Un temps pour sa vie spirituelle !

Un temps pour Dieu

Un temps pour Dieu

            L’année de noviciat est entrée dans sa dernière phase… Les novices ont été acceptés aux vœux et, à la fin du mois d’août, ils prononceront leur premier engagement. Chacun poursuivra ensuite son parcours dans diverses communautés de formation. D’ici-là nous poursuivons le rythme du noviciat, avec une sortie sur Lomé prévue prochainement, la retraite de fin de noviciat et l’accueil des nouveaux novices. En effet, dès la mi-août, la nouvelle promotion de novices fera son entrée au noviciat. Ils seront huit à emprunter le chemin de cette année très spéciale de discernement, de retrait et d’approfondissement de sa vocation.

            Il n’est pas toujours facile d’enchainer ainsi, avec deux promotions se chevauchant l’une et l’autre, sans avoir le temps de souffler, mais c’est ainsi que fonctionne le noviciat, nous n’avons pas le choix, ceci est lié à la fameuse année canonique de noviciat qui doit faire une année complète et même plus puisqu’une partie du temps de stage doit être rattrapée. Je n’entre pas dans tous les détails canoniques, mais cela donne, dans notre système, une année et une semaine de noviciat.

            Il est tout de même très heureux de pouvoir se donner ainsi une année complète au service de son discernement, de sa vie spirituelle, de la connaissance de soi… Je pense assez souvent que, dans nos parcours chrétiens, nous ferions bien de nous inspirer de certaines traditions asiatiques. En effet, que ce soit dans l’hindouisme ou dans le bouddhisme, il y a souvent ce temps de retrait, et même de vie monastique qui n’est pas conçu comme un choix pour toute sa vie, mais comme un temps donné pour sa vie spirituelle. Je pense que beaucoup de chrétiens pourraient profiter de ce genre de proposition. J’en parlais un jour avec le père abbé d’un monastère cistercien, qui me disait s’être fait la même réflexion… Car beaucoup de jeunes s’approchent et font des expériences en monastère, puis repartent plutôt sur le mode d’un échec. Alors que si, dès le départ, on proposait des temps de vie monastique (une année, six mois ou autre) au service de sa vie spirituelle, cela prendrait une tout autre couleur. Cela existe déjà, bien sûr, avec différents modes : école de vie, une année pour Dieu, étudiants accueillis en communauté ou même chemin de Compostelle sur plusieurs mois… Mais je pense que l’on pourrait encore progresser en propositions diversifiées, à la manière, justement, de ce qui se vit durant une année de noviciat !

            Et vous, quels moyens vous donnez-vous au service de votre vie spirituelle ? Le temps des vacances est un temps propice à cela, non ?

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Une Parole puissante et fragile !

13 juillet 2014, 15ème Dimanche année A, Mt 13,1-23/

« La Création aspire de toutes ses forces à voir la révélation des fils de Dieu… elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage… elle gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (cf. Rm 8,19…22)  Cette vision large de saint Paul qui nous parle, non-seulement du salut des êtres humains, mais de toute la Création, nous donne une bonne piste de lecture pour l’évangile de ce jour ! La Parole de Dieu est à l’œuvre et se déploie à travers la Création, mais serons-nous accueillant à cette Parole puissante et fragile qui « ne reviendra pas à Dieu sans avoir accompli sa Mission » (cf. Is 55,11) ? Saurons-nous la comprendre, l’accueillir dans la durée, lui faire porter du fruit ?

Comprendre la Parole !

«  Quand l’homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : cet homme, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. » (Mt 13,19) Comprendre la Parole du Royaume, n’est-ce pas justement percevoir dans les évènements qui nous entourent le déploiement du projet de Dieu ? Ne s’agit-il pas de voir le monde avec les yeux de Dieu ? N’est-ce pas contempler sa Parole à l’œuvre dans le bruissement des feuilles, dans un coucher de soleil au bord du lac ou même dans une opération chirurgicale réussie ? Benoît XVI, dans Verbum Domini nous a rappelé que la Parole de Dieu ne s’exprime pas qu’à travers la Sainte Ecriture, mais sous différents modes : « On a parlé avec justesse d’une symphonie de la Parole, d’une Parole unique qui s’exprime de différentes manières: ‘comme un chant à plusieurs voix’» (VD 7). Benoît XVI évoque, en fait, six modalités à partir desquelles Dieu nous parle et se révèle : Fondamentalement, et au sommet de la Révélation par Jésus-Christ lui-même, Parole de Dieu faite chair ; mais aussi par le livre de la nature, à travers la beauté de la création habitée par le Verbe ; et également par l’histoire du Salut, cette tendre façon dont Il a accompagné son peuple élu ; mais encore dans cette Parole prêchée par les apôtres qui ont fondé les premières communautés chrétiennes ; une Parole transmise de génération en génération par la Tradition vivante de l’Église ; enfin par la Parole divine, attestée et divinement inspirée, dans l’Écriture Sainte. Vous voyez donc que comprendre la Parole, ce n’est pas simplement comprendre un passage de l’Ecriture, mais discerner dans l’histoire du monde – hier, aujourd’hui et demain – la Parole de Dieu à l’œuvre, c’est-à-dire ce qui permet au Royaume de Dieu de se déployer !

Durer dans la fidélité à la Parole !

«  Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est l’homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt. » (Mt 13,20-21) Lorsque le milieu est porteur, être fidèle n’est pas trop difficile, mais lorsque l’ambiance sociale ou familiale souffle dans le sens contraire, c’est beaucoup moins évident. Comment être fidèle ? L’Évangile nous donne une réponse limpide : « travaillez vos racines » ! Si l’on vient à la messe par conformisme social, si nous nous attachons uniquement à des dévotions superficielles, si nous en restons à une compréhension de la foi qui date du catéchisme reçu quand nous étions enfants… alors nos racines sont bien fragiles, et ceci est vrai, aussi bien personnellement que communautairement ! Travailler ses racines passe par l’approfondissement de sa foi : réfléchir en adulte sa foi, se donner du temps pour la prière, cultiver une véritable relation au Christ, s’engager concrètement dans l’amour du prochain, s’insérer dans une communauté chrétienne vivante…

Désencombrer nos vies de tout ce qui freine la Parole !

«  Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est l’homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit. » (Mt 13,22) Vous le savez, le principal travail du jardinier consiste à désherber pour que les jeunes pousses ne soient pas étouffées par toutes sortes de plantes envahissantes. Le Seigneur nous demande de nous désencombrer de tout ce qui est futile dans  nos vies. Certaines personnes qui ont approché la mort d’un peu trop près, suite à un accident, une maladie ou autre, ont pu faire cette prise de conscience que leur vie était encombrée de bien des choses futiles alors qu’une seule est essentielle : l’amour que l’on peut donner et recevoir ! Et j’aime à dire que se désencombrement nous sera de toute façon imposé puisque nous n’emporterons rien d’autre en Dieu que nos relations humaines réussies ou non ! Alors, nous redit l’Évangile, ne vous laissez pas surprendre, laissez la parole de Vie irriguer vos relations et elle portera un formidable fruit d’amour.

Oui, pour que la Parole de Dieu puissante et fragile, puisse porter de bons fruits, ne faut-il pas :

La comprendre et la discerner à l’œuvre autour de nous…

Durer dans la fidélité en travaillant nos racines…

Et désencombrer nos vies de tout ce qui peut freiner la fécondité de cette Parole de Vie ?…

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Reposez-vous un peu !

Contemplation

Contemplation

           « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » (Mc 6,31)

Voici venu le temps, pour la plupart d’entre nous, d’un nouveau rythme durant ce temps de juillet et août… Je n’ose pas parler de vacances, car nous ne sommes pas tous en phase avec les rythmes scolaires. Toujours est-il que cette invitation au repos peut grandement nous aider dans notre vie humaine et spirituelle. Travailler pour gagner sa vie ou même au service du Royaume de Dieu est une bonne chose, mais n’oublions jamais de mettre nos activités en perspectives.

            Nos sociétés modernes sont particulièrement trompeuses, voulant nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Non, le but de notre vie n’est pas de consommer ! Non, le fait de posséder n’apporte pas le bonheur ! Non, remplir notre vie d’activités, et même de loisirs ne donne pas sens à notre vie !… Le véritable repos, comme nous y invite l’Évangile  « à l’écart, dans un endroit désert », est l’occasion de prendre du recul par rapport à notre vie, à nos activités, le temps de contempler aussi la Création qui se déploie autour de nous. Cette contemplation peut nous permettre de comprendre qu’au-delà de toutes nos gesticulations, le projet de Dieu est en train de se déployer : je n’ai pas à prendre sur mes épaules toutes la misère de mes proches ou du monde, mais à faire ma part, à ma mesure… Cela demande de savoir lâcher prise, se décentrer de soi-même, et s’abandonner entre les mains de Dieu et des autres !

Lâcher prise...

Lâcher prise…

           Un jour il nous faudra vivre ce grand lâcher prise, nous serons-nous préparés à cela, ou ce détachement incontournable nous surprendra-t-il comme un voleur ? Ce temps de repos, au désert et à l’écart, est donc aussi un temps d’apprentissage pour toute notre vie : non, notre vie ne consiste pas à travailler comme des fous pendant l’année et à décompresser quelques semaines durant les congés, mais à trouver un équilibre de vie et un sens à ce que nous faisons tout au long de l’année !

            Saisissons donc, chacun dans notre propre contexte, ce temps de repos à l’écart, pour nous refaire une santé physique, intellectuelle et spirituelle. Remettons notre vie en perspective, décentrons-nous de nous-même, contemplons le Royaume qui vient et voyons comment nous pouvons mieux contribuer à son déploiement tout au long de l’année, à la mesure de nos forces et de nos talents…


La Vie par ici

Le quotidien sur les routes du Togo

Le quotidien sur les routes du Togo

Je ne vous ai pas encore parlé des grandes révolutions du côté des routes du Togo…

D’abord des chantiers avancent. Il est prévu de refaire l’axe principal du Togo dans son entièreté de Lomé à Cinkanssé (la frontière avec le Burkina-Faso), eh bien, petit à petit cela avance… Je ne sais pas combien d’années cela prendra, mais nous voyons de nouvelles portions de route entrer en service. Cela prend toujours trop de temps, bien sûr, en particulier trois contournements de zones dangereuses, en travaux depuis trois ans, sont apparemment terminés, mais toujours pas en service.

Deuxième révolution, l’interdiction de circulation de nuit pour les transports en commun et les camions (les titans comme on dit ici)… Il faut dire que ces véhicules, comme la plupart des véhicules en circulation sont particulièrement vétustes (on récupère ici tous les véhicules que l’on met à la poubelle dans les pays du nord…). Il arrivait fréquemment que des autocars ou des camions roulent la nuit sans phare ou avec un seul œil, vous imaginez ! Un accident au mois d’avril dernier entre un autocar et un titan, faisant 48 morts et 16 blessés graves, fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase, et a été à l’origine de nouvelles mesures de sécurité routière.

Enfin des casques !

Enfin des casques !

Troisième révolution, les mesures annoncées sont mises en place : outre l’interdiction de circulation de nuit, le port du casque obligatoire, le port de la ceinture de sécurité obligatoire, l’interdiction du téléphone au volant et un contrôle plus stricte de l’état des véhicules… J’ai donc eu la surprise en rentrant d’Europe de voir les nombreux conducteurs de motos avec leur casque en place… Et d’être arrêté cinq minutes après être sorti de l’aéroport, car un phare était grillé !!!

Je vous raconte tout cela, car la circulation sur les routes du Togo est vraiment dangereuse… Par exemple, la semaine qui vient de s’écouler, la communauté du noviciat a été victime de deux accidents de moto en ville, sans gravité, mais avec des blessures légères et quelques réparations sur le véhicule. Dans les deux cas, les novices et frères n’étaient pas en cause, mais victimes de conducteurs imprudents. Il faut dire que c’est encore un fléau auquel veut s’attaquer le gouvernement : il n’y a aucun respect du code de la route, on parle donc de faire passer un permis à tous les conducteurs de deux-roues.

Bref les choses s’améliorent…

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Vivons sous l’emprise de l’Esprit !

6 juillet 2014, 14ème Dimanche année A, Mt 11,25-30/

« Vivez sous l’emprise de l’Esprit ! » : voilà, en résumé, ce que nous dit saint Paul tout au long de ses écrits, et particulièrement dans le passage de l’épitre aux Romains proposé à notre méditation ce dimanche. Cette clef de lecture éclaire tout l’Évangile et notamment le passage de ce dimanche. Il ne s’agit pas de se fier à nos sagesses et sciences humaines, mais de vivre sous l’emprise de l’Esprit, pour accéder à ce qui est « révélé aux tout-petits ». Il ne s’agit pas de vouloir découvrir Dieu par nos propres élucubrations, mais de se laisser enseigner par son Esprit car « personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » Il ne s’agit pas de se mettre sous des jougs impossibles, mais de se mettre sous l’emprise de l’Esprit, « ce joug si facile à porter, et ce fardeau si léger » ! Que l’Esprit éclaire donc notre intelligence, façonne notre cœur, et préside à nos actions !

Que l’Esprit éclaire notre intelligence !

…Et tout d’abord notre intelligence des Écritures : attention, lorsque Paul parle de « vivre sous l’emprise de l’Esprit » et non « sous l’emprise de la chair », ne faisons pas de contresens ! Il ne parle pas ici d’une opposition entre deux composantes de l’être humain que seraient le corps et l’âme. « Ce que Paul appelle chair, ce n’est pas ce que nous appelons habituellement corps, ce que Paul appelle Esprit, ce n’est pas ce que nous appelons l’âme. »[1] « Vivre selon la chair », pour Paul, c’est vivre selon le péché, selon ce qui nous éloigne de Dieu. « Vivre selon l’Esprit », c’est vivre selon l’Esprit du Christ, l’Esprit de Dieu : « vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. » (Rm 8,9) Ne voyons donc pas dans ces expressions un rejet du corps, mais l’invitation à vivre selon l’Esprit de Dieu qui habite en nous. Si nous sommes des êtres spirituels, nous ne nous fierons pas d’abord à notre intelligence, à notre sagesse, à nos études, mais à ce que nous révèle l’Esprit : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » (Mt 11, 25) Jésus ne nie pas la nécessité de l’intelligence, mais affirme que notre intelligence doit être éclairée. Il ne dit pas que les tout-petits sont inintelligents, bien au contraire, mais qu’ils ont reçu une « intelligence des choses » qui leur vient de Dieu, par révélation, et non de la sagesse humaine. Il suffit de penser à la petite Thérèse déclarée docteur de l’Église !

Que l’Esprit façonne notre cœur !

« Personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » (Mt 11, 27) Pour avancer sur le chemin d’une vie spirituelle, il ne s’agit pas, non plus, d’attendre une révélation d’en haut « extra-ordinaire »… Le chemin, nous le connaissons, c’est Jésus Christ ! Il nous faut donc prendre les moyens de scruter sans cesse la Parole de Dieu, et particulièrement les évangiles, le lieu où le Fils nous révèle le Père, par ses paroles, par ses actes, par son être même, par sa mort et sa résurrection. Scruter sans cesse la Parole de Dieu, cela passe par la méditation, la prière, la Lectio Divina… Que faisons-nous de ces trésors ? La Lectio Divina est parfois entourée d’une certaine aura monastique qui la rendrait inaccessible au commun des chrétiens. Il n’en est rien, comme nous le rappelle Benoît XVI dans Verbum Domini au n° 87, cette riche tradition de méditation de l’Écriture est pour tous et se vit très simplement. Après avoir demandé l’aide de l’Esprit, la Lectio divina se déroule en quatre temps : 1- la lecture (lectio), que dit en soi le texte ?, sans projeter trop vite ma précompréhension du texte. 2- la méditation (meditatio) que me dit le texte ? 3- la prière (oratio) que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole ? 4- la contemplation (contemplatio) pour voir le monde avec le regard de Dieu et se demander quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ? Voilà une méthode simple, et éprouvée par la tradition, pour permettre à l’Esprit d’éclairer notre cœur !

Que l’Esprit préside à nos actions !

« Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11, 29) Quel est-il ce joug sinon celui de la loi d’amour que nous a laissée le Christ ? « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 13,34) Nous ne pouvons prétendre vivre selon l’Esprit sans aimer et servir nos frères ! Les prophètes déjà nous l’affirmaient à plus forte raison les auteurs du Nouveau Testament ! Mais ne prenons pas ce commandement comme une exigence pénible, c’est au contraire un joug léger qui rend heureux, qui donne sens à notre vie, qui comble notre désir profond d’aimer et de se savoir aimé. Si notre intelligence est éclairée par l’Esprit, si notre cœur se laisse façonner par l’Esprit, alors notre agir ne pourra qu’être en cohérence avec l’Esprit de Dieu !

Qu’en pensez-vous ?

Vivre sous l’emprise de l’Esprit…

… n’est-ce pas la voie royale pour notre épanouissement ?

[1] Marie-Noëlle Thabut, L’intelligence des Écritures, édit. Soceval, tome 2, p 209

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Bienveillance !

Cultiver la Bienveillance !

Cultiver la Bienveillance !

Voilà un mot que j’apprécie particulièrement ! Bienveillance : vouloir le bien de l’autre, veiller au bien de l’autre et croire que l’autre me veut du bien ! Dans le contexte africain quel défi !

Grandir dans la bienveillance n’est certes pas un défi propre à l’Afrique, pour preuve les séminaires et associations qui fleurissent autour de la communication non violente : voir par exemple le blog de « Communiquer avec bienveillance », avec les méthodes de Jacques Salomé, Marshall Rosenberg…

Mais, à mon humble jugement, le défi est particulièrement important dans le contexte des rumeurs et des malveillances africaines… Un ami togolais me répète régulièrement : « Une des différences entre vous les blancs et nous autres africains, c’est que lorsque quelqu’un fait des choses bonnes et réussit dans sa vie, vous l’encouragez et le soutenez, alors que nous, on cherche à le casser et à le bloquer ! » Bien sûr j’ai essayé de démentir ses illusions sur les blancs et ses généralisations sur les africains, mais il parlait de sa propre et pénible expérience et il se trouve qu’il est loin, par ici, d’être le seul à subir la malveillance de son entourage. Le contexte de la polygamie y est pour beaucoup, mais ce n’est pas le seul facteur… Il arrive, trop souvent, que les coépouses se jalousent, se mettent des bâtons dans les roues, et surtout fassent porter tout cela sur les épaules des enfants des autres épouses, à grand recours de sorcellerie, empoisonnement et autres réjouissances. Par ailleurs, la notion de respect de l’autonomie de chacun n’est pas du tout comparable à nos sociétés occidentales : chacun appartient à un clan, à une famille, il fait partie de ses « biens patrimoniaux » et lui est redevable. Ce n’est pas tant le bien de l’individu que l’on recherche que le bien du groupe, quitte à bloquer, manipuler, sacrifier les projets des uns et des autres.

Même dans l’Église, je ressens fortement ce manque de respect des individus, au nom de je ne sais quels principes supérieurs. Par exemple, à propos des jeunes en formation, puisqu’ils sont nombreux, on n’hésite pas, pour des peccadilles, à renvoyer des séminaristes ou des religieux même s’ils ont déjà fait 3, 5 ou 8 ans de séminaire ou de vie religieuse ! Certains renvois sont justifiés, mais d’autres non ! Pour preuve : lorsque certains de ces jeunes se portent candidats chez nous, ou d’autres congrégations, et lorsqu’on demande (de façon systématique) à leurs précédents formateurs les raisons de leur renvoi et ce qu’ils pensent d’une poursuite de leur vocation, neuf fois sur dix, ceux-ci nous répondent que leurs départs était dû à un concours de circonstances et qu’ils ne voient pas d’inconvénient à ce que ces jeunes poursuivent leur parcours dans la vie religieuse !

Un dernier aspect, qui a motivé d’ailleurs cette réflexion, c’est la force des rumeurs. Dans une culture orale, les rumeurs sont terribles. Elles anéantissent des parcours, entretiennent le soupçon, la malveillance, le mensonge et la peur. Encore tout récemment, des rumeurs folles ont circulé sur la paroisse et pour remonter la pente : que c’est difficile ! Il ne manquera pas de personnes pour vous dire que, de toute façon, « Il n’y a pas de fumée sans feu ! »… J’ai déjà évoqué sur ce blog les trois filtres (ou les trois tamis) de Socrate, mais je ne peux m’empêcher de les citer de nouveau, comme je l’ai fait la semaine dernière à l’homélie dominicale :

Les trois filtres

Socrate avait, dans la Grèce antique, une haute opinion de la sagesse. Quelqu’un vient un jour trouver le grand philosophe et lui dit :

« – Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur ton ami?

– Un instant, répondit Socrate. Avant que   tu me racontes, j’aimerais te faire passer un test, celui des 3 filtres :

– Les 3 filtres?

– Mais oui, reprit Socrate. Avant de me raconter toutes sortes de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des 3 filtres. Le premier filtre est celui de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai?

– Non. J’en ai simplement entendu parler…

– Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité. Essayons de filtrer autrement en utilisant un deuxième filtre, celui de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bon ?

– Ah non ! Au contraire.

– Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain si elles sont vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il reste un filtre, celui de l’utilité. Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?

– Non. Pas vraiment. Alors, conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ? »

Quelle leçon de bienveillance, n’est-ce pas ? Je vous laisse sur ces réflexions avec un petit passage de saint Paul :

«  On sait bien à quelles actions mène la chair [remarque : le péché, et non le corps] : débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme,  rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui agissent de cette manière ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. » (Ga 5, 19-22)

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De drôles de modèles !

29 juin 2014, Saint Pierre et saint Paul, apôtres, année A, Mt 16,13-19/

Saint Pierre et saint Paul

Saint Pierre et saint Paul

Pierre et Paul, fêtés ce dimanche : quels drôles de piliers le Seigneur s’est-il choisis pour fonder son Église ! Un zélé pharisien persécuteur des premiers chrétiens et un humble pêcheur, prompt à se jeter à l’eau mais dont la fougue ne résiste pas aux premières épreuves qui se présentent. Bien sûr ce n’est pas par hasard que Dieu fit ce choix, mais pour bien signifier, dans la logique de tous les élus de l’ancien testament jusqu’à aujourd’hui, que ce n’est pas pour leurs mérites, leur intelligence, leur perfection qu’ils ont été choisis, mais uniquement pour être des instruments de la grâce de Dieu. Il suffit de penser à Jacob, ce fourbe qui avait usurpé le droit d’aînesse de son frère Esaü ; ou encore au petit David, que son père n’avait même pas osé présenter au prophète Samuel ; ou, plus près de nous, à une Bernadette Soubirous, illettrée et sans le sou… et la liste pourrait être longue ! Cela n’est-il pas une heureuse nouvelle pour chacun d’entre nous ? Tous, nous sommes des élus de Dieu, non pas pour nos mérites, mais à travers nos fragilités, nos limites et même notre péché qui, étonnement, peuvent devenir de grands atouts au service du Royaume si on les laisse être traversés par la grâce de Dieu. Apprenons-donc du parcours de Pierre et Paul : deux zélés convertis, deux traitres pardonnés, deux pécheurs sauvés !

Deux zélés convertis !

Nous connaissons bien le parcours de Saul, ce zélé pharisien, pensant défendre Dieu et la foi en persécutant les chrétiens, et soudainement retourné par sa rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas. Son zèle, il va dorénavant le mettre au service de Jésus Christ et de son Église ! Il en va de même pour Pierre, celui-ci également se montre bien zélé dans sa suite du Christ : c’est le premier à se jeter à l’eau, mais aussitôt il coule et Jésus de lui dire : « homme de peu de foi »… C’est toujours le premier à prendre la parole : « Tu es le Fils du Dieu vivant. » (Mt 16,16) mais une affirmation ambiguë qu’il prolongera juste après en affirmant que ce Fils de Dieu ne doit pas souffrir : « Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non cela ne t’arrivera pas ! » (Mt 16,22) qui lui vaudra la répartie cinglante de Jésus : « Passe derrière-moi Satan !… Tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16,23) Interrogeons-nous donc sur nos propres zèles mal placés… Peut-être sommes-nous zélés au niveau de la réussite humaine : recherche de pouvoir, d’argent, de plaisir… Peut-être sommes-nous zélés dans notre façon de comprendre la foi : étendards en avant, combat contre les non-chrétiens, appels à la puissance exterminatrice de Dieu… Peut-être sommes-nous zélés dans nos œuvres, mais des œuvres accomplies plutôt pour notre gloire que pour la gloire de Dieu ! Alors, demandons à Dieu de convertir notre zèle mal placé, pour mettre toutes nos énergies au service de l’avènement du Royaume de Dieu en nous et autour de nous, c’est-à-dire, finalement au service de notre véritable bonheur !

Deux traîtres pardonnés !

Oui Saul avait trahi sa foi en Yahvé en croyant qu’elle lui donnait le droit de mettre à mort les chrétiens. Il avait trahi le Dieu « de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour » (Ps 103,8) qu’il devait pourtant chanter dans les psaumes très souvent… Pierre toujours prompt aux belles promesses avait juré : « Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas. » (Mt 26,35) et on connaît la suite : non seulement absent au pied de la croix mais encore reniant Jésus par trois fois ! J’aime à dire que Pierre est bien plus traître que Judas ! Car Judas a juste permis aux autorités juives de se saisir de Jésus, ce qui, de toute façon, allait se produire un jour ou l’autre. Par ailleurs, on ne sait pas trop ses raisons, certains suggèrent qu’il voulait forcer Jésus à se manifester comme le Messie triomphant… Mais Pierre, lui, abandonne Jésus et le renie par trois fois alors qu’il avait juré le contraire ! Alors, qu’elle est la différence entre Judas et Pierre, pourquoi l’un s’est-il perdu tandis que l’autre est devenu saint et la pierre de fondation de l’Église ? Tout simplement car Judas, après son geste, a désespéré de lui-même et de la miséricorde de Dieu et s’est donné la mort, tandis que Pierre est revenu à Jésus et a accepté sa miséricorde. Non les saints ne sont pas des êtres parfaits, mais des êtres qui reviennent sans cesse au Seigneur et se laissent pardonner, être relevés par lui, être petit à petit transfigurés par la grâce de Dieu ! Oui, nous aussi, nous trahissons notre foi en Jésus Christ, mais le Seigneur est toujours prêt à nous pardonner, à nous relever, à nous offrir sa grâce en abondance. Prendrons-nous le chemin de Pierre et de Paul, ces traîtres pardonnés ou celui de Judas, ce traître désespéré ?

Deux pécheurs sauvés !

Oui Pierre et Paul furent des pécheurs, avant et après leur rencontre avec le Christ, mais ils firent au cœur de leur péché l’expérience du Salut… Lorsqu’on a demandé au pape François : « Qui est Jorge Mario Bergoglio ? », il répondit : « Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste… Je suis un pécheur. C’est la définition la plus juste… Ce n’est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard. » Et c’est ce que signifie sa devise : «Miserando atque eligendo » (Faisant miséricorde, il le choisit !) Et le pape a demandé à plusieurs reprises de témoigner que nous sommes des pécheurs sauvés et non pas des parfaits… Car les parfaits, on ne peut s’y identifier, mais des pécheurs sauvés, c’est un chemin de vie pour tous !

Alors oui, contemplons Pierre et Paul, ces drôles de modèles, et, comme eux,

laissons-nous faire par la grâce de Dieu pour devenir :

Des zélés convertis, des traîtres pardonnés, des pécheurs sauvés !

 

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Communier à la communion !

            La régularité du blog n’est plus ce qu’elle était, mais cela vous permet de ne pas

Communion dans la diversité

Communion dans la diversité

crouler sous des tas de messages que vous ne prendriez plus le temps de lire…

            Juste un petit mot pour accompagner la méditation de l’Évangile dominical, en cette fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, je nous invite particulièrement à prier pour l’unité des chrétiens. Comment se fait-il que le sacrement de l’unité soit devenu source de division ? Ne serait-ce pas parce que certains théologiens ont essayé maladroitement de faire entrer, dans des catégories philosophiques inadaptées, ce qui est de l’ordre du mystère ? Ne serait-ce pas parce que la différence fait toujours peur, et que l’on a vite fait de faire feu de tout bois lorsqu’on veut dénigrer son ennemi ? Ne serait-ce pas parce que notre quête identitaire s’exprime de façon passionnée en absolutisant des nuances bien légitimes ?

            Je rappelle que non, la plupart de nos frères protestants ne sont pas contre la foi en la présence réelle du Christ lors de la célébration de la Sainte Cène, mais qu’ils ne sont pas d’accord avec la formulation catholique de celle-ci ! (surtout avec la catégorie de Transsubstantiation, dont d’ailleurs la plupart des catholiques ne savent pas ce qu’elle signifie…) Voir l’article précédent dans mon blog sur ce sujet.

            Je rappelle que non, la communion à laquelle nous sommes appelés n’est pas de l’ordre de l’uniformité mais, à l’image de la Sainte Trinité, de l’ordre de la communion dans la différence !

            Je rappelle que non, notre identité de chrétien ou de catholique ne doit pas s’exprimer d’abord dans les processions, les « fêtes Dieu » d’antan, ou les soutanes à 33 boutons, mais dans notre configuration au Christ qui se porte « partout où Dieu est menacé en l’homme et partout où l’homme est menacé comme image de Dieu ! » (cf. Règle de vie des Augustins de l’Assomption n°4)

             À notre époque où la peur de l’autre, de l’étranger, de celui qui croit autrement est toujours vive ; où le repli identitaire, le chacun pour soi, les frontières et les murs rejaillissent ; où les signes extérieurs d’appartenance sont brandis comme autant d’étendards contre les autres ; je crois et j’espère que les chrétiens peuvent être signes d’unité, artisans de dialogue et instruments de paix.

Peut-on communier à la division ? (le mot grec diabolos, signifie le diviseur !)

N’est-il pas évident qu’on ne peut que communier à la communion ? (entre les personnes,  les peuples, les religions…)

Cela ne semble pas évident pour tout le monde !

En cette fête du Saint Sacrement, ne nous trompons pas de fête !


 La Vie par ici

Les semaines passées, une fois encore, furent bien remplies, d’où le silence de la semaine dernière. Dès mon retour d’Europe, j’ai enchaîné avec une rencontre de nos deux communautés de Sokodé… L’accompagnement des novices qui avaient beaucoup à dire… La prédication d’une retraite d’une semaine pour des sœurs de Sokodé… La commission formation d’Afrique de l’Ouest qui devait faire le tour des jeunes candidats ou religieux aux différentes étapes… Et enfin, la rédaction de six rapports de fin d’année pour les novices. Sans parler de certaines situations délicates à traiter…

Mercredi dernier, nous avons également eu une conférence du P. Aristide, la dernière de l’année à l’Espace d’Alzon, portant sur l’Alliance laïcs religieux. Malheureusement la période d’examen qui bat son plein et les défauts de communication font que nous ne nous sommes retrouvés quasiment qu’entre religieux et religieuses… Mais tout de même une trentaine…

Je suppose que vos semaines furent bien remplies également,

De tout cœur avec vous,

Que le Seigneur fasse toujours de vous des artisans d’unité, de paix, de communion !

Fraternellement,

Fr. Benoît

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Manger la vie du Christ !

22 juin 2014, Saint sacrement du Corps et du Sang du Christ, année A, Jn 6,51-58/

Fête du Saint Sacrement

Fête du Saint Sacrement

En cette fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, la liturgie nous invite à méditer un texte qui n’est pas si facile à comprendre : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. » (Jn 6,53) Jésus sait bien que ce qu’il veut dire n’est pas facile à comprendre puisque dans notre court passage, il répète et reformule cela neuf fois ! Et on connaît la réaction à ce discours : « ‘Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ?’… ‘Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter !’…  A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » (Jn 6,52.60.66). Bien sûr nous avons, nous, la clef de lecture de l’eucharistie, mais cela ne résout pas toutes nos questions. Que signifie manger la chair, alors que nous ne mangeons pas de la « viande » ? Que signifie boire son sang ? Comment manger, comment communier ?

Communier à la chair et au sang du Fils de l’Homme ?

Pour mieux comprendre ce que Jésus désigne par sa chair, nous pouvons partir de l’article du Credo : « Je crois en la résurrection de la chair ! » Nous savons que la matière de notre corps d’ici-bas, elle, disparaitra, recyclée par la nature… La résurrection de la chair ce n’est donc pas la résurrection de notre « viande ». La chair, il faut la comprendre au sens de tout ce qui donne chair à notre vie… C’est comme si nous naissions avec un corps plus ou moins nu (car il est déjà chargé des désirs, des refus de nos parents et de toutes sortes d’héritages familiaux) et que la vie serait ce temps où nous allons lui donner chair ! Comment ? Eh bien par toutes les expériences de nos vies, toutes les relations, tout le travail, etc… que nous aurons faits au terme de notre vie. Il suffit de contempler le visage ridé d’un vieillard et son regard habité de tout ce que fut sa vie pour comprendre comment sa vie est riche de tout son vécu, comment sa vie a pris chair ! Voilà ce qui ressuscite au terme de notre vie, cette chair, ce potentiel dont s’est chargé notre être durant la vie et auquel le Seigneur va redonner vie dans un corps spirituel. Manger la chair du Fils de l’homme consiste donc à donner une chair à notre vie qui soit semblable à ce qui donna chair à la vie du Christ : une vie toute donnée à son Père et aux Hommes, une vie d’amour pour les plus petits, mais aussi pour les riches, pour les pécheurs, pour les êtres fragiles ; une vie au service de la vérité, de la paix de la justice ; une vie miséricordieuse ; la vie finalement d’un être tellement passionné de l’homme et de Dieu qu’il ne la gardera pas pour lui mais la livrera jusqu’à la croix. Voilà ce que fut sa chair, voilà comment il versa son sang, voilà ce à quoi nous devons communier !

Recevoir le Saint Sacrement comme un viatique pour la route !

Alors oui nous avons l’eucharistie, mais loin d’être un lieu magique, qui nous obtiendrait de façon automatique la vie éternelle, c’est plutôt le lieu où nous recevons la force de l’Esprit, la force du Saint Sacrement pour pouvoir vivre tout au long de nos jours ce que nous célébrons. Par notre communion à la chair et, à certaines occasions, au sang du Christ à travers les espèces du pain et de vin, le Christ renouvelle le don de sa vie pour nous, le Christ nous fait participer à son Corps de ressuscité, le Christ nous donne les moyens de donner une chair à notre vie, semblable à ce que fut la chair de sa vie. L’eucharistie dominicale, pourrait-on dire, dure deux semaines : nous célébrons à l’eucharistie ce que nous avons vécu la semaine précédente et ce que nous aurons à vivre la semaine qui suit.

Communier par toute notre vie à la vie du Christ !

Saisirons-nous cette semaine pour quitter ce qui est par trop mortel en nous et pour donner, à nos journées, une chair qui puisse ressusciter ? Si nous nous mettons, comme le Christ, au service de la vérité, si nous luttons contre les fausses rumeurs, si nous donnons du temps pour soutenir nos frères et sœurs en difficulté, si nous soignons notre confiance en Dieu par la prière quotidienne alors oui, petit à petit, notre vie ressemble un peu plus à celle du Christ, alors oui nous communions à sa chair. Mais si nous passons notre temps à mentir, à médire, à accorder crédit aux rumeurs, à mettre des bâtons dans la vie des autres, à recourir aux charlatans et féticheurs dans les difficultés, alors petit à petit notre vie prend la chair d’un autre : celle du démon, du diviseur, du Mal… et nous aurons beau faire semblant de communier à la vie du Christ cela ne sera que mensonge !

Recevons fréquemment le Corps du Christ pour nourrir notre vie,

mais, loin d’une pensée magique,

communions par toute notre vie à la vie du Christ !

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Belle fête de Pentecôte !

Pour une Pentecôte sur le Monde

Pour une Pentecôte sur le Monde

          Me voici enfin de retour sur le blog après ce long silence dû à mes escapades européennes. Il n’est pas banal de relancer cette communion électronique hors frontières au jour de la Pentecôte… Cette fête du don de l’Esprit, de la naissance de l’Eglise, de la fraternité universelle au-delà de toute langue, c’est bien ce que j’ai vécu durant les dernières semaines. Nous sommes peut-être trop habitués, dans la vie religieuse à cette fraternité universelle que nous vivons au quotidien :

N’est-ce pas l’Esprit de Pentecôte qui nous a permis de construire cette Province assomptionniste d’Europe, un peu à la traîne, si l’on songe à la construction politique de l’Europe, mais tout de même prophétique à l’heure où les vieux démons nationalistes et le ‘chacun pour soi’ ressurgissent dans une Europe désenchantée et pleine de doutes sur son avenir ! Oui ce fut une joie de participer à cette assemblée fondatrice, le premier chapitre assomptionniste de la province d’Europe ! Nous n’avons pas révolutionné la congrégation, ni bousculé les options apostoliques déjà en place, mais nous avons progressés en fraternité, en décloisonnement, en espérance partagée !

N’est-ce pas l’Esprit de Pentecôte qui m’a permis de vivre ces dernières semaines dans une même Église, bien que je fusse en Région parisienne, en Alsace, à Lyon, à Toulouse, à Rome, en Champagne et au Togo ? Expérience de l’Église universelle notamment à Rome lors de l’audience du mercredi avec le pape François et peut-être plus encore lors de la célébration auprès du tombeau de Pierre sous la basilique du Vatican !

N’est-ce pas l’Esprit de Pentecôte qui était à l’œuvre dans nos deux semaines d’échange entre maîtres des novices venus de divers horizons et pourtant porteurs des mêmes joies et des mêmes questions ? Il y a actuellement environ 42 novices en formation et nous étions une dizaine de responsables de noviciats, en fonction ou en préparation, venus des Etats-Unis, des Philippines, de France, du Vietnam, de RDC, de Tanzanie, de Madagascar, du Brésil et du Togo…

N’est-ce pas l’Esprit de Pentecôte qui était à l’œuvre dans la rencontre de frères de toutes nationalités, qui ont accepté de partir en Mission à Lyon, à Toulouse, à Strasbourg, à Paris ou ailleurs… Des frères et des communautés qui tentent de rendre compte de l’espérance qui est en eux malgré tous les aléas et les difficultés d’un contexte rarement porteur ?

         Oui les quelques semaines passées m’ont encore fait prendre conscience, un peu plus, de cette fraternité humaine qui nous précède et qui reste à construire au-delà de toutes nos frontières… Que la fête de Pentecôte soit également pour vous l’occasion de grandir dans cette fraternité universelle sous la mouvance de l’Esprit !


La Vie par ici

Une assemblée colorée

Une assemblée colorée

Je ne reviens pas au séjour passé en Europe, je vous renvoie simplement au site de la maison généralice en ce qui concerne la session des maîtres des novices et au site de l’ex-Province de France en ce qui concerne le Chapitre Provincial d’Europe.

L’actualité du noviciat fut marquée par deux événements principaux : La semaine d’Internoviciat sur les vœux sous la houlette du P. Vincent Kambere à Kara et les trois semaines de stage des novices.

Les novices sont tous revenus enchantés de leur stage apostolique qui leur a donné le goût du service auprès des plus démunis et je l’espère suffisamment de désir pour que l’Assomption Ouest Africaine s’investisse dans ce domaine les années à venir !

Renaud et Adams étaient à Dapaong, à la communauté des sœurs hospitalières et surtout à l’association « Vivre dans l’espérance » dirigée par la sœur Stella qui s’occupe principalement de personnes atteintes par le VIH et d’orphelins liés à cette maladie, pour en savoir plus voir leur site !

Ignace et Blaise étaient à Bombouaka, à la communauté des pères Don Orione qui s’occupe principalement d’enfants handicapés, pour un petit aperçu voir cette page.

Enfin Armand et Martin était à Kolware, anciennement connu comme village de lépreux, mais surtout pourvu aujourd’hui d’un Centre de Santé des Sœurs Notre Dame des Apôtres, qui traite toute sortes de malades et notamment les personnes vivant avec le VIH. Un petit aperçu ici.

Je suppose que vos semaines à vous furent également bien remplies… alors bonne continuation!

Belle fête de Pentecôte et que la présence de l’Esprit illumine votre quotidien…

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 Sous la mouvance de l’Esprit !

8 juin 2014, Pentecôte, année A, Jn 20,19-23/

        Nous sommes habitués, pour la fête de Pentecôte, à méditer le récit des Actes des Apôtres proposé en première lecture, mais arrêtons-nous aujourd’hui sur l’évangile du jour, extrait de l’évangile de Jean au chapitre vingtième.  Nous sommes au soir du premier jour de la semaine – dimanche –  après la mort de Jésus, et voici que le Ressuscité vient à la rencontre de ses disciples pourtant enfermés à double tour. Ce court récit me semble résumer de façon édifiante le cœur de notre foi : de la peur à la joie ; de la joie à la mission ; de la mission à la miséricorde !

D’abord n’êtes-vous pas frappés par la sobriété de ce texte ? Les disciples ont vécu trois années passionnantes de compagnonnage avec Jésus, soulevant tous les espoirs, et puis voilà qu’en quelques jours tout s’écroule avec cette mort dramatique de Jésus en croix… Et au cœur de cette détresse voici que Jésus ressuscité leur apparaît ! J’imagine que la joie devait être immense, que les questions devaient jaillir dans le cœur de chacun : mais comment est-ce possible ? Nous t’avons pourtant vu mort ? Tu es revenu du pays des morts ? Comment était-ce ? Est-ce vrai tout ce que l’on dit sur le séjour des morts ?etc… Bref j’imagine que si nous rencontrions quelqu’un qui revenait du séjour des morts, nous ne manquerions pas de lui poser mille questions… Eh bien rien de tout cela dans le récit de Jean, mais une seule phrase : « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. » Nous comprenons par là que Jean n’a pas tant le souci de nous raconter les détails de la rencontre que d’écrire un texte catéchétique pour les baptisés d’hier et d’aujourd’hui. Laissons-nous donc interpeller par ce récit :

De la peur à la joie !

Les disciples avaient verrouillé les portes car ils avaient peur… N’est-ce pas bien souvent ce que nous vivons ? Nous sommes, en effet, prompts, à verrouiller : les portes de notre cœur –car nous ne voulons pas nous laisser atteindre par l’autre – ; les portes de nos maisons –car nous avons peur des intrus et même des voisins– ; les portes de nos frontières –car nous avons peur de l’étranger–… Et puis nous avons peur de tout : des microbes, des autres, du mal, de perdre son travail, du non-sens de l’existence, de souffrir, de mourir… « Et il leur dit ‘La paix soit avec vous !’ » L’évangile nous redit, à nous chrétiens, mais ne croyez-vous pas au Christ ressuscité ? Il est vainqueur de tout mal et de toute mort : rien ne peut nous arriver de totalement dramatique car en toute chose nous sommes vainqueurs ! « Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur ! » (Rm 8, 38-39) C’est donc une Joie profonde à laquelle nous sommes conviés, non pas une Joie que nous avons à construire mais à recevoir sous la mouvance de l’Esprit : « Je vous ai dit tout cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de Joie ! » (Jn 15,11)

De la joie à la mission !

Les disciples furent remplis de joie… et aussitôt Jésus les envoie en mission ! C’est étonnant non ? Comme je l’évoquais plus haut, on s’attendrait plutôt à une grande fête à l’occasion de ces retrouvailles vraiment exceptionnelles, eh bien non… Dans une logique catéchétique, Jean nous signifie que cette Joie, cette Paix profonde qui nous vient de notre foi au Ressuscité, nous ne pouvons la garder pour nous-même, il nous faut la partager, rendre les autres heureux, « rendre compte de cette espérance qui est en nous » (cf. 1P 3,15)… Ce que le Pape François résume en ces termes :  « Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : ‘Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer’ » (Evangelii Gaudium n°164) Et puis la joie n’est vraiment possible qu’en la partageant : on ne peut être heureux tout seul dans son coin, il nous faut convier les autres à partager notre joie. Oui sous la mouvance de l’Esprit le Christ nous envoie pour partager cette joie profonde de croire en Lui !

De la mission à la miséricorde !

Surprise encore, dans ce texte Jésus n’envoie pas d’abord pour baptiser, pour faire des disciples, pour convertir mais pour offrir la miséricorde ! « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » (Jn 20,23) L’Esprit nous est d’abord offert pour partager la miséricorde de Dieu. N’est-ce pas le cœur de la mission de Jésus : réconcilier le monde avec Dieu, faire entrer dans la communion Trinitaire tous les humains ? Bien sûr on évoque ici le sacrement de réconciliation, mais j’y vois surtout une mission pour tous les chrétiens : si vous libérez les gens des liens du péché ils seront libérés, mais si vous ne faites pas l’effort d’aller à la rencontre des pécheurs ils demeureront entravés dans leur péché… Comment ne pas penser ici encore au pape François qui ne cesse de mettre au cœur de ses messages et de ses gestes la Miséricorde du Seigneur à offrir à tous et à chacun et particulièrement aux plus petits. Oui sous la mouvance de l’Esprit offrons sans cesse la miséricorde du Seigneur !

En cette fête de Pentecôte laissons-nous bouger par l’Esprit !

Pour passer :

De la peur à la Joie,

De la Joie à la Mission,

De la Mission à la Miséricorde !

 

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