Un synode attendu…

TitreSyn      C’est ce dimanche que débute le synode sur la famille, par une première assemblée qui durera deux semaines et sera suivie d’une seconde assemblée, plus élargie début 2015.

     Le pape, suite à sa consultation du C8 (le conseil des 8 cardinaux), a en effet décidé d’adopter une démarche importante avec une première assemblée générale extraordinaire du synode des évêques, (dans cette configuration, l’assemblée synodale, plus modeste, est composée des patriarches et archevêques majeurs, des présidents des conférences épiscopales, de religieux élus par l’Union Romaine des Supérieurs Généraux, des cardinaux à la tête des dicastères romains, et d’invités) suivie d’une seconde assemblée générale ordinaire (dans cette configuration, l’assemblée synodale est composée des patriarches et archevêques majeurs, de membres élus par chaque conférence épiscopale, de religieux élus par l’Union Romaine des Supérieurs Généraux, , des cardinaux à la tête des dicastères romains, et d’invités.) La première assemblée rassemblera donc 253 participants, dont 14 couples et des experts de nombreux pays – mais bien-sûr ce ne sont que les évêques qui auront droit de vote et non les invités…

        Le synode est particulièrement attendu, du côté des Églises de vieille chrétienté (« du Nord »), l’attente est bien différente dans les jeunes Églises (« du sud »). En effet, l’encyclique Humanae vitae de Paul VI (1968), a marqué une rupture pour un grand nombre de familles chrétiennes d’occident avec l’enseignement de l’Église… Vous retrouverez un très bon résumé de la controverse autour d’Humanae Vitae sur le site wikipedia . Le point sensible fut le refus traditionnel, réaffirmé, des moyens de contraception artificiels, alors que la commission mise en place par Paul VI, lui-même, avait, au contraire, ouvert cette possibilité. La réception de l’encyclique fut très houleuse : dans ses mémoires, le cardinal français Roger Etchegaray a parlé de « schisme silencieux [qui a] fragilisé l’autorité [papale] ». Par ailleurs, la publication de l’encyclique Humanae Vitae a joué le rôle de déclencheur chez plusieurs intellectuels catholiques. Ils ont considéré qu’elle manifestait l’incompréhension de leur Église à l’égard de la réalité moderne…

       On ne sait pas trop comment interpréter le fait que cette première assemblée synodale se conclura par la béatification de Paul VI, le 19 octobre… Mais il est vrai que Paul VI fut un très grand pape, celui qui mena finalement le concile Vatican II à son terme, après la disparition rapide de Jean XXIII. Et on ne peut résumer l’action de Paul VI à l’encyclique Humanae Vitae, ce serait plutôt la seule épine dans le pied de son pontificat.

    On pourrait dire que ce nouveau synode est attendu par un grand nombre de catholiques, comme un lieu de réparation pour ce qui fut perçu comme une incompréhension, depuis Humanae Vitae, entre la réalité des familles d’aujourd’hui et la doctrine inflexible de l’Église catholique. Les attentes seront donc certainement déçues !

    Le cardinal Vingt Trois, archevêque de Paris, qui vient d’être nommé par le pape François l’un des trois présidents du Synode extraordinaire sur la famille. Nous donne de bonnes pistes que ce que l’on peut attendre du synode, dans un contexte où les réalités vécues à travers le monde sont très différentes :

    « La Curie et les catholiques doivent comprendre qu’il ne peut pas y avoir un centre unique d’initiative pastorale. Le Synode doit permettre de définir les grands axes. Par exemple, quand le pape nous dit que l’Église ne doit pas être un « poste de douane », qu’elle est une « mère miséricordieuse » pour ses enfants, qu’elle doit être auprès des plus pauvres, c’est assez clair. Mais ensuite, la mise en œuvre de ces orientations doit être adaptée à chaque situation, chaque pays, et ne pas venir d’une décision romaine. Lorsque le pape François se présente délibérément comme l’évêque de Rome, il envoie un message : il n’est pas le curé du monde. Cela peut en déstabiliser certains. Mais il le fait dans l’intention de mieux soutenir les pasteurs en responsabilité dans leur Église particulière. » Voir l’ensemble de cet entretient très intéressant sur La Croix

    Nous avons vu également plusieurs cardinaux « fourbir leurs armes » à l’approche du synode pour défendre leur position. Il semblerait, et c’est une très bonne chose, que le pape et les évêques souhaitent un véritable débat au cours de l’assemblée, ce qui ne fut pas toujours le cas par le passé. Enfin n’oublions pas que les synodes ne sont que des instances consultatives et qu’en définitive, c’est l’exhortation post-synodale du pape François (fin 2015, début 2016 ?) qui devrait conclure l’ensemble de la démarche, tous les espoirs sont donc permis… Et ne manquons pas de porter dans la prière cette démarche synodale !


La vie par ici

           La saison des pluies est toujours aussi abondante et notre « bac à poissons » est prêt à déborder… Heureusement nous n’avons pas de gros dégâts, et notre terrain n’est pas inondable contrairement à d’autres…

          Aujourd’hui, Tabaski, c’est jour férié au pays ! Nous souhaitons une belle fête à nos amis et frères musulmans !

         Sinon, rien de spécial : les frères malades se rétablissent ; les 8 pré-postulants de notre communauté de Komah (1 camerounais, un burkinabè et 6 togolais)  ont fait une entrée officielle dans cette étape de pré-postulat mardi dernier ; la communauté de Komah se reconstitue après des absences prolongées durant la période des congés ; la rentrée scolaire a bien eu lieu en septembre (une première depuis que je suis ici !) ; les cours et l’accompagnement spirituel se mettent en place…

Sur ces quelques nouvelles, belle semaine !

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S’opposer aux caricatures de Dieu !

5 octobre 2014, 27ème Dimanche année A, Mt 21,33-43 /

084ALa première lecture, le psaume et l’évangile reprennent la même image biblique, celle de la vigne bien-aimée du Seigneur. Mais cette image ne fonctionne pas de la même manière dans l’un ou l’autre texte et cet écart nous parle de l’écart entre nos idées, nos caricatures de Dieu et la véritable identité de Dieu… Aujourd’hui encore, certains auteurs s’évertuent à lutter contre la religion qui serait le summum de l’obscurantisme, ou contre l’idée de Dieu qui ne serait que pure invention humaine, mais nous sommes en droit de nous demander contre quelle religion ou contre quel Dieu ces auteurs s’élèvent-ils ? Le Dieu révélé en Jésus Christ ou le Dieu caricaturé par les hommes ? La faute vient-elle du fait que nous véhiculons encore trop souvent de fausses représentations de Dieu ? Alors mettons-nous à l’écoute des textes de ce jour, qui nous aident à convertir, encore et toujours, nos représentations de Dieu !

Non pas un Dieu qui s’impose, mais un Dieu qui se retire…

« Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage. » (Mt 21,33) Ce passage nous dit d’abord que nous ne sommes pas propriétaires de la Création, même les athées en conviennent lorsqu’ils parlent de transmettre aux générations à venir une Terre habitable… Ce passage nous dit aussi que notre monde n’est pas le fruit du hasard, mais qu’il a un sens, un but et cela aussi plusieurs scientifiques le découvrent… La foi nous fait faire un saut supplémentaire : le véritable propriétaire, celui qui a tout mis en place pour notre croissance harmonieuse c’est le Dieu créateur, un Dieu d’amour et de bonté. Et pour que l’être humain puisse exister, Dieu se retire et confie la Création « en fermage à des vignerons ». Le véritable Dieu est donc loin d’être un Dieu despote qui empêcherait les hommes d’évoluer librement !

Non pas un Dieu qui veut le malheur de son Peuple,

 mais un Peuple qui apprend à découvrir Dieu…

Dans la première lecture, on présente un Dieu vengeur qui apporte la désolation  à son peuple, parce que celui-ci au lieu de produire de bons fruits a produit de mauvais fruits : « Eh bien, je vais vous apprendre ce que je vais faire de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. » ! (Is 5,5-6)  Il faudrait avoir à l’esprit plusieurs éléments pour bien comprendre ce texte. Premièrement, ne pas le prendre pour parole d’Évangile, mais savoir qu’il reflète une étape de la compréhension de Dieu par le peuple d’Israël à cette époque (il y a 2700 ans !). Dans tout l’Ancien Testament, Dieu cherche à se révéler et le peuple d’Israël purifie petit à petit sa compréhension du divin… Deuxièmement, pour affirmer l’unicité de Dieu et nier l’existence d’autres dieux qui seraient source de leur malheur, les auteurs bibliques mettent entre les mains de Dieu tout ce qui advient sur Terre, le malheur comme le bonheur. En conséquence, les prophètes, comme Isaïe, interprètent donc les événements tragiques comme des malheurs envoyés par Dieu pour punir son peuple… Troisièmement, ce texte n’est pas à lire de façon isolée. Un peu plus loin, lorsqu’il faudra remonter le moral du peuple, Isaïe reprendra son allégorie : « Une vigne au vin généreux, chantez-la! C’est moi, Yahweh, qui la garde; je l’arrose en tout temps; de peur qu’on y pénètre, nuit et jour je la garde; je n’ai plus de colère. » (Is 27,3) C’est donc plutôt l’image d’un père qui est développée par Isaïe, un père qui gronde l’enfant qui prend le chemin du mal et un père qui se repent de sa colère…

Non pas un Dieu qui punit mais un Dieu qui ouvre toujours un chemin de vie…

Dans l’Évangile, on passe à une autre étape de la Révélation. L’image est semblable : un propriétaire et des vignerons  criminels qui veulent s’approprier le fruit de la vigne. Alors spontanément on réagit selon nos vieux schémas, comme le font les auditeurs de Jésus : « ‘Que fera-t-il à ces vignerons ?’ On lui répond : ‘Ces misérables, il les fera périr misérablement.’ » (Mt 21,40-41) Or il n’en est rien ! Effectivement les hommes ont tué les prophètes, les uns après les autres, jusqu’à tuer le fils de Dieu lui-même ! Mais Dieu n’a pas supprimé pour autant les homicides ! La réponse de Jésus sera bien différente : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! »(Lc 23,33)… Et à propos de la vigne, Jésus dit simplement : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour un être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. » (Mt 21,43)… C’est-à-dire que le Seigneur respecte le refus de son peuple et ouvre un nouveau chemin, pour que son projet de Vie pour l’humanité puisse se poursuivre.

Notre Dieu est-il un Dieu despotique ? Non !

Notre Dieu est-il un Dieu vengeur ? Non !

Notre Dieu est-il un Dieu punisseur ? Non !

Alors, sommes-nous toujours prêts à lutter contre les caricatures de Dieu ?

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L’humanité en marche…

        À travers les soubresauts de notre monde, l’humanité avance et le Royaume de Dieu se déploie. Oui, il est vrai que les mauvaises nouvelles ne manquent pas, mais il faut bien être conscient de certains effets d’optique trompeurs. Aujourd’hui l’information circule d’un bout du monde à l’autre, en quelques secondes, alors qu’il y a quelques générations à peine, chacun vivait tranquillement dans son coin en ignorant paisiblement ce qui se passait à quelques centaines de kilomètres de chez lui.

Oui nous pourrions espérer  un monde plus beau, plus paisible, plus fraternel, et nous sommes impatients de le voir advenir, mais, sans nous leurrer, soyons attentifs aux signes de cette humanité en marche vers un monde meilleurs. Les temps de crise permettent aussi des sauts en avant… Quelques signes parmi d’autres :

Mobilisation...

Mobilisation…

– Nos frères musulmans qui se mobilisent pour dénoncer le barbarisme et l’instrumentalisation de la religion par quelques groupes terroristes ultra-minoritaires… Par exemple cette lettre ouverte de 120 savants musulmans dont le résumé en 24 points expose les fautes commises par le chef autoproclamé du «califat » au regard du droit et des sciences islamiques. Des erreurs longuement commentées, références à l’appui, dans ce texte d’une vingtaine de pages…

– Les nations qui se mobilisent pour lutter contre Ebola, et les espoirs de la recherche scientifique contre cette maladie…

– L’intégration de plus en plus grande de nos frères et sœurs vivant avec un handicap dans nos sociétés… Voir par exemple le portail du handicap à Marseille ou ce site de Handicap Afrique

– Les progrès dans la lutte contre la faim dans le monde…

– Ou encore l’Afrique en marche… Voir le site http://www.lenouvelafrique.net/

Etc…

Plusieurs sites choisissent d’aborder l’actualité avec un regard positif, par exemple : http://www.bonnesnouvellesdujour.fr/

Ce n’est pas une question d’optimisme ou de pessimisme, mais une question de foi ! Croyez-vous vraiment que le Royaume de Dieu est en marche et se déploie ?


La vie par ici

Santé : La semaine écoulée fut plus paisible : Notre frère Jean-Raphaël est rentré de l’hôpital et reprend ses forces. Notre pré postulant, David, prend son mal en patience, en attendant que son tibia se consolide. Les autres frères sont en forme.

Cours : Petit à petit les cours du noviciat prennent leur rythme de croisière. C’est surtout la semaine prochaine que la régularité des cinq matinées de cours sera lancée.

Rentrée : La semaine passée, les prêtres et agents de pastorale du diocèse se sont rassemblés pour lancer l’année pastorale autour de la question de la mise en place d’un plan d’action pastoral pour le diocèse. J’ai suivi cela de loin car je ne suis pas vraiment impliqué dans la pastorale diocésaine, même si je rends quelques services. La rentrée scolaire nous est annoncée pour ce lundi 29 septembre : ce sera une grande première depuis que je suis là, si vraiment la rentrée commence en septembre !

Funérailles : C’est ce matin que se tiennent les funérailles du papa de Lucas, un de nos jeunes frères aux études à Kinshasa… Une petite délégation assomptionniste est partie se joindre à la célébration. Notre prière accompagne la famille.

Nous venons également d’apprendre le décès, à Madagascar, hier soir le 26 septembre, du papa du père Jean-Raphaël. Le papa était déjà âgé, rendons grâce à Dieu pour sa vie et confions-le, ainsi que Jean-Raphaël et sa famille à la bonté du Seigneur… Il sera enterré le 30 septembre…

Nouveaux profès : Tous les jeunes frères ont maintenant rejoint leur communauté et se sont mis dans le bain des études et de leur nouvelle vie. Nous leur souhaitons une belle année scolaire, humaine et spirituelle.

À part cela nous sommes toujours dans la saison des pluies qui est généreuse cette année, nous pourrons donc enchaîner diverses récoltes cette année : arachide, maïs, haricot, soja, tournesol, igname, manioc… Du côté du champ et quelques tomates, salades, choux, adémé, piments, boma… du côté du jardin !

Sur ces quelques nouvelles je vous souhaite une belle semaine,

Fraternellement,

Fr. Benoît

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Label « Vrai Chrétien » ?

28 septembre 2014, 26ème Dimanche année A, Mt 21,28-32 /

Dire oui ou faire oui ?

Dire oui ou faire oui ?

La semaine dernière, dans la parabole des ouvriers de la dernière heure, Jésus interpellait scribes, pharisiens et nous autres, « chrétiens de souche », en nous signifiant que ce n’est pas notre prétention à être des ouvriers de la première heure qui nous garantit un traitement de faveur… Dans la parabole de ce dimanche, Jésus va plus loin, c’est comme s’il nous disait : « mais finalement, êtes-vous sûrs de travailler à ma vigne ? Vous dites que oui vous êtes chrétiens, mais vos actes confirment-ils cela ? Regardez bien autour de vous : des personnes que vous tenez en mauvaise estime et qui n’ont pas l’étiquette chrétienne sur le front sont peut-être plus chrétiennes que vous dans leurs actes ! » Mais encore faut-il équilibrer ce propos, car beaucoup de personnes qui se tiennent à distance de l’Église, utilisent ce genre d’argument pour juger un peu vite leurs frères et sœurs pratiquants et s’auto-justifier dans leur rejet de la pratique chrétienne…

Dire « oui » et faire « non » ?

Qu’est-ce qui permet de donner le label « vrai chrétien » ? Spontanément on nous dira que le vrai chrétien ce n’est pas la grenouille de bénitier mais celui qui met en œuvre l’amour du prochain. Cette réponse n’est certainement pas fausse mais peut-être pas tout à fait juste ! Le résumé de la Loi n’est-il pas : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit: voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes.» (Mt 22,37-40) N’oublions donc pas l’amour du Seigneur tout en sachant que celui-ci passe par l’amour du prochain ! De même, le nouveau commandement de Jésus n’est pas « Aimez-vous les uns les autres ! » mais « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34) c’est-à-dire, « non seulement selon mon exemple, mais en puisant votre amour dans l’amour dont je vous ai aimés… dans l’amour de Dieu ! » Je reviens donc à ma question : qu’est-ce qui permet de donner le label « vrai chrétien » ? Je crois que ce n’est pas simplement celui qui aime son prochain, mais celui qui vit comme le Christ. Car Jésus de Nazareth fut serviteur des hommes et, en particulier, des plus petits, mais il fut aussi celui qui prit le temps de cultiver son intimité avec son Père du Ciel, qui rassembla autour de lui une communauté, qui fit preuve de miséricorde, qui annonça la Parole de Dieu à temps et à contretemps, qui rechercha sans cesse à accomplir la volonté de Dieu, etc.

Dire « non » et faire « oui » ?

« Les publicains et les prostituées vous précédent dans le royaume de Dieu. » (Mt 21,31) Lisons bien l’évangile : quand Jésus prend en exemple les publicains et les prostituées, ce n’est pas pour l’exemple de leur conduite, mais « parce qu’ils ont cru à la parole de Jean Baptiste » (cf. Mt 21,32) une parole qui annonçait la venue du Messie et offrait un baptême de conversion ! Jésus dit aux chefs des prêtres et aux anciens anciens que les publicains et les prostituées les précèdent parce qu’ils se sont convertis à la parole de Jean Baptiste alors qu’eux ne se sont pas convertis et ne Le reconnaissent pas comme l’envoyé de Dieu ! Donc n’instrumentalisons pas trop cette page d’évangile : elle ne dit pas qu’il suffit d’aimer son prochain pour être un bon chrétien, mais qu’il faut toujours rechercher la conversion et se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, quel que soit notre point de départ : chrétien pratiquant, chrétien sociologique, non-chrétien , prêtre, prostituée, cadre ou employé…

Dire « oui » et faire « oui » ?

Entre  le premier fils qui dit « non » mais qui, finalement, va travailler à la vigne du Père et le second fils qui dit « oui » et ne se met pas au travail, le Seigneur ne nous indique-t-il pas une troisième voie possible, celle d’un fils qui dirait « oui » et se mettrait au travail avec empressement ? L’Évangile n’est pas là pour culpabiliser les chrétiens pratiquants, ni pour servir d’excuse à ceux qui rejettent la pratique mais pour inviter chacun à tendre, toujours plus, vers l’idéal chrétien : une vie configurée à celle du Christ ! C’est bien Lui, le Fils, qui a dit oui au Seigneur et a fait de toute sa vie un oui à la volonté du Père… Et c’est bien en Lui que pouvons devenir de véritables fils dans le Fils. Recherchons donc sans cesse à nourrir notre intimité avec le Fils de Dieu alors nous trouverons l’unique chemin pour accorder nos prétentions à nos actes !

Dire oui et faire non ? Dire non et faire oui ?

Auquel va-t-on donner le label « Vrai chrétien » ?

N’est-ce pas plutôt à celui qui cherche sans cesse à configurer sa vie au Christ

pour qu’elle devienne tout entière un Oui au Seigneur ?

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Une sérénité est-elle possible ?

Benoît Joseph Labre

Benoît Joseph Labre

     Des temps difficiles ! Plusieurs éditoriaux se lamentent de la conjoncture actuelle et du flot de mauvaises nouvelles qui a émaillé « notre été » – ici ce serait plutôt notre saison des pluies – : EI (devenue Daesh) ou Boko Aram ; Le conflit en Ukraine et ses relents de guerre froide ; Ebola dont on parle surtout quand un occidental est touché ! ; Une vie politique de plus en plus dépréciée par les citoyens de base ; Sans parler des tristes nouvelles économiques, écologiques ou climatiques au quotidien… Dans notre monde globalisé ces nouvelles nous frappent de plein fouet alors, beaucoup de personnes, ayant reçu leur dose maximale de mauvaises nouvelles, décident de faire la sourde oreille, de s’occuper à autre chose, de se replier sur leur petit monde réel ou virtuel.

      Et je m’interroge : comment vivre cette réalité en chrétien ? Faire l’autruche certainement pas… Se laisser envahir et démoraliser par ce flot de mauvaises nouvelles, pas très utile non plus… Se replier sur son réseau local, et faire ce que l’on peut à notre niveau, certainement, mais est-ce suffisant et moralement justifiable ? Je n’ai pas de recette miracle ou de leçon de morale à donner, mais j’ai l’intuition qu’une vie humaine à besoin d’équilibre : entre le niveau local de notre quotidien et les enjeux globaux que nous ne pouvons pas délaisser… entre les temps d’action où notre âme chevaleresque part au combat et les temps de repos, de retrait, voire de démission passagère… « Venez vous-mêmes à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. » (Mt 6,31)… Entre un regard qui sache s’émerveiller de la vie qui se déploie, de toutes les bonnes choses dont les média ne parlent guère et un regard lucide sur les misères de notre monde… Finalement entre notre responsabilité humaine vis-à-vis de nos frères et sœurs, de la création, de la marche du monde et notre petitesse de créature au sein du projet de Dieu !

    La maxime du Jésuite Hongrois Gábor Hevenesi (1656 – 1715) reste finalement un bon guide pour trouver l’équilibre évoqué, et un tant soit peu de sérénité dans les affres du quotidien :

 « Telle est la première règle de ceux qui agissent:

 Crois en Dieu

comme si tout le cours des choses dépendait de toi, et en rien de Dieu.

 

Cependant mets tout en œuvre en elles, 

comme si rien ne devait être fait par toi,

et tout de Dieu seul. »

 

           On en retrouve une version laïque, très en vogue dans le milieu protestant anglophone, (dans le mouvement des alcooliques anonymes par exemple), surnommée prière de la sérénité :

Mon Dieu, Donnez-moi la sérénité

D’accepter les choses que je ne puis changer,

Le courage de changer les choses que je peux,

Et la sagesse d‘en connaître la différence.

           Alors une sérénité est-elle possible ? Ici-bas, pas vraiment, me semble-t-il ! Mais de temps à autre nous avons besoin d’y goûter de façon passagère… La pleine sérénité nous y aspirons simplement et notre foi chrétienne nous donne d’espérer et de croire que nous en jouirons vraiment, un jour… dans le Royaume de Dieu !


La vie par ici

Au sortir de la retraite...

Au sortir de la retraite…

       De retour de la retraite, nous avons enchaîné avec le chapitre local qui marque le lancement d’année. C’est au cours de cette rencontre que nous décidons, ensemble, des accents que nous voulons donner à notre année, en programmant déjà un certain nombre de rendez-vous et de temps forts communautaires…

La vie commune est marquée des joies et des soucis du quotidien, comme dans toute famille. Le paludisme, qui est habituel ici, a perturbé la retraite de trois des huit novices… Cette semaine nous avons eu plusieurs épreuves : deux jeunes prépostulants ont eu un accident de moto (David et Jean-Paul), heureusement sans trop de gravité, mais David se retrouve avec une jambe dans le plâtre pour deux mois ! Un de nos pères est actuellement hospitalisé pour un temps de surveillance relatif à des soucis de santé chroniques… Un des jeunes assomptionnistes togolais, en étude à Kinshasa vient de perdre son papa Isidore Sezouhlon, paix à son âme, et union de prière avec la famille… Par ailleurs nous avons eu la joie d’accueillir un nouveau « volontaire assomption », François, breton de 22 ans qui nous épaulera durant cette année…

À part cela chacun est à sa tâche et les charges de la maison sont réparties entre tous : nettoyage, courses, élevages, jardin… Une façon de participer, aussi modestement soit-il, à notre propre prise en charge… En voici quelques photos…

Sur ces quelques nouvelles je vous souhaite une belle semaine,

Dans la logique du Royaume,

Et avec suffisamment de sérénité,

Fraternellement,

Fr. Benoît

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La logique du Royaume !

21 septembre 2014, 25ème Dimanche année A, Mt 20,1-16a /

Celui qui n’a travaillé qu’une heure, reçoit le même salaire que celui qui a peiné tout au long du jour ! Faut-il, une fois de plus, se placer du côté des ouvriers de la vigne et nous indigner d’une justice de Dieu qui nous déconcerte ? Je vous propose, aujourd’hui, d’aborder cette parabole par un autre bout : pourquoi ne pas nous placer du côté du maître du domaine et nous laisser inspirer par son attitude ? S’il en va ainsi dans le Royaume de Dieu, qu’attendons-nous pour emboiter le pas au maître du domaine, et mettre en œuvre, entre nous et autour de nous, cette logique du Royaume dès maintenant ? Cette logique ne consiste-t-elle pas à : rendre sa dignité à chacun ; valoriser ceux qui, apparemment, sont les moins méritants, et offrir l’unique récompense qui vaille ?

Rendre sa dignité à chacun !

D’abord, il est remarquable que ce bon maître ne pratique pas une charité condescendante mais offre à chacun un travail. Je pense ici, parmi bien d’autres exemples, aux chiffonniers d’Emmaüs de l’abbé Pierre ! Plutôt que de leur fournir simplement un minimum vital, les communautés d’Emmaüs leur offrent d’abord de regagner leur dignité par un travail et une générosité qu’ils peuvent exercer envers d’autres. Nos sociétés essaient de mettre de telles solutions en place, mais si nous nous en remettons uniquement au pouvoir publique, nous savons bien que la tâche sera impossible. Comment, à notre mesure, offrir un travail, demander un service, solliciter les capacités des uns et des autres pour que chacun puisse se sentir utile sur le chantier du Royaume. Il suffit, parfois, d’un tout petit coup de pouce pour appeler à travailler à la vigne du Seigneur : accompagner quelqu’un dans ses démarches administratives, l’inviter à venir visiter un malade, ou à enlever quelques mauvaises herbes dans la cour…

Valoriser ceux qui, apparemment, sont les moins méritants !

« Les derniers seront premiers… » Je pense ici à un autre texte biblique, celui de Caïn et Abel. Vous vous souvenez : «  Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. » (Gn 4,4-5) Ici aussi, on crie vite à l’injustice ou à l’arbitraire de Dieu, prenant volontiers le parti de Caïn qui s’irrita contre son frère. Pourtant, si l’on y regarde de plus près, on décèle que Caïn était tout pour sa mère : « J’ai procréé un homme, avec le Seigneur. » (Gn 4,1) s’exclame-t-elle à sa naissance ! Quasiment un fils de Dieu ! Par contre, d’Abel le texte dit : « Elle enfanta encore son frère Abel. » (Gn 4,2) Il n’est plus qualifié de fils, il n’est que le frère de Caïn, pas de parole à son sujet et un nom incroyable : Abel signifie « buée », « presque rien » (l’Ecclésiaste utilise ce mot pour dire « vanité des vanités »). Voici donc un « presque rien » face à un premier-né considéré par sa mère comme son homme et comme un fils de Dieu ! Alors me semble-t-il le choix de Dieu s’éclaire, il n’est plus arbitraire, mais il vient rééquilibrer la balance et faire de cet Abel un homme, lui-aussi, qui a toute sa valeur ! Les situations ne sont-elles pas nombreuses où nous pourrions comme le Seigneur rééquilibrer la balance en faveur des blessés de la vie ! Plutôt que de qualifier de profiteurs, de fainéants, de bons à rien (de presque rien, c’est-à-dire d’Abel) ceux qui sont au bord du chemin, regardons-les plutôt comme des blessés de la vie, et tentons de rétablir l’équilibre par notre option préférentielle pour les pauvres et les petits !

Offrir l’unique récompense qui vaille !

Avec cette histoire de salaire, je pense à ces sommes inimaginables dont on entend parler à propos de certains sportifs ou grands patrons (le patron d’Apple gagnait plus d’1 million de dollars par jour en 2011) comparés aux salaires de misère des autres (au Togo, le salaire minimum, que beaucoup ne perçoivent même pas, correspond à 2,20 $ par jour). Ne voyez-vous pas qu’il est temps de revenir à la logique du Royaume de Dieu et donner à chacun l’unique récompense qui vaille : d’une part, de quoi se nourrir, subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, en luttant contre ces inégalités scandaleuses comme si un homme n’avait pas la même valeur qu’un autre ? Mais, d’autre part, l’unique salaire durable, c’est celui de la vie éternelle… Une vie qui commence, dès ici-bas, lorsque nous vivons selon l’amour de Dieu ! Voilà pourquoi le maître donne un unique salaire à chacun : la vie éternelle, on en reçoit pas une petite ou une grosse portion, elle n’est ni dénombrable ni quantifiable mais unique. Comment, à notre tour, offrir l’unique récompense qui vaille : un salaire juste pour chacun et surtout la capacité pour chacun de donner et de recevoir l’amour de ses frères et de Dieu !

Au lieu de nous offusquer de la logique de Dieu, cherchons à la comprendre et à la faire nôtre :

Rendons à chacun sa dignité !

Valorisons les blessés de la vie !

Et offrons à chacun l’unique salaire qui vaille :

celui de l’amour donné et reçu !

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Silence !

Une solitude habitée

Une solitude habitée

Juste un petit mot, pour accompagner la méditation pour ce dimanche. J’accompagne cette semaine la retraite de rentrée des novices : huit jours en silence, ponctués par les offices communs, quatre temps d’oraison par jour (d’une heure chacun) et l’accompagnement quotidien par le maître des novices… Un bon temps de fondation pour mettre cette année décisive sous la mouvance de l’Esprit…

Je souhaite que chacun puisse trouver ainsi des moments privilégiés de silence, pour sortir du brouhaha habituel et se remettre face à l’essentiel de sa vie…

 Une des plus grandes forces de l’âme religieuse, c’est le silence. Le Prophète a dit: « Votre force sera dans le silence et l’espoir (Is 30,15) », c’est-à-dire la prière. Ces deux grands moyens de sanctification se donnent la main: sans le silence, point de recueillement; sans recueillement, point de vie intérieure. En effet, si je parle trop, comment puis-je espérer d’écouter en moi ce qu’y dira le Seigneur mon Dieu?… Comment puis-je espérer de lui être uni?… Comment puis-je me préparer à cette union, soit par des retours sur le passé, qui me feront détester mes fautes et purifier mon âme, soit par des actes d’adoration et d’amour qui veulent une grande paix et une grande solitude de l’âme?…

Emmanuel d’Alzon Ecrits Spirituels p.88-89

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S’élever en s’abaissant !

Croix Glorieuse (Pradine)

Croix Glorieuse (Pradine)

14 septembre 2014, Croix glorieuse, année A, Jn3,13-17 /

« Ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé ! » (Jn 3,14) Mais quelle élévation ! Comme un serpent sur un mât, comme un brigand sur la place publique proposé à la vindicte populaire,  comme un mort sur une croix pour calmer tout désir de révolte ! Oui, l’élévation du Seigneur comporte une humiliation insoutenable et pourtant c’est bien d’une élévation dont il s’agit : « Il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout… » (Ph 2,8-9)

Fête de la Croix glorieuse ! Comment comprendre cette contradiction si ce n’est en expérimentant soi-même la grandeur du service, l’épanouissement lié au don de soi, l’amour mis en œuvre comme unique chemin de vie ? Le vrai chef de village n’est-il pas celui qui se démène pour favoriser la paix, la justice, la croissance au sein de ses administrés ? Celui qui se donne corps et âme au service de son peuple. Tous ceux qui, au contraire, confisquent le pouvoir pour leur bien-être personnel ou clanique, au détriment des autres, n’ont rien compris de la véritable grandeur de l’Homme !

Interrogeons-nous, chacun à la mesure de notre petit domaine d’autorité : en famille, au travail, en communauté, parmi nos amis… Nous élevons-nous en marchant sur les autres ou en prenant le chemin du service, de l’humilité, de l’obéissance ? Avons-nous fait l’expérience que ce qui nous fait grandir c’est de faire grandir les autres, que le véritable bonheur c’est de semer le bonheur autour de soi ? Et cela passe souvent par l’abnégation, par l’humiliation et même par une certaine mort à nous-même !

Oui, en contemplant le Christ en croix nous pouvons être sauvés, si nous participons à cette oblation du Fils de l’homme, si nous laissons notre vie être configurée à la sienne : une vie toute donnée au service des autres.

Si nous voulons nous élever nous-même, comme le fils des ténèbres,

Dieu nous abaissera, comme lui !

Mais si nous nous abaissons, comme le Fils de l’homme,

Dieu nous élèvera, avec Lui, au-dessus de tout !

«  Car tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé. » (Luc 14,11)

 

Proverbe : « Si tu t’agenouilles, tu mangeras avec les autres ;  si tu te tiens debout, tu ne mangeras rien. » (Proverbe Tonga du Malawi). Sens : Celui ou celle qui s’humilie acquiert beaucoup de biens et d’honneurs.

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La Vie par ici…

Les deux Benoît

Les deux Benoît

        Comme vous vous en doutez, les deux semaines passées furent bien chargées, d’où mon silence de la semaine dernière… Nous profitons, en effet, chaque année de la période des premiers vœux pour diverses rencontres des religieux A.A. d’Afrique de l’Ouest. En premier lieu, il faut mentionner la visite du Père Benoît Gschwind, provincial d’Europe (la province dont nous dépendons), qui a pris le temps de nombreuses rencontres avec les religieux, avec le conseil paroissial, avec l’évêque…

Une partie des jeunes AA en formation

Une partie des jeunes AA en formation

Nous avions  ensuite programmé une rencontre des jeunes religieux, pour deux jours de formation sur le thème de l’inter-culturalité et de l’internationalité… Il s’agissait de prendre conscience de nos réflexes culturels, de nos aprioris, mais aussi de la richesse de nos différences, et de réfléchir à ce que nous voulons vivre et construire à partir de nos communautés internationales… La session s’appuyait sur plusieurs jeux de rôles, qui peuvent peut-être intéresser certains.  Voici donc le lien vers une partie de ces ressources… Sans oublier le célèbre jeu de rôle « Bafa Bafa », qui permet la simulation de la rencontre de deux cultures (cf. les fiche 1 et fiche 2 complémentaires)… Un film de KTO sur trois prêtres africains au cœur du Limousin, nous a permis également un bel échange

Renouvellement des voeux

Renouvellement des voeux

Dans un second temps, tous les religieux présents d’Afrique de l’Ouest, se sont retrouvés avec le père provincial pour échanger sur l’avenir de l’Assomption en Afrique de l’Ouest. J’avais en effet lancé il y a quelques temps un questionnaire, dans la continuité de notre assemblée régionale de l’année passée, sur nos rêves, nos souhaits, nos propositions, concernant le renforcement de nos engagements, d’éventuelles nouvelles fondations, l’auto-prise en charge, le développement dans la sous-région etc. Ce « remue-méninges » a permis un bel échange entre les différents niveaux concernés par notre avenir ici : le niveau local, le niveau provincial et le niveau général…

Ce même jour en soirée, nous avons célébré le renouvellement des vœux de 7 jeunes religieux : Vivien, Fabrice-Képhas, Bernard, Michel, Emile, Yves et Bonaventure… Bonne continuation à chacun d’eux pour la suite de leur formation à Ouagadougou ou Kinshasa…

Enfin, le grand évènement de la semaine était, tout de même, les premiers vœux de nos six nouveaux frères : Ignace, Blaise, Armand, Renaud, Martin et Jérôme-Adams… Nous leur souhaitons que ce qui a été mis en place durant le noviciat puisse s’incarner et se fortifier dans le concret de leur nouvelle vie à Ouagadougou, Kinshasa, Nairobi, Lille ou Lyon…

Les nouveaux religieux

Les nouveaux religieux

Pour voir l’album photos des premiers voeux cliquer ici

Le noviciat a repris sa marche avec les huit nouveaux novices et la semaine prochaine, nous serons sur la montagne pour la semaine de retraite, fondatrice de l’année qui s’ouvre…

Beaucoup d’occasions de rendre grâce ! Merci de rester en union de prière avec nous et en particulier avec ces jeunes qui se trouvent dans des années passionnantes, décisives mais pas toujours faciles !…

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Correction fraternelle !

7 septembre 2014, 23ème Dimanche année A, Mt 18,15-20/

Voilà un thème, loin d’être à la mode, surtout dans les sociétés occidentales où le sacro-saint respect de la liberté de chacun implique de laisser l’autre faire ce qu’il veut, sans oser prétendre lui dire ce qui est bien ou mal ! Eh bien la Parole de Dieu de ce dimanche vient bousculer nos habitudes individualistes ! Vous êtes responsables les uns des autres, nous dit le prophète Ézékiel : si ton frère vient à se perdre et que tu ne lui dis rien, Dieu te demandera compte de ton silence ! Et l’Évangile de nous indiquer des façons de faire pour aller trouver son frère et lui montrer sa faute… Nos sociétés traditionnelles villageoises connaissaient la valeur de cette correction fraternelle et, Dieu merci, elle demeure assez vivace dans la société africaine. Un enfant ou un jeune doit respect à tous les anciens et ceux-ci ont, non seulement le droit, mais le devoir d’éduquer cet enfant au même titre que les parents biologiques. « C’est ma maman », dira un jeune, pour présenter une mère de famille du village… « C’est mon fils » dira un adulte de ce village, pour tout enfant du village. Mais cette responsabilité prévaut également entre adultes par le biais de conseils de famille ou de conseils de village : « C’est mon frère » et j’en suis responsable… Comment faire ? Pas de recette miracle, mais trois prérequis : fraternité, responsabilité et charité !

Fraternité !

« Si ton frère a commis un péché… » (Mt 18,15) Avant d’aller plus loin, entendons bien les trois premiers mots : « si ton frère » ! Avant de vouloir faire des remarques à quelqu’un et prétendre le remettre sur le bon chemin, il faut avoir tissé avec lui ou elle, de longue date, des relations fraternelles assez solides ! Y veillons-nous suffisamment dans nos communautés chrétiennes, dans nos paroisses ? J’ai toujours apprécié  les responsables de communautés qui cherchent à créer des espaces pour la fraternité, pour la convivialité, pour la connaissance mutuelle… C’est vital ! Rien n’est possible sans ce préalable ! Je parlais de la structure villageoise traditionnelle : si la correction fraternelle y est possible, c’est parce que l’on se connaît, on fait la fête ensemble, on célèbre les grands moments de la vie ensemble… Mais dans une mégapole, et même dans une petite ville, comment tisser de la fraternité, si ce n’est à travers des lieux d’appartenance, comme une paroisse, un club de sport, une association caritative… à taille humaine ? Le choix de douze apôtres et non pas de cinquante, m’interpelle toujours : voilà une communauté de disciples à taille humaine où une profonde fraternité est possible ! Quelles structures nous donnons-nous au service d’une fraternité à taille humaine ?

Responsabilité !

 « Où est ton frère Abel ? » Caïn répondit : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? » (Gn 4,9) Cette question de la responsabilité envers « son frère » est vieille comme le monde… On n’a pas vraiment besoin de faire appel à la religion pour laisser raisonner cette question profondément humaine, mais je dirai que notre foi chrétienne vient renforcer cette nécessité humaine de se sentir responsable de son frère. Car, indépendamment d’une morale, il en va de notre salut ou, si vous préférez, de notre destinée. Une fois encore, il faut bien comprendre que la question du salut n’a pas grand-chose à voir avec une récompense ou une punition, mais avec notre capacité à entrer dans la communion de tous les sauvés entre eux et avec Dieu. Si on le comprend ainsi, il devient évident qu’on ne peut pas s’imaginer travailler à son salut personnellement et individuellement sans porter le souci du salut de son frère ! Bref, on ne peut pas faire son salut tout seul, mais uniquement en travaillant sans cesse à cette communion des hommes entre eux et avec Dieu, et donc en dénonçant et luttant contre toute forme de péchés, collectifs ou individuels qui ne sont justement que des forces de division, de haine, d’individualisme entravant cette communion ! Se sentir responsable du péché de son frère, devient alors une nécessité !

Charité !

Juste une chose à ajouter ici, dont j’ai pu faire l’expérience dans la vie communautaire. Si la correction fraternelle n’est pas faite par amour du frère, mais uniquement pour soulager sa conscience, ou exprimer son désaccord, elle est nulle et non avenue. Je n’ai pas à dire ce que j’ai à dire pour me faire plaisir, ou soulager ma colère, mais uniquement pour aider mon frère ! Cela implique de prendre les moyens de dire ce que j’ai à dire de façon à ce que mon frère puisse l’entendre : choisir le moment propice, et non pas réagir sur le vif ; parfois utiliser l’humour ; ou encore faire appel à d’autres, comme nous y invite l’Évangile… Bref, solliciter mon intelligence et mon cœur pour pouvoir vraiment aider mon frère : c’est cela la correction fraternelle dans la charité !

Alors la correction fraternelle oui…

… si je suis fraternel, responsable et charitable !

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