C’est ce dimanche que débute le synode sur la famille, par une première assemblée qui durera deux semaines et sera suivie d’une seconde assemblée, plus élargie début 2015.
Le pape, suite à sa consultation du C8 (le conseil des 8 cardinaux), a en effet décidé d’adopter une démarche importante avec une première assemblée générale extraordinaire du synode des évêques, (dans cette configuration, l’assemblée synodale, plus modeste, est composée des patriarches et archevêques majeurs, des présidents des conférences épiscopales, de religieux élus par l’Union Romaine des Supérieurs Généraux, des cardinaux à la tête des dicastères romains, et d’invités) suivie d’une seconde assemblée générale ordinaire (dans cette configuration, l’assemblée synodale est composée des patriarches et archevêques majeurs, de membres élus par chaque conférence épiscopale, de religieux élus par l’Union Romaine des Supérieurs Généraux, , des cardinaux à la tête des dicastères romains, et d’invités.) La première assemblée rassemblera donc 253 participants, dont 14 couples et des experts de nombreux pays – mais bien-sûr ce ne sont que les évêques qui auront droit de vote et non les invités…
Le synode est particulièrement attendu, du côté des Églises de vieille chrétienté (« du Nord »), l’attente est bien différente dans les jeunes Églises (« du sud »). En effet, l’encyclique Humanae vitae de Paul VI (1968), a marqué une rupture pour un grand nombre de familles chrétiennes d’occident avec l’enseignement de l’Église… Vous retrouverez un très bon résumé de la controverse autour d’Humanae Vitae sur le site wikipedia . Le point sensible fut le refus traditionnel, réaffirmé, des moyens de contraception artificiels, alors que la commission mise en place par Paul VI, lui-même, avait, au contraire, ouvert cette possibilité. La réception de l’encyclique fut très houleuse : dans ses mémoires, le cardinal français Roger Etchegaray a parlé de « schisme silencieux [qui a] fragilisé l’autorité [papale] ». Par ailleurs, la publication de l’encyclique Humanae Vitae a joué le rôle de déclencheur chez plusieurs intellectuels catholiques. Ils ont considéré qu’elle manifestait l’incompréhension de leur Église à l’égard de la réalité moderne…
On ne sait pas trop comment interpréter le fait que cette première assemblée synodale se conclura par la béatification de Paul VI, le 19 octobre… Mais il est vrai que Paul VI fut un très grand pape, celui qui mena finalement le concile Vatican II à son terme, après la disparition rapide de Jean XXIII. Et on ne peut résumer l’action de Paul VI à l’encyclique Humanae Vitae, ce serait plutôt la seule épine dans le pied de son pontificat.
On pourrait dire que ce nouveau synode est attendu par un grand nombre de catholiques, comme un lieu de réparation pour ce qui fut perçu comme une incompréhension, depuis Humanae Vitae, entre la réalité des familles d’aujourd’hui et la doctrine inflexible de l’Église catholique. Les attentes seront donc certainement déçues !
Le cardinal Vingt Trois, archevêque de Paris, qui vient d’être nommé par le pape François l’un des trois présidents du Synode extraordinaire sur la famille. Nous donne de bonnes pistes que ce que l’on peut attendre du synode, dans un contexte où les réalités vécues à travers le monde sont très différentes :
« La Curie et les catholiques doivent comprendre qu’il ne peut pas y avoir un centre unique d’initiative pastorale. Le Synode doit permettre de définir les grands axes. Par exemple, quand le pape nous dit que l’Église ne doit pas être un « poste de douane », qu’elle est une « mère miséricordieuse » pour ses enfants, qu’elle doit être auprès des plus pauvres, c’est assez clair. Mais ensuite, la mise en œuvre de ces orientations doit être adaptée à chaque situation, chaque pays, et ne pas venir d’une décision romaine. Lorsque le pape François se présente délibérément comme l’évêque de Rome, il envoie un message : il n’est pas le curé du monde. Cela peut en déstabiliser certains. Mais il le fait dans l’intention de mieux soutenir les pasteurs en responsabilité dans leur Église particulière. » Voir l’ensemble de cet entretient très intéressant sur La Croix
Nous avons vu également plusieurs cardinaux « fourbir leurs armes » à l’approche du synode pour défendre leur position. Il semblerait, et c’est une très bonne chose, que le pape et les évêques souhaitent un véritable débat au cours de l’assemblée, ce qui ne fut pas toujours le cas par le passé. Enfin n’oublions pas que les synodes ne sont que des instances consultatives et qu’en définitive, c’est l’exhortation post-synodale du pape François (fin 2015, début 2016 ?) qui devrait conclure l’ensemble de la démarche, tous les espoirs sont donc permis… Et ne manquons pas de porter dans la prière cette démarche synodale !
La vie par ici
La saison des pluies est toujours aussi abondante et notre « bac à poissons » est prêt à déborder… Heureusement nous n’avons pas de gros dégâts, et notre terrain n’est pas inondable contrairement à d’autres…
Aujourd’hui, Tabaski, c’est jour férié au pays ! Nous souhaitons une belle fête à nos amis et frères musulmans !
Sinon, rien de spécial : les frères malades se rétablissent ; les 8 pré-postulants de notre communauté de Komah (1 camerounais, un burkinabè et 6 togolais) ont fait une entrée officielle dans cette étape de pré-postulat mardi dernier ; la communauté de Komah se reconstitue après des absences prolongées durant la période des congés ; la rentrée scolaire a bien eu lieu en septembre (une première depuis que je suis ici !) ; les cours et l’accompagnement spirituel se mettent en place…
Sur ces quelques nouvelles, belle semaine !























S’opposer aux caricatures de Dieu !
5 octobre 2014, 27ème Dimanche année A, Mt 21,33-43 /
Non pas un Dieu qui s’impose, mais un Dieu qui se retire…
« Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage. » (Mt 21,33) Ce passage nous dit d’abord que nous ne sommes pas propriétaires de la Création, même les athées en conviennent lorsqu’ils parlent de transmettre aux générations à venir une Terre habitable… Ce passage nous dit aussi que notre monde n’est pas le fruit du hasard, mais qu’il a un sens, un but et cela aussi plusieurs scientifiques le découvrent… La foi nous fait faire un saut supplémentaire : le véritable propriétaire, celui qui a tout mis en place pour notre croissance harmonieuse c’est le Dieu créateur, un Dieu d’amour et de bonté. Et pour que l’être humain puisse exister, Dieu se retire et confie la Création « en fermage à des vignerons ». Le véritable Dieu est donc loin d’être un Dieu despote qui empêcherait les hommes d’évoluer librement !
Non pas un Dieu qui veut le malheur de son Peuple,
mais un Peuple qui apprend à découvrir Dieu…
Dans la première lecture, on présente un Dieu vengeur qui apporte la désolation à son peuple, parce que celui-ci au lieu de produire de bons fruits a produit de mauvais fruits : « Eh bien, je vais vous apprendre ce que je vais faire de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. » ! (Is 5,5-6) Il faudrait avoir à l’esprit plusieurs éléments pour bien comprendre ce texte. Premièrement, ne pas le prendre pour parole d’Évangile, mais savoir qu’il reflète une étape de la compréhension de Dieu par le peuple d’Israël à cette époque (il y a 2700 ans !). Dans tout l’Ancien Testament, Dieu cherche à se révéler et le peuple d’Israël purifie petit à petit sa compréhension du divin… Deuxièmement, pour affirmer l’unicité de Dieu et nier l’existence d’autres dieux qui seraient source de leur malheur, les auteurs bibliques mettent entre les mains de Dieu tout ce qui advient sur Terre, le malheur comme le bonheur. En conséquence, les prophètes, comme Isaïe, interprètent donc les événements tragiques comme des malheurs envoyés par Dieu pour punir son peuple… Troisièmement, ce texte n’est pas à lire de façon isolée. Un peu plus loin, lorsqu’il faudra remonter le moral du peuple, Isaïe reprendra son allégorie : « Une vigne au vin généreux, chantez-la! C’est moi, Yahweh, qui la garde; je l’arrose en tout temps; de peur qu’on y pénètre, nuit et jour je la garde; je n’ai plus de colère. » (Is 27,3) C’est donc plutôt l’image d’un père qui est développée par Isaïe, un père qui gronde l’enfant qui prend le chemin du mal et un père qui se repent de sa colère…
Non pas un Dieu qui punit mais un Dieu qui ouvre toujours un chemin de vie…
Dans l’Évangile, on passe à une autre étape de la Révélation. L’image est semblable : un propriétaire et des vignerons criminels qui veulent s’approprier le fruit de la vigne. Alors spontanément on réagit selon nos vieux schémas, comme le font les auditeurs de Jésus : « ‘Que fera-t-il à ces vignerons ?’ On lui répond : ‘Ces misérables, il les fera périr misérablement.’ » (Mt 21,40-41) Or il n’en est rien ! Effectivement les hommes ont tué les prophètes, les uns après les autres, jusqu’à tuer le fils de Dieu lui-même ! Mais Dieu n’a pas supprimé pour autant les homicides ! La réponse de Jésus sera bien différente : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! »(Lc 23,33)… Et à propos de la vigne, Jésus dit simplement : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour un être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. » (Mt 21,43)… C’est-à-dire que le Seigneur respecte le refus de son peuple et ouvre un nouveau chemin, pour que son projet de Vie pour l’humanité puisse se poursuivre.
Notre Dieu est-il un Dieu despotique ? Non !
Notre Dieu est-il un Dieu vengeur ? Non !
Notre Dieu est-il un Dieu punisseur ? Non !
Alors, sommes-nous toujours prêts à lutter contre les caricatures de Dieu ?