtres et les scribes cherchent à arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Si je comprends bien, ils ont peur de Jésus qui déstabilise leur pratique de la religion et qui menace indirectement leur pouvoir. Plutôt que d’écouter ce qu’il a à leur dire, ils préfèrent l’éliminer. Par ailleurs ils ont peur de la foule qui pourrait prendre le parti de Jésus et préfèrent intervenir par ruse. Sont-ils des hommes libres ? Pas vraiment… Plutôt des hommes enfermés dans un système et prêts à le défendre coûte que coûte. Du côté des disciples, ce n’est guère mieux ! Certes, ceux-ci ont été réceptifs à l’appel de Jésus, mais au moment crucial ils tomberont : Judas le premier, par amour du gain, par espoir déçu, ou par mécompréhension de la messianité de Jésus va le trahir… Par trois fois, Pierre, Jacques et Jean s’endorment au jardin de Gethsémani au lieu de veiller… À l’arrestation : « Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous »… Pierre, en particulier, le reniera trois fois… Des disciples donc séduits par Jésus mais enfermés dans leurs limites humaines, dans leurs peurs, dans leurs lâchetés… La foule, elle, est toujours aussi versatile : elle avait acclamé Jésus lors de son entrée à Jérusalem : mais était-ce par conviction ou pour suivre l’élan du moment ? En tout cas elle se laissera bien manipuler jusqu’à réclamer la libération d’un criminel plutôt que celle de Jésus. Aucune voix libre n’a pu s’exprimer dans la foule… Pilate enfin, supposé être l’homme le plus puissant de Palestine, et malgré qu’il n’eut rien trouvé à reprocher à Jésus,  nullement libre d’accomplir son désir de relâcher Jésus, condamnera celui-ci, pour maintenir son emprise et faire plaisir aux chefs juifs comme à la foule ! Et on pourrait poursuivre la liste… Les seuls, dans le récit selon saint Marc, à manifester leur liberté, mais un peu tard, ce seront le centurion reconnaissant finalement en Jésus le Fils de Dieu et Joseph d’Arimathie qui eut l’audace d’aller chez Pilate réclamer le corps de Jésus. Cette longue liste nous permet donc d’illustrer combien les êtres humains, bien qu’ils se croient libres, sont souvent conditionnés, manipulés par bien des éléments… Et on pourrait abondamment actualiser les conditionnements, esclavages et manipulations de l’homme moderne dans nos sociétés de l’image, de la consommation et du bruit !

Un Homme libre !

Au contraire de tous les autres protagonistes, Jésus se montre suprêmement libre ! Il avance vers Jérusalem en sachant ce qui l’attend, il se prépare dans la prière à son offrande ultime, il remet librement sa volonté entre les mains du Père, il ne fuit pas les soldats et ne cherche pas à se défendre, il répond librement aux questions du grand prêtre ou de Pilate quand elles lui semblent dignes d’intérêt et, finalement, ses craintes et peurs légitimes ne l’empêchent pas d’avancer vers le don de lui-même. Sa seule motivation est son amour des hommes et sa confiance en la volonté du Père… J’évoquais la semaine passée les martyrs de notre temps, mais combien, tout au long des siècles, manifesteront leur suprême liberté ? Que ce soit face aux persécutions romaines, en contexte missionnaire (que l’on pense aux milliers de martyrs des Églises du Vietnam ou de Corée par exemple), ou encore dans les camps nazis à l’image d’un Maximilien Kolbe… Cette liberté de Jésus à l’approche de sa mort n’était, faut-il le rappeler, qu’en continuité avec sa liberté manifestée tout au long de sa vie : il n’y a pas besoin d’attendre sa dernière heure pour apprendre à vivre en homme libre !

Et vous, où vous situez-vous ? Du côté des enfermés ou du côté de l’Homme libre ?

Peut-être vous retrouvez-vous un peu des deux côtés,

Mais alors, avez-vous le désir de vous laisser libérer par l’Homme libre ?

 

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Pas facile d’être chrétien !

141C22 mars 2015, 5e dimanche de carême, année B, Jn 12,20-33 /

« Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? ‘Père, sauve-moi de cette heure’ ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » (Jn 12, 27) Tout l’évangile de ce jour, et même la vie de Jésus, sont condensés dans ce bref passage ! On y retrouve l’humanité de Jésus avec ses craintes face à la souffrance et la mort qui se profilent à l’horizon… On y retrouve aussi le Fils de Dieu, dans cette intimité avec son Père et son humble confiance en sa volonté… On y cerne, un peu mieux, le mystère de sa Pâque : la mort comme un passage vers une vie de gloire et cette mort en croix qui est la révélation suprême de l’identité de Dieu car, dans ce don total, ‘son nom est glorifié’ : Dieu d’amour ! Dans le contexte d’une recrudescence des persécutions en raison de la religion, la Passion du Christ, librement acceptée, prend une nouvelle actualité ! Pas facile d’être chrétien !

« Mon âme est bouleversée ! »

Eh oui, même si Jésus faisait confiance à son Père, il fut bouleversé à l’approche de son heure… Nous avons ici chez saint Jean, l’écho de Gethsémani chez saint Luc : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ! » (Lc 22,42) Si Jésus fut bouleversé, à plus forte raison combien, nous autres, pauvres petits disciples, avons le droit d’être bouleversés, d’angoisser, de craindre notre dernière heure. Et comment ne pas penser à ces millions de chrétiens persécutés aujourd’hui au XXIe siècle ? Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde[1] parle de 150 à 200 millions de chrétiens actuellement discriminés ou persécutés dans environ 140 pays. Ce qui fait de la religion chrétienne la religion la plus persécutée au monde. Sur le nombre de morts, les chiffres semblent plus controversés, mais en mai 2013, Mgr Silvano Maria Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies, parlait d’environ 100.000 chrétiens tués chaque année pour des raisons en rapport avec leur foi.[2] Sans l’avoir désiré, leurs vies ont été configurées à celle du Christ. Mais comment tous ces martyrs et persécutés vivent-ils leur fidélité au Christ ? Comment réagirions-nous à leur place ? Combien sont restés fidèles, combien ont renié leur foi ? De loin, il est facile de parler mais, confrontés concrètement à la violence, à la souffrance, à la menace, quelle serait notre réaction ? Les médias relatent quelques-unes de ces horreurs, mais nous sommes loin de pouvoir compatir, comprendre, ressentir, l’héroïcité de ceux qui ont préféré la torture ou la mort plutôt que de renier leur foi ! Et comment ne pas compatir, aussi, avec ceux qui ont préféré l’apostasie pour épargner un proche ou sauver leur peau ! Pas facile d’être chrétien !

« Que vais-je dire ? »

Dans un même élan, Jésus dit sa peur mais aussi sa détermination à faire ce qu’il a à faire : « Que vais-je dire ? ‘Père, sauve-moi de cette heure’ ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! » On perçoit bien ici le long cheminement de Jésus, en particulier depuis les tentations au désert, qui lui a permis de faire le choix de vivre sa messianité selon l’annonce du serviteur souffrant d’Isaïe et non selon l’attente d’un messie guerrier, libérateur par les armes. La perspective de sa passion, de sa souffrance, de sa mort, il la portait en lui depuis des années déjà, et c’est ce qui lui permettra de dire son oui ultime. Nous ne savons pas ce que nous réserve l’avenir, pas forcément le martyre, mais nous devrons de toute façon passer par la souffrance et par la mort pour quitter cette terre. Sans se laisser obnubiler par cette pensée, comment nous y préparons-nous ? En disant au Seigneur « sauve-moi de cette heure. » ? Ou en cultivant une grande intimité avec le Père, une grande confiance en lui, un grand amour qui nous donneront la force de faire ce passage vers Lui et vers ceux qui nous ont précédés à ses côtés ?

« Père, glorifie ton nom ! »

L’acquiescement ultime de Jésus s’exprime dans son désir que le nom du Père soit glorifié… En entendant « gloire » ne pensons pas trop vite à la Résurrection… La glorification du nom de Dieu se fera d’une double manière dans la Passion de Jésus : d’une part, en se donnant jusqu’à la mort, en ne répliquant pas à la violence par la violence, en pardonnant à ses bourreaux, Jésus manifeste sur la croix que Dieu n’est qu’Amour et que sa puissance n’a rien à voir avec celle qu’on prête habituellement aux divinités. Mais d’autre part, il ne faut pas oublier le troisième jour et la résurrection qui manifestent, haut et fort, que l’Amour est plus puissant que la haine et que la mort, et que c’est la Vie en Dieu qui a le dernier mot. Face à la violence et à la haine, glorifierons-nous le nom de Dieu, c’est-à-dire aurons-nous une attitude semblable à celle du Christ en croix ou trahirons-nous son nom ?

Pas facile d’être disciple du Christ…

Mais ne croyez-vous pas, aussi, qu’au moment ultime,

l’Esprit de Dieu nous donnera la force de trouver l’attitude juste ?

[1] « Le livre noir de la condition de chrétiens dans le monde », de Mgr Di Falco, Timothy Radcliffe et Andrea Riccardi, XO Editions, 2015

[2] Le Centre pour les Etudes du Christianisme global des Etats-Unis ainsi que  l’organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) avancent le même chiffre…

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Deuxième sortie trimestrielle du noviciat !

A Défalé

A Défalé

     Il est vrai qu’au noviciat nous sommes plutôt en retrait du monde, même si tout est relatif… Certains ont donc des démangeaisons de sorties, ce qui n’est pas le cas du maître de novices, plutôt casanier comme chacun le sait… Pour honorer les désirs inassouvis, nous essayons donc de programmer une journée de sortie trimestrielle. C’est ainsi que ce vendredi nous nous sommes rendus à Défalé, via Tchichao et Kara : une belle journée d’aération et de rencontres. Après une courte halte à la cathédrale de Kara, nous avons été merveilleusement accueillis par les sœurs missionnaires de la doctrine chrétienne à Défalé où nous avons pu faire une petite escapade jusqu’à la statue du Christ rédempteur ? Enfin nous sommes passés saluer les séminaristes au grand séminaire de philosophie du Togo à Tchitchao.

Pour information et vous donner un ordre d’idée, il y a actuellement 223 séminaristes dans cette maison qui ne rassemble que les trois premières années d’étude (le cycle de philosophie) : avec des promotions de 63 à 80 séminaristes par année. La seconde partie des études, se fait au grand séminaire de Lomé (le cycle de théologie) avec environ 200 séminaristes, auxquels il faudrait encore ajouter environ 90 séminaristes en année de propédeutique. Ce qui donne donc environ 510 séminaristes diocésains (d’après mes calculs) dans un pays de 6 millions d’habitants dont 1,5 million de catholiques… À taille comparable, c’est à peu près comme s’il y avait 500 séminaristes dans le diocèse de Strasbourg  ou 330 séminaristes dans le diocèse de Québec !

Voici quelques photos de notre journée :

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Se libérer de notre peur du jugement !

109D15 mars 2015, 4e dimanche de carême, année B, Jn 3,14-21 /

Pourquoi la peur du jugement traîne-t-elle en nos têtes malgré 2000 ans de christianisme ? Les textes de ce jour sont pourtant très explicites : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » (Jn 3,17) Dieu ne veut pas récompenser nos mérites mais nous offrir en cadeau… gratuitement… par grâce… la vie éternelle : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. » (Ep 2,8-9) Est-ce dans les profondeurs de notre rapport au sacré que cette peur du jugement est inscrite ? Est-ce par notre fonctionnement psychologique que nous projetons en Dieu cette peur du jugement ? Est-ce dû aux prédicateurs d’hier et d’aujourd’hui qui préfèrent jouer sur cette corde sensible pour avoir des ouailles plus dociles et plus motivées ? Je pense qu’effectivement tout ceci, à divers degrés, joue dans cette logique difficilement déracinable des mérites récompensés ou des fautes sanctionnées. Rappelons-nous pourtant le « bon larron », nullement méritant, ni repentant, mais reconnaissant, en Jésus, le Sauveur : « « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras inaugurer ton Règne ». Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. »» (Lc 23,41-42)… Revisitons donc cette justice de Dieu !

Non pas pour juger mais pour sauver !

Non pas pour juger mais pour sauver ! : Comment faut-il le dire et le signifier pour que cela rentre définitivement dans nos têtes ? Venait-on à Jésus pour qu’il rende des jugements ou pour se faire guérir ? Lorsque ses opposants cherchaient à l’enfermer dans ce rôle de juge, comment se comportait-il ? Pensons à la femme adultère : « « Personne ne t’a condamnée? » … « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. » » (Jn 8,10-11) Est-ce lui qui a jugé Caïphe ou Pilate, ou bien lui qui s’est laissé juger par eux ? Non ! Le jugement le voici, nous dit saint Jean : « Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. » (Jn 3,19) La balle est dans notre camp ! Depuis toujours, Dieu nous propose un chemin de vie, et non seulement il nous le propose, mais il vient sans cesse rechercher l’homme égaré pour le remettre sur le chemin de la vie, sur le chemin de la lumière… Mais si l’homme n’en a cure, toute la tendresse bienveillante de Dieu devient impuissante !

Sauvés par grâce au moyen de la foi !

L’être humain n’a-t-il alors rien à faire pour être sauvé ? Eh bien si, il a à accepter le cadeau que Dieu lui offre ! Vous vous imaginez une rencontre familiale, ou entre amis, où l’on vous offrirait un cadeau que vous refuseriez ? Quelle douleur pour l’ami offensé ! Quelle rupture dans la relation ! Quel affront ! Or c’est ce que subit le Seigneur chaque jour ! Mais il ne peut forcer l’estime, l’amitié, l’amour… Par contre si on accepte un cadeau, nous faisons la joie de notre ami et nous manifestons par-là notre désir de grandir en communion avec lui. Eh bien la foi, c’est cela : l’acceptation du cadeau de la Vie de la part de Dieu, et cela devra se manifester par nos façons d’être, à notre tour, source de vie autour de nous. Notre vie morale, sociale, familiale sera alors un débordement de la vie reçue gratuitement de la part de Dieu. C’est ce qu’explicite le texte fondamental, de 1998, d’accord entre luthériens, méthodistes et catholiques, sur la doctrine de la justification : «Nous confessons ensemble que les bonnes œuvres – une vie chrétienne dans la foi, l’espérance et l’amour – sont les conséquences de la justification et en représentent les fruits. Lorsque le justifié vit en Christ et agit dans la grâce reçue, il porte, en termes bibliques, de bons fruits. Cette conséquence de la justification est pour le chrétien, dans la mesure où il lutte tout au long de sa vie contre le péché, une obligation qu’il doit remplir; c’est la raison pour laquelle Jésus et les écrits apostoliques exhortent les chrétiens à accomplir des œuvres d’amour. »

Le jugement, une seconde chance !

Saint Jean nous dit encore : « Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3,18) Ici,  saint Jean nous dit qu’il n’y a pas de jugement et que tout dépend dès maintenant de notre foi au Christ, de notre adhésion à Lui ! J’emploie à dessein adhésion à Lui, car on peut prétendre croire au Christ alors que nos œuvres manifestent le contraire… Ou encore on peut sembler refuser le Christ alors que nos œuvres vivent de son amour ! Ce n’est donc pas ici un clivage chrétiens ou non-chrétiens, mais vie christique ou vie non christique si je puis m’exprimer ainsi ! Mais encore faudrait-il compléter la citation de saint Jean par une autre plus encourageante : « Tous ceux qui sont dans les tombeaux vont entendre sa voix, et ils sortiront : ceux qui ont fait le bien, ressuscitant pour entrer dans la vie ; ceux qui ont fait le mal, ressuscitant pour être jugés. » (Jn 5,28-29) Ici le jugement apparaît comme une seconde chance offerte à ceux « qui ont fait le mal », non ?

Donc rassurons-nous : Dieu ne veut pas nous juger mais nous sauver !

La balle est dans notre camp : accepterons-nous sa main tendue ?

Et remettrons-nous notre confiance en son amour et sa miséricorde infinie ?

 

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Au-delà des cultures, la vie religieuse est une !

Richard et Nicodème en menuisiers

Richard et Nicodème en menuisiers

On m’a posé la question de savoir comment un « missionnaire » vit sa vie religieuse dans une autre culture que la sienne. En fait de culture, dès le début de ma vocation, j’ai cherché à vérifier la solidité de ma foi dans un autre contexte que le mien : désirais-je donner ma vie au Seigneur par un réel attachement à Jésus Christ ou par un attachement à un type de liturgie, à un environnement, à certaines façons de faire Église… ? Et c’est ainsi que je suis parti vivre mon postulat en Côte d’Ivoire durant deux années, dans une culture, dans un climat, dans une Église très différents de ce que je connaissais jusqu’alors. Dès le départ donc, ma vie religieuse s’est façonnée au carrefour de plusieurs cultures. Je compléterai cette première expérience interculturelle par 27 années de vie en communauté internationale ; par la participation à 7 éditions « d’anglais et prière » à New-York ou à Londres ; par 9 années d’apostolat au Québec et par maintenant bientôt 4 années au Togo.

Ne comptez donc pas trop sur moi pour vous partager les « découvertes exotiques » du religieux dans une autre culture. Selon moi, la vie religieuse est une, elle consiste à faire vœux de conversion, jour après jour à la suite du Christ, avec des frères et selon une tradition de congrégation.

Ces 15 années de vie, hors de ma culture d’origine, m’ont donc appris à relativiser et à me méfier de nos références culturelles. La culture que nous avons à promouvoir, c’est la culture de l’Évangile qui interroge toutes nos références humaines. Je suis outré et blessé lorsque, dans la vie religieuse, on impose des formes et des façons de faire, sous prétexte qu’« ici on fait comme ça » ! On parle volontiers de communautés internationales, mais regardons de plus près ce que l’on impose bien souvent : des types de chants, des mets, des programmes télévisés, des façons de se rapporter les uns aux autres à table, etc. Je sais bien qu’il n’est pas du tout évident de faire place à la culture de chacun, et que nos communautés internationales sont situées, elles-mêmes, dans une culture particulière. Il n’y a donc pas de recette miracle pour trouver le bon équilibre, mais ne nous croyons pas trop vite au sommet de l’ouverture à l’autre et cultivons une vigilance de chaque instant, avec un infini respect devant « l’histoire sacrée » de chacun de nos frères… Je reconnais avoir eu une grande chance de pouvoir passer de nombreuses années hors de ma culture d’origine et je souhaite que chacun puisse avoir ce genre d’opportunité, sur un temps suffisamment long : je crois que cela résoudrait bien des malentendus dans nos sociétés de brassage multiculturel !


 

La Vie par ici

Augustin récolte les piments

Augustin récolte les piments

Enfin une semaine un peu calme, où chacun est à sa tâche… Nous sommes toujours dans la saison sèche mais, grâce à la diligence des novices jardiniers, les salades, concombres et poivrons sont au   rendez-vous en attendant le reste… Les cours ont également repris leur rythme habituel…

Dans le cadre de l’année de la vie consacrée, un grand forum pour l’Afrique de l’Ouest était organisé ces jours-ci à Lomé. Plusieurs de nos frères étaient au rendez-vous, souhaitons que ce temps apporte à chacun un renouveau dans sa suite du Christ !

Sur ces quelques babillages, je vous souhaite une bonne suite de carême…

Justin à l'arosage

Justin à l’arosage

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Plus libres !

120C8 mars 2015, 3e dimanche de carême, année B, Jn 2,13-25 /

Notre mentalité contemporaine est assez rétive à la loi, surtout s’il s’agit d’une loi « venue d’en haut ». On préfère suivre nos propres lois, établies à partir de nos expériences de vie… Et pourtant, la Loi de Dieu n’est-elle pas une Loi pour notre bonheur, pour notre liberté, pour notre épanouissement ? Voilà comment il nous faut aborder les « dix paroles », proposées à notre méditation dans la première lecture. Et cela nous donnera également une bonne clef de lecture pour la scène évangélique de ce dimanche : Jésus chassant les marchands du Temple. Vivre ce carême, en accueillant de nouveau la Loi de Dieu dans nos vies, comme chemin de libération, n’est-ce pas une bonne piste spirituelle ?

Une Loi de liberté !

« Le bonheur promis à ceux qui observent la Loi est l’une des grandes insistances du Deutéronome […] on peut donc lire chacun des commandements comme une entreprise de libération de l’homme de la part de Dieu, ou si vous préférez, une méthode d’apprentissage de la liberté pour l’homme. » (cf. Marie-Noëlle Thabut, L’intelligence des Ecriture, Tome 3, p.142) La première parole, qui n’est pas un commandement et qui sous-tend l’ensemble, est essentielle : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. » (Ex 20,2) C’est-à-dire : « Je suis un Dieu d’amour qui veut ton bonheur et te libérer de tous tes esclavages. » Le premier d’entre eux c’est l’adoration d’idoles, de faux dieux. On connaît les faux dieux auxquels ont succombé régulièrement les israélites… mais ils ne sont que des figures de nos fausses idoles d’aujourd’hui : argent, sexe, drogue, écrans envahissants, confort… « Tu n’auras pas d’autres dieux que moi », signifie donc : « Ne te rends pas esclave de choses dont certaines peuvent être bonnes –en tant que moyens–  mais qui peuvent t’aliéner si elles prennent trop de place dans ta vie ! Méfie-toi également de tous ces faux gourous qui te promettent le bonheur ! » Avec le Dieu révélé dans la Bible et en Jésus Christ, aucun risque d’aliénation : il a donné sa vie pour nous libérer ! « Je suis un Dieu jaloux ! » « Oui, Dieu est jaloux de notre liberté, tout simplement parce qu’il nous aime ; il veut nous garder libres, pas pour lui, mais pour nous-mêmes. Parce qu’il est le seul Dieu et qu’il nous aime, il ne peut supporter de nous voir nous égarer sur de fausses pistes. » (Marie-Noëlle Thabut, idem)

Dans toutes les dimensions de notre vie !

Sur cette base des deux premières paroles, le décalogue développe les lieux d’aliénation possible dans toutes les dimensions de notre vie : ne prétends pas pouvoir t’aliéner Dieu, le posséder ou l’utiliser à tes propres fins (pas d’images, pas d’utilisation de son nom à tort et à travers) ; ne te laisse pas aliéner par le travail et l’économie (respect du Sabbat) ; ne te laisse pas aliéner par l’égoïsme ou la rancune (honore ton Père et ta Mère) ; ne te laisse pas enfermer dans le cycle de la violence (tu ne tueras pas) ; ne laisse pas tes désirs charnels mener ta vie (pas d’adultère) ; ne sois pas enfermé dans la cupidité ( tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain) ; sois libre de toute jalousie ou vengeance (tu ne porteras pas de faux témoignages)… Je pourrais actualiser et développer longuement chacune des dix paroles du décalogue, mais plutôt que de le faire moi-même pour vous, parce que je risque de tomber à côté de la plaque, je vous suggère donc que ce pourrait être un bon exercice pour vous, pour ce carême,  de reprendre vous-mêmes chacune des paroles du décalogue et de voir comment elle vous invite à une vie plus libre, plus cohérente, plus semblable à celle du Christ… dans toutes les dimensions de votre propre vie !

Et même dans notre pratique religieuse !

Le Christ dans sa sainte colère envers les marchands du Temple poursuit l’enseignement du décalogue : « Ne vous laissez pas aliéner par l’argent, par une pratique marchande des sacrifices, par une religiosité qui s’enferme dans des rites qui ont perdu leur sens ! » Car il ne cherche pas simplement à chasser les vendeurs de la maison de Dieu, mais il annonce la fin des rites du Temple : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai ! » (Jn 2,19) et deux chapitres plus loin, il dira à la Samaritaine : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. […] Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » (Jn 4,21…24) On pourrait paraphraser une autre parole de Jésus : « le rite est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le rite ! » Une fois encore, Jésus veut nous libérer, non seulement de nos conduites aliénantes dans la vie de tous les jours, mais aussi de ce qui peut nous aliéner dans notre pratique religieuse, dans la sacralisation excessive, dans nos marchandages avec Dieu. Avec son geste, il annonce qu’il est le véritable Temple de Dieu, et puisqu’il s’identifie au plus petit, que le bon lieu où rendre le véritable culte à Dieu,  c’est dans nos frères, dans le pauvre, le prisonnier, l’affamé, etc. (cf. Mt 25)

Oui Dieu est jaloux de notre liberté,

Saisissons ce carême pour avancer vers une vie plus libre,

donc plus humaine !

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Morale d’antan ?

       Nous rentrons d’une session d’inter-noviciats sur la morale fondamentale animée par le P. Marc Lakassi, du diocèse de Kara. La session fut bien animée car le prédicateur ne manquait pas d’histoires croustillantes pour amuser l’assemblée des 80 participants. Mais, j’avoue que, sur le fond, je suis plutôt resté sur ma faim… Il faut dire que la session ne m’était pas destinée mais bien aux postulant(e)s et novices qui ont, semble-t-il, tiré profit de ce premier défrichage sur les questions de morale, d’éthique, de loi, de liberté, de conscience, de péché. Mais, j’ai pu, à cette occasion, mesurer encore plus l’immense abîme qui existe entre certaines approches africaines et certaines approches occidentales des « choses de la religion ». J’avais l’impression de me retrouver plongé 50 ans, voir un siècle en arrière (par exemple avec plusieurs citations du catéchisme de Pie X –publié en 1906– ; ou avec de nombreuses références au récit d’Adam et Eve, sans tenir compte du fait que le récit est de type mythologique et non historique, etc.) Et cela m’a laissé songeur, une fois de plus, en pensant au passage de prêtres d’un continent à un autre sans réelle préparation… Mais je suis certainement trop français et trop « période post-conciliaire » pour apprécier tout cela à sa juste valeur…

       Au-delà des apports, l’Inter-noviciats c’est aussi, toujours : la joie des échanges entre les jeunes en formation ; la prière et le soutien mutuel ; les rencontres entre formateurs ; la superbe soirée détente, grâce aux dons de chacun ; le dynamisme de cette jeunesse heureuse de donner sa vie au Christ ! Voici donc quelques photos évocatrices :

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Transfiguration de toute la Création !

transfiguration1er mars 2015, 2e dimanche de carême, année B, Mc 9,2-10 /

Je me souviens d’une belle méditation d’un frère orthodoxe, dans le cadre d’une rencontre du mouvement « Églises vertes ». Il avait commenté, pour nous, une icône de la Transfiguration dans la perspective de l’ensemble des éléments de la Création appelés à être transfigurés. Et c’est bien vers cela que nous cheminons : la Transfiguration, non seulement de notre vie humaine, mais également des règnes minéraux, végétaux et animaux en vue d’une plénitude. J’imagine que nous retrouverons de cela dans l’encyclique annoncée, du Pape François, sur les questions écologiques. Dans notre monde, marqué par les miasmes de la haine, de la folie des terroristes, de la misère, de l’injustice, de la pollution, de la défiguration de la nature…, tourner notre regard vers le Christ transfiguré et vers la promesse d’une Création transfigurée est, oh combien, nécessaire et salutaire !

Des sacrifices ?… Pour notre transfiguration !

Arrêtons-nous d’abord sur la première lecture que l’on nomme habituellement « le sacrifice d’Isaac ». Ce titre n’est pas très satisfaisant car, en fait, Isaac n’a pas été sacrifié ! Les juifs appellent plutôt ce passage la « ligature d’Isaac », car il fut lié sur l’autel. Ce récit, loin de faire l’apologie du meurtre rituel vient au contraire y mettre fin. Dans l’intervention de « l’ange du Seigneur » qui arrête la main d’Abraham, il faut y voir le ferme désir de Dieu de mettre fin à tout sacrifice humain ! Ce récit fut rédigé vers le VIIIe siècle avant notre ère, cela veut dire que depuis 28 siècles on a compris que Dieu ne réclame pas de sacrifices humains ! « Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé. » (Ps 50,18-19) Quelques siècles plus tard, le judaïsme supprimera aussi les sacrifices d’animaux… Et que voit-on au XXIe siècle ? Non seulement que les sacrifices d’animaux se poursuivent (dans la sorcellerie, dans l’Islam, dans diverses religions…), mais encore, de façon inimaginable, que des hommes pratiquent, de nouveau, des sacrifices humains ! Je pense ici, non seulement, aux fous d’Allah, qui pensent lui faire plaisir en tuant des innocents, mais aussi à ces sectes bien vivantes en Afrique, comme les cercles de sorciers ou de francs-maçons, qui réclament le meurtre d’enfants, d’épouses, d’époux etc… Et je ne vous parle pas de rumeurs, mais de témoignages de première main ! Non, non, non : Dieu ne réclame pas de sacrifice ! Ce n’est pas un Dieu boutiquier qui donnerait en échange des sacrifices offerts. Les seuls sacrifices qui ont de la valeur, sont les efforts que nous faisons pour mieux faire correspondre notre vie à celle du Christ, ceux qui nous permettent de transfigurer nos vies, d’avancer vers la vie divine à laquelle nous sommes destinés !

Des efforts de carême ?… Pour transfigurer notre quotidien !

«Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » (Mc 9,9) Le calendrier liturgique nous donne de vivre des temps forts, pour rythmer notre vie spirituelle. Mais faisons attention à ne pas tomber dans un mimétisme théâtral. Nous sommes toujours dans le temps de la Résurrection ! Nous sommes toujours tournés vers la Transfiguration du monde en marche ! Cela signifie que, oui, l’avent (petit carême chez les orthodoxes) ou le grand carême sont des temps de préparation, d’entraînement, d’efforts mais non pas des temps de désolation. Nous vivons ces carêmes, déjà, dans une vie pascale, dans une vie en train d’être transfigurée. Dans leur marche vers Jérusalem, Jésus, Pierre, Jacques et Jean ont vécu sur le Thabor ce temps de consolation, de préfiguration de la joie pascale pour pouvoir traverser l’épreuve à venir et lui donner sens. Saisissons donc, nous aussi, ces Thabors qui nous sont offerts en ce temps de carême : temps de retraite ou de recollection, temps de fraternité renouvelée, temps pris pour notre intériorité, de façon à puiser l’énergie, l’amour nécessaire, pour traverser nos épreuves et transfigurer ces petits riens du quotidien !

Une vie de douleur ?… Pour la transfiguration du monde !

Enfin, comment ne pas citer saint Paul : « J’estime donc qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. […] Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. » (Rm 8,18.22) Oui, dans les soubresauts de notre monde qui parfois nous découragent et nous font peur, demandons une foi toujours plus grande et plus forte pour déceler les signes avant-coureurs du Royaume à venir. Gardons le regard fixé vers la Transfiguration du Monde en marche, vers le Beau, vers le Bon, vers le Bien, afin de traverser notre pèlerinage ici-bas à la lumière du Transfiguré !

Puisque la scène de la Transfiguration du Christ,

préfigure la Transfiguration de toute la Création…

Celle-ci ne change-t-elle pas notre regard sur le Monde,

notre espérance, et notre agir ?

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Carême !

Dans la chapelle du noviciat...

Dans la chapelle du noviciat…

Il y a tellement de discours sur le carême que j’hésite à ajouter mon propre couplet. Faut-il insister sur les différents aspects du jeûne, de l’aumône et de la prière ?… Faut-il parler de l’attitude intérieure plutôt qu’extérieure qui doit marquer ce temps favorable pour la vie spirituelle et fraternelle ?… Faut-il, au contraire, dans le contexte interreligieux qui est le nôtre, vivre de façon plus ostentatoire ce carême pour que les médias ne parlent pas de carême seulement durant le ramadan ?… Faut-il insister sur l’effort, sur le combat, sur l’ascétisme qui marquent ce temps liturgique ?… Ou sur l’opportunité heureuse de cette période pour reprendre notre vie en main ?… Faut-il être plus solidaire, plus spirituel, plus silencieux, plus fraternel, plus sobre, plus écolo, plus humble, plus actif, plus détaché, plus zen ?…

Finalement, parmi toutes les pistes données, c’est à chacun de voir, ce qui lui permettra de mieux vivre sa vie chrétienne…

Allez ! Je vous fais une petite sélection de parcours possibles :

Sans trop de discours, bon carême 2015 !


  La Vie par ici

C’est avec joie que nous avons accueilli le père Sébastien Antoni, a.a., venu donner une session sur la liturgie aux postulants et novices des Augustins et Orantes de l’Assomption… Ce fut l’occasion de pas mal de découvertes pour nos jeunes… Et une façon d’aborder la liturgie non pas en cherchant à savoir ce qui est autorisé ou interdit, mais plutôt en comprenant d’où viennent les gestes, les symboles, les lieux, les pratiques liturgiques afin de les comprendre, à partir de leur histoire, et ainsi découvrir comment nos pratiques d’aujourd’hui ont du sens ou pas…

Les frères étaient aussi, bien sûr, très heureux de découvrir un nouveau frère aîné, même si la saison étant déjà chaude, ce n’était pas évident pour le frère Sébastien de passer de 4°C à 34°C… Mais finalement il s’est très bien adapté à la situation : chaude, sans électricité et chatouillé par les scorpions (notre gardien fut piqué par un scorpion durant le séjour du frère Sébastien, mais ceux-ci n’ont pas goûté la peau blanche…) Un grand merci au frère Sébastien pour sa disponibilité et au plaisir de le recevoir de nouveau en Terre Togolaise !

De nouveau bon temps de Carême, que le Seigneur vous redynamise dans sa marche à sa suite…

 

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Convertissez-vous et vivez votre baptême !

049B22 février 2015, 1er dimanche de carême, année B, Mc 1,12-15 /

Les différentes lectures de ce premier dimanche de carême nous invitent à vivre résolument notre baptême ! N’est-ce pas, finalement, ce chemin tout simple que nous avons à emprunter durant les quarante jours qui s’ouvrent devant nous : un temps favorable pour vivre de nouveau pleinement, dans toutes ses dimensions, notre vie chrétienne ? L’aumône, le jeûne et la prière vont guider nos pas pour redynamiser une vie d’Alliance renouvelée (1ère lecture), une vie baptismale engagée (2e lecture) et une vie évangélique restaurée (évangile)!

Une Alliance renouvelée !

« Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc-en-ciel paraîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance avec vous et avec tous les êtres vivants. » (Gn 9,14-15) Il faut savoir que ce texte du déluge, qui s’inspire des récits de déluge de la sous-région, ne nous raconte pas un fait historique, mais reprend le mythe, présent dans la plupart des grandes religions, qui met en scène la peur d’une Création qui pourrait être détruite par son Auteur pour diverses raisons. Or le récit biblique du déluge est à l’opposé d’un texte menaçant et de la figure d’un Dieu punisseur. Il nous parle, au contraire, d’une Alliance (mot qui revient cinq fois dans notre texte) et d’une promesse : « Aucun être vivant ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » (Gn 9,11) Ce récit proclame donc que, contrairement à certaines idées, les catastrophes naturelles ne sont pas envoyées par Dieu ! Et nous prenons d’ailleurs, aujourd’hui, de plus en plus conscience que ce sont les humains qui sont à l’origine de bien des catastrophes, soit parce qu’ils les provoquent (réchauffement climatique, déforestation, pollution, bétonnage…), soit car ils ne savent plus vivre avec prudence et respect leur relation à la Création (construction dans des zones dangereuses, concentration de population, exploitation à outrance des ressources naturelles…) Saisirons-nous ce carême pour apprendre à vivre de façon renouvelée notre Alliance avec Dieu, avec nos frères, avec la Création dans toutes ses composantes ?

Une vie baptismale engagée !

« Être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ. » (1P3, 21) Voici une belle présentation de la vie baptismale et un beau programme pour ce carême qui nous prépare au temps pascal. Pour participer à la résurrection de Jésus Christ, il nous faut vivre pleinement notre vie baptismale. Mettre en œuvre ce que nous avons reçu à notre baptême : une vie renouvelée et sauvée, de multiples dons de l’Esprit, la mission d’être prêtre, prophète et roi. Voilà donc une question toute simple au début de ce carême : comment puis-je mieux m’engager envers Dieu avec une conscience droite durant ce carême, de façon à faire toujours plus mienne la vie du Ressuscité ?

Une vie évangélique restaurée !

« Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle (à l’Évangile) ! » (Mc1, 15) La conversion demandée est double : d’une part, vivre une vie plus conforme à la volonté de Dieu, plus juste, plus fraternelle, plus vraie, etc. ; d’autre part, il s’agit de croire à la Bonne Nouvelle. C’est-à-dire de se savoir aimé et sauvé par Jésus Christ, de croire que vraiment il est mort et ressuscité pour nous, qu’il est à nos côtés, qu’il a vaincu toute forme de mal et même la mort et nous prépare une demeure dans la maison de son Père. La vie chrétienne n’est pas d’abord une vie morale bonne (ça, c’est vrai pour bien des religions et bien des philosophies), mais être chrétien, c’est d’abord croire à la Bonne Nouvelle de Jésus Christ ! Y croire, c’est-à-dire adhérer à la vie du Christ ressuscité, et donc changer notre façon de vivre : c’est là, dans un second temps, où intervient la dimension morale de notre vie chrétienne. Voilà pourquoi le carême associe aumône, jeûne et prière… Il s’agit de vivre une vie plus fraternelle, certes, mais fondée sur une intimité plus grande avec le Seigneur, pour que sa vie même de ressuscité irrigue notre vie.

Ce temps de carême n’est donc pas un temps hors norme dans nos vies, à marquer d’exploits ascétiques extraordinaires, sans lendemain… C’est un temps d’entrainement, pour mieux vivre ce que nous avons à vivre tout au long de notre vie :

Une Alliance renouvelée !

Une vie baptismale engagée !

Une vie évangélique restaurée !

Bref, convertissons-nous et vivons notre baptême !

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