Bonne année lucanienne de  la miséricorde !

Saint Luc peignant la Vierge

Saint Luc peignant la Vierge

Et oui, nous voici de nouveau à la fin de l’année liturgique et au seuil d’une nouvelle. Avec le temps de l’Avent, nous voici replongés dans le temps de l’attente, de la veille, de l’espérance. Nous en avons bien besoin par les temps qui courent. Cette nouvelle année liturgique sera marquée doublement par la miséricorde. En effet, d’une part, c’est le 8 décembre que débutera l’année jubilaire extraordinaire de la miséricorde et d’autre part l’évangéliste qui accompagnera nos méditations dominicale sera saint Luc, l’évangéliste de la miséricorde !

À Sokodé, après une année de pause en raison de travaux, nous reprenons nos séries de conférences au Centre Culturel Saint Augustin, dans le cadre de l’espace d’Alzon. Notre première rencontre se tiendra ce mercredi 2 décembre 2015 à 17h30 et s’intitulera ainsi :

Comment se saisir de cette « Année Sainte extraordinaire pour vivre dans la vie de chaque jour la miséricorde que le Père répand sur nous depuis toujours ? » (Misericordiae Vultus n°25)

« La miséricorde sera toujours plus grande que le péché, et nul ne peut imposer une limite à l’amour de Dieu qui pardonne. » (Misericordiae Vultus n°3)

          Oui, comment vivre de la miséricorde du Père, pour que nous soyons des relais de sa miséricorde pour tous les humains ? Peut-être d’abord en nous imprégnant de plus en plus, au long de cette année, de l’évangile de Luc. Pourquoi l’appelle-t-on l’évangéliste de la miséricorde ? Tout simplement parce que l’évangile de Luc contient de nombreux passages qui lui sont propres et dont un certain nombre parle merveilleusement de la miséricorde et de la pauvreté :

– La résurrection du fils de la veuve de Naïm (Lc 7,11-17)

– Jésus et la pécheresse qui baigne ses pieds de larmes (Lc 7,36-50)

– Le bon Samaritain (Lc 10,30-37) « Qui est mon prochain ? »

L’ami qu’il faut réveiller (Lc 11,5-8) « Il lui donnera tout ce qui lui faut. »

– Le riche insensé (Lc 12,16-21) « S’enrichir en vue de Dieu. »

– Le figuier stérile (Lc 13,6-9) « Maître, laisse le encore cette année… »

– La guérison d’une femme infirme le jour du sabbat (Lc 13,10-17) « Et cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée il y a dix-huit ans, n’est-il pas vrai que le jour du sabbat il fallait la délivrer de ce lien ? » Voir aussi la guérison d’un hydropique le jour du sabbat. (Lc 14,1-6)

Choisir la dernière place et inviter les pauvres (Lc 14,7-14) « Et tu seras heureux car ils n’ont pas de quoi te rendre en retour. »

Renoncer à tout pour suivre Jésus (Lc 14,25-33)

– La parabole de la pièce retrouvée (Lc 15,8-10) « Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

– La Parabole de l’enfant prodigue, ou plutôt du père prodigue en miséricorde. (Lc 15,11-32)

– L’argent trompeur (Lc 16,9-13)

– Le riche et Lazare (Lc 16,19-31)

– Le serviteur qui n’a fait que son devoir (Lc 17,7-10)

– La guérison de dix lépreux et salut du seul Samaritain (Lc 17,11-19)

– Le juge qui se fait prier longtemps (Lc 18,1-8) « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? »

– La prière du Pharisien et du publicain. (Lc 18,9-14) « Prends pitié du pécheur que je suis. »

– La rencontre avec Zachée (Lc 19,1-10)

– Jésus qui pleure sur Jérusalem (Lc 19,41-44)

 

Luc se distingue encore par les récits autour de la naissance et de l’enfance de Jésus. (Les longs chapitres 1 et 2), sa version des béatitudes insistant sur la pauvreté et non la pauvreté de cœur comme chez Matthieu, l’apparition aux disciples d’Emmaüs

Vous voyez qu’il y a de quoi, avec Luc, faire de belles méditations et de quoi toucher notre cœur pour que nous soyons toujours plus miséricordieux comme le père céleste est miséricordieux ! L’autre texte à méditer c’est bien-sûr Misericordiae Vultus, le texte du pape François (la bulle d’indiction) pour lancer cette année jubilaire.


 La vie par ici…

Tout d’abord veuillez m’excuser pour la semaine dernière, je n’ai pas eu le temps de vous faire signe. J’ai cependant mis, avec un certain retard, le texte de méditation de la fête du Christ Roi sur le blog…

Internoviciat de Kara

Internoviciat de Kara

La semaine dernière fut en effet bien occupée avec une semaine de session d’Internoviciat, sur le discernement, animée par votre serviteur. J’ai essayé de donner des éléments non-seulement sur le discernement ignatien mais également sur le discernement augustinien. Avec un petit parcours sur le discernement en général, le discernement vocationnel, le discernement dans la vie courante, le discernement communautaire et enfin, le discernement appliqué aux T.I.C. (technologies de l’information et de la communication). Nous étions 65 à participer à cette session : pré-postulant(e)s, postulant(e)s, novices et formateurs. Vous pouvez en avoir quelques échos et quelques photos au lien suivant.

Lors du 21 novembre

Lors du 21 novembre

Le 21 novembre, jour du dies natalis de notre fondateur, le P. Emmanuel d’Alzon, fut marqué par une soirée avec les amis laïcs, sur la spiritualité alzonnienne. Dans un premier temps j’ai pu présenter, dans une formulation un peu renouvelée l’Examen du Règne. Un outil spirituel pour nous aider à relire notre vie en fonction de l’avènement du Règne de Dieu en moi (Règne de l’Esprit Saint), entre nous (Règne de Dieu le Fils) et autour de nous (Règne de Dieu le Père). Vous pouvez en retrouver le texte au lien suivant. Dans un second temps les jeunes de la chorale Emmanuel d’Alzon sont venus animer la soirée avec quelques danses et jeux scéniques. Enfin, la soirée s’est conclue par des agapes fraternelles…

La semaine écoulée fut plus classique : cours, temps d’accompagnement, et récollection d’entrée en Avent sur le thème de l’Incarnation du Verbe de Dieu depuis la Création du monde !

Je vous laisse avec ces quelques nouvelles, en vous souhaitant une belle entrée dans la nouvelle année liturgique, que je vous souhaite lucanienne et miséricordieuse.

 

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Un nouveau monde est déjà né !

1er dimanche de l’Avent, année C, Lc 21,25-28.34-36 /

adv1_01wreathe« Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde » (Lc 21, 26), mais vous : « quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête. » (Lc 21, 28) Quelle actualité dans ces versets de l’évangile dominical, au moment où nous traversons un temps de désarrois, de violence et de peur. Car la liste des malheurs s’abattant sur notre monde est tristement longue : attentats, guerres larvées interminables, populations devant fuir leurs terres, inégalités qui s’accroissent, insécurité, environnement malmené, etc. etc. Comme croyant, quelle attitude adopter : Mourir de peur ou relever la tête ? Mettre en avant une espérance béate ou relever les manches ? Voir surtout les signes d’espérance ou se tenir au côté de ceux qui souffrent ? Nous n’avons pas vraiment le choix : notre réponse doit être multiple mais, dans tous les cas, fondée sur notre espérance chrétienne : un regard d’espérance, des mains d’espérance, un cœur d’espérance qui proclament haut et fort que le monde ancien s’en est allé et qu’un nouveau monde est déjà né !

Un regard d’espérance !

Sans s’aveugler, il s’agit d’abord de « relever la tête », de regarder les évènements que nous vivons, non seulement avec le cœur mais aussi avec notre intelligence. Notre société médiatique met forcément le projecteur sur les évènements impressionnants et souvent dramatiques. À l’époque où nous vivions chacun dans notre bulle, sans beaucoup de moyens de communication, nous ne savions pas qu’à l’autre bout du monde telle catastrophe était en train de se produire et nous dormions tranquilles, sur nos deux oreilles. Notre monde ne va pas plus mal qu’avant, mais nous sommes certainement plus informés et plus conscients des catastrophes et des misères qui sévissent aujourd’hui. Cela ne doit pas fausser notre regard… Par exemple, en 1972, il y a eu 18 000 morts sur les routes de France et 387 000 blessés. En 2014, ces chiffres sont tombés à environ 3 400 morts et 73 000 blessés. Cela veut dire, premièrement, que le nombre de morts et d’accidentés sur les routes a été divisé par 5, et même bien plus, proportionnellement, si l’on tient compte de l’augmentation de la circulation : les routes sont donc beaucoup plus sûres qu’il y a 40 ans ! D’autre part, cela signifie qu’aujourd’hui encore, avec 3 400 morts par an, on a beaucoup plus de risques de mourir sur la route que lors d’attentats, et donc que nous devrions avoir plus peur de la circulation routière que des terroristes !… Par ailleurs, il y a 1,6 milliard de musulmans de par le monde… Combien y a-t-il de fanatiques violents parmi eux ? Quelques dizaines de milliers semble-t-il, et ils font beaucoup parler d’eux, ils créent beaucoup de dégâts mais ils ne représentent rien : peut-être, au maximum, 0,01 % des musulmans et 0,002 % de la population mondiale. Enfin, même s’il y a encore beaucoup de violence dans le monde, il n’y a jamais eu autant de gens de bonne volonté qui dialoguent, créent des ponts, cherchent à bâtir la paix et un monde meilleur à travers les organismes internationaux dont s’est dotée l’humanité ou à travers les réalisations locales, modestes mais efficaces ! Ne nous laissons donc pas conduire uniquement par les émotions du moment et cultivons un regard intelligent et plein d’espérance !

Des mains d’espérance !

Il nous faut ensuite mettre en œuvre notre espérance. Comme le disait le pape Benoît XVI dans son encyclique Spe Salvi : « Tout agir sérieux et droit de l’homme est espérance en acte » (n°35). L’espérance chrétienne en une vie, belle et bonne, après la mort, loin de nous démobiliser pour ici-bas, est au contraire un formidable moteur pour agir avec joie et sérénité pour un monde meilleur dès maintenant. Car le Royaume de Dieu qui vient n’est pas autre chose qu’un accomplissement de notre « Création qui gémit encore dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8,22). Oui, nous croyons au Royaume de Dieu en marche et cela nous engage à lutter, jour après jour, pour un monde plus juste, plus beau, plus paisible. Regardez les saints, tous illustrent cette cohérence de vie entre leur espérance et leur agir. Face à la misère, à la violence, à l’injustice,  à l’exploitation démesurée des ressources de notre planète, etc., il nous faut des mains d’espérance ! Des mains qui consolent ; des mains qui construisent la paix ; des mains qui n’hésitent pas à se salir pour lutter contre la violence avec des moyens proportionnés ; des mains qui créent plus de justice et donc d’espérance et de sens, afin que des jeunes fragilisés ne soient plus récupérés par des réseaux fanatiques de tous bords ; des mains qui prennent soin de la Terre et la respecte.

Un cœur d’espérance !

Comment, enfin, ne jamais désespérer des évènements, des personnes, de notre monde ? Tout simplement, en cultivant un cœur d’espérance ! Non pas une espérance naïve et hors sol, mais une espérance tenace et concrète. Non, il n’y a pas de monstres ici-bas : tout être humain est créé à l’image de Dieu et le pire des hommes peut revenir à sa bonté profonde. Non, il n’y a pas de guerre interminable : des peuples qui se sont opposés durant des siècles ont accepté de faire ensemble une partie du chemin – pensons au bel exemple des peuples européens. Non, le mal, la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. Non, notre monde n’avance pas dans un mur ou vers le chaos, mais vers le Royaume de Dieu.

En ce temps de l’Avent, en ce temps de préparation à Noël, revenons à notre espérance chrétienne. L’enfant de la crèche nous dit que c’est la Vie qui gagne, que Dieu s’est engagé à nos côtés, et que les soubresauts de l’histoire ne sont que les douleurs d’un enfantement : celui du monde nouveau qui se déploie.

 Le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est déjà né !

Alors cultivons un regard d’espérance,

des mains d’espérance,

un cœur d’espérance !

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Qui règne sur nos vies ?

22 novembre 2015, Christ Roi de l’Univers année B, Jn 18,33b-37 /

ChristRoi2La fête du Christ Roi, en ce dernier dimanche de l’année liturgique, n’a pas forcément une couleur très moderne. Surtout dans un pays, comme la France, où l’on a guillotiné le dernier roi et cru envoyer la religion aux oubliettes ! On se veut libre, seul maître à bord et n’être sous le joug de personne. Et pourtant… sommes-nous si libres que cela ? Qui règne sur nos vies ? Qu’avons-nous à craindre en faisant de Jésus Christ notre roi ?

Qui règne sur nos vies ?

Dans notre monde, où l’on se dit soi-disant libre, les gourous, les faux dieux et les maîtres ne manquent pas : l’argent bien sûr ; le confort ; le travail pour certains ; l’Internet indispensable ; le téléphone portable ;  le feuilleton que je ne dois pas rater ; la cigarette ; la pornographie à portée de clic ; la drogue ; la pensée unique du moment ; le dernier journaliste à la mode ; le coach (très à la mode) ; le dernier gourou-psy qui vous promet le bonheur en vous massant les oreilles ou en rigolant sur commande ; le pasteur déjanté qui garantit la santé, la richesse et l’amour si vous chantez très fort dans son église et mettez de grosses sommes dans son escarcelle, etc., etc. Regardons-y de près : qui règne sur nos vies ? Un bon test consiste, déjà, à évaluer le temps nous donnons à chacune de nos activités… On a voulu évacuer la religion chrétienne reçue de nos ancêtres, mais comme l’espace a horreur du vide, qu’y avons-nous mis à la place ?

Qu’avons-nous à craindre en faisant de Jésus Christ notre roi ?

Les chantres de l’athéisme ont vu dans la religion un opium pour le peuple. Je ne dis pas que cela fut toujours faux, car dans toute forme de religiosité il y a des risques. Mais, quand on contemple les merveilleuses personnes – les saints, connus et inconnus – fruits du christianisme ; quand on lit les merveilleux penseurs chrétiens qui ont réfléchi, critiqué intelligemment, pensé notre monde et la foi chrétienne depuis deux millénaires ; quand on voit, aujourd’hui encore, toutes celles et ceux qui sont animés de belles valeurs et qui s’engagent au nom de leur foi chrétienne… Je constate que l’Église n’a rien d’une secte et que ceux qui vivent en profondeur et de l’intérieur leur foi au Christ ont tout à gagner et rien à perdre ! Voyez-vous dans l’Évangile des passages où Jésus aliène ceux qu’il rencontre ? Jamais ! Il passe son temps à libérer, à remettre debout, à guérir les cœurs et les corps blessés. « Celui qui fait entrer le Christ, ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement, s’ouvrent largement les portes de la vie. Dans cette amitié seulement, se libèrent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. […] Chers jeunes: n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien, et il donne tout. Celui qui se donne à lui, reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie. » (Benoît XVI, Homélie de la messe inaugurale de son pontificat)

Comment vérifier que c’est bien le Christ qui règne sur nos vies ?

Notre fondateur, le père Emmanuel d’Alzon, nous a laissé de merveilleuses pages sur le Règne de Dieu. La devise qu’il nous a laissée : « Que ton Règne vienne ! », se déploie, sous sa plume, avec bien des harmonies. Il s’agit, dit-il, de travailler à l’avènement du Règne de Dieu « en nos âmes » et « dans le monde », c’est-à-dire en nous et autour de nous. Mais il déploie encore ce thème avec d’autres mots : « Nous souhaitons concourir, autant qu’il dépend de nous, à l’avènement du règne des trois personnes de la Sainte Trinité, et par là, nous combattrons les trois grandes erreurs des temps modernes.[…] Règne de Dieu le Père dans l’univers, règne de Dieu le Fils dans l’Église, règne de Dieu le Saint-Esprit dans les âmes, telle doit donc être, ce me semble, la pensée mère de la famille de l’Assomption» (Troisième lettre au maître des novices, 1868, E.S. p.161). Ce texte a suscité un outil spirituel qu’on appelle : l’Examen du Règne. J’en redonne ma propre version : Qu’est-ce qui, au cours de la journée, de la semaine, du mois, passés a contribué, ou s’est opposé, à l’avènement du Règne de Dieu : en moi (Règne de l’Esprit Saint), entre nous (Règne de Dieu le Fils) et autour de nous (Règne de Dieu le Père) ? Ces trois dimensions développant la dimension personnelle, communautaire et missionnaire… (Voir l’Examen du Règne sur mon blog)

Oui, en cette fête du Christ Roi,  posons-nous ces questions :

Qui règne sur nos vies ?

Qu’avons-nous à craindre en faisant de Jésus Christ notre roi ?

Comment vérifier que c’est bien le Christ qui règne sur nos vies ?

 

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Pour un « Examen du Règne »

« Nous nous proposons avant tout de travailler, par amour du Christ, à l’avènement du Règne de Dieu en nous et autour de nous » Règle de Vie §1

TrinitéCaen

Trinité – Tympan de l’Abbaye aux Dames (Caen)

 

« Notre devise, Adveniat regnum tuum, nous donne cette pensée générale. Nous souhaitons concourir, autant qu’il dépend de nous, à l’avènement du règne des trois personnes de la Sainte Trinité, et par là, nous combattrons les trois grandes erreurs des temps modernes.[…] Règne de Dieu le Père dans l’univers, règne de Dieu le Fils dans l’Église, règne de Dieu le Saint-Esprit dans les âmes, telle doit donc être, ce me semble, la pensée mère de la famille de l’Assomption» (Troisième lettre au maître des novices, 1868, E.S. p.161)

  • Le but de cet « examen du Règne » est de discerner l’action de l’Esprit qui fait advenir le Royaume de Dieu et d’en rendre grâce… Et d’exercer mon désir du Royaume face à ce qui l’empêche d’être là en plénitude.
  • Il ne s’agit pas de ressasser le passé, ou de m’accabler, mais au contraire de me décentrer de moi-même pour faire de l’avènement du Royaume, l’horizon de la vie du monde… Ce qui manque pour l’avènement du Royaume n’est pas que de l’ordre du « péché », mais aussi du temps nécessaire pour que la Création se déploie et avance vers sa plénitude…

Qu’est-ce qui, au cours de la journée, de la semaine, du mois, passés, a contribué, ou s’est opposé, à l’avènement du Règne de Dieu : en moi (Règne de l’Esprit Saint), entre nous (Règne de Dieu le Fils) et autour de nous (Règne de Dieu le Père) ? »

Quelques questions (parmi beaucoup d’autres possibles) pour nous aider :

1-Faire advenir le Règne de Dieu en moi… Dimension personnelle… Règne de l’Esprit-Saint

Face à un monde délaissant les vertus chrétiennes…

  • Ai-je pris du temps pour faire grandir en moi les vertus chrétiennes, en prenant pour exemple la Vierge Marie et les Saints ?
  • Ai-je pris du temps pour nourrir ma relation au Christ? Prière régulière ?… Méditation de la Parole de Dieu ?… Lecture pour l’approfondissement de ma foi ?
  • Ai-je laissé l’Esprit de Dieu irriguer toutes les dimensions de ma vie : « Voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. » (Ga 5,22)
  • Ai-je été disponible aux signes de l’Esprit ou me suis-je replié sur moi-même ? Action de grâce pour les rencontres, les services rendus, l’attention à ceux qui ont croisé ma route… Demande de pardon pour mes refus, mes renfermements, mes manques d’espérance…
  • Quel a été le moteur de mes journées ? Mon travail ? Mon devoir d’état ? Telle activité à mener à bien ? Tel service à rendre ? Un événement imprévu auquel je me suis rendu disponible ? Bref, ai-je été acteur du Règne de Dieu en marche… Ou me suis-je laissé aller uniquement à ma propre quête de plaisir, de confort…ou à une certaine nonchalance ?

2-Faire advenir le Règne de Dieu entre nous… Dimension communautaire… Règne de Dieu le Fils

Face à un monde divisé et individualiste

  • Mes proches… Ai-je été attentifs à ceux qui me sont proches, en particulier ceux qui traversent une épreuve ? Action de grâce pour les beaux gestes posés… et désir d’aller plus loin pour mes difficultés à aimer.
  • Ma communauté chrétienne… Ai-je de la joie à me retrouver avec mes frères et sœurs croyants ? Ai-je le souci de tisser des liens ? En quoi la communion célébrée lors de l’eucharistie se concrétise-t-elle en une communion plus grande avec les membres de ma communauté chrétienne ? Quel soutien ai-je apporté aux membres en difficulté de ma communauté ? Des visages à évoquer dans la prière…
  • La famille de l’Assomption… Est-ce que je me sens solidaire des joies et des difficultés des frères, des sœurs et des laïcs assomptionnistes ? Action de grâce pour ce que notre famille spirituelle réalise au service du Royaume et désir d’aller plus loin, de mieux vivre du charisme qui nous est confié au service de l’Église et du monde…
  • L’Église… Est-ce que j’aime l’Église ? Ai-je le désir de faire Église ? Suis-je capable d’être à la fois bienveillant et exigeant envers l’Église ? Lorsque je pense « Église », quelle place est-ce que je donne aux membres des autres confessions chrétiennes ? Ai-je le souci de la rencontre, de la découverte, du dialogue ?

3-Faire advenir le Règne de Dieu autour de nous… Dimension missionnaire… Règne de Dieu le Père

Face à un monde sans Dieu…

  • Ai-je eu le souci de m’informer sur la vie du monde? Pour me réjouir de ce qui va bien, de ce qui est beau et bon… et pour prendre conscience des souffrances vécues, des injustices ?
  • Ma façon de vivre, mais aussi la façon de vivre de mon milieu, a-t-elle contribué à promouvoir l’inégalité ou les injustices ? Lorsque j’achète un bien, est-ce uniquement le prix qui entre en ligne de compte, qu’en est-il de toute la chaîne qui a permis l’acquisition de ce bien : la façon dont il a été produit et mis en vente est-elle respectueuse de la nature, des personnes, de la justice ?
  • Je peux rendre grâce pour les habitudes de vie qui me semblent aller dans le bon sens et raviver mon désir de changer encore ce qui est irrespectueux de la nature, ce qui gaspille le bien commun, ce qui augment le gouffre entre pauvres et riches….
  • Ai-je le désir de faire advenir le Royaume de Dieu ?… Royaume de justice et de paix… Suis-je engagé avec ceux qui s’organisent pour faire bouger les choses… ici… ailleurs…
  • Suis-je capable de dialogue avec les membres des autres religions ? Suis-je capable de témoigner de ma foi tout en recueillant et accueillant ce qu’il y a de vrai, de beau et de bon, chez les autres ?
  • Suis-je à l’écoute des questions existentielles et des souffrances de ceux que je côtoie ? Ai-je le désir d’annoncer Jésus Christ? Ai-je saisi telle ou telle occasion d’en parler ?

Fr. Benoît Bigard, 21 novembre 2015

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Donnons-leur des raisons d’espérer !

Chist Mgr de saint denis      Un peu déconnecté, du fin fond de mon Togo, ce n’est qu’à l’instant que je prends connaissance des derniers attentats de Paris : tristesse, colère, compassion, prière…

Est-ce le moment de faire de grands discours ? Pas vraiment, mais il se trouve que ces nouvelles me rejoignent  au moment d’écrire mon billet hebdomadaire, alors je vous livre quelques réflexions à chaud…

D’abord compassion et tristesse pour les victimes décédées ou blessées et leurs familles… Comment leur redonner espoir, et les préserver de la haine ?

Mais aussi compassion et tristesse pour ces terroristes manipulés, endoctrinés, croyant faire une bonne action en massacrant leurs semblables…

Nous nous sommes habitués à entendre parler d’attentats presque quotidiennement : il y a quelques jours un avion russe, avant-hier Beyrouth, hier Paris, demain… Depuis le début de l’année 2015, je trouve une liste, non exhaustive, de 91 attentats dans le monde, le pays le plus touché étant le Nigéria avec 26 attentats… L’attentat de Paris nous touche particulièrement, en tant que français, mais n’oublions pas les victimes quotidiennes du terrorisme…

La réponse ne peut pas être uniquement sécuritaire, mais avons-nous le choix de ne pas donner ce type de réponse à court terme ?

Quels moyens mettre en œuvre pour permettre à tous ces jeunes récupérés par les réseaux djihadistes de s’inventer un avenir, de se projeter dans une vie utile et féconde plutôt que mortifère et destructrice ?

Quand je vois tous ces jeunes, particulièrement ces jeunes africains que je côtoie tous les jours, et qui, grâce à la religion, sont animés de beaux idéaux, s’engagent, sèment le bonheur autour d’eux, sont remplis d’espérance, de confiance et de joie, alors qu’ils vivent dans des conditions matérielles très difficiles… Et quand je pense à un bon nombre de jeunes occidentaux désœuvrés, désenchantés, déboussolés… Je me dis que non, décidemment, ce n’est pas la sécularisation de la société qui est la solution, les ‘valeurs républicaines’ ne comblent pas une vie… Donnons-leur des raisons d’espérer !

Oui, comme chrétiens :

– Donnons des raisons d’espérer, aux familles en deuil, aux familles victimes de la violence, de la haine, de la guerre…

– Donnons des raisons d’espérer à ces jeunes, à ces déboussolés qui prennent le mal pour un bien, qui ne se voient pas d’avenir ou dont la conscience est totalement obscurcie par des manipulateurs fanatiques.

– Donnons des raisons d’espérer à ces peuples épuisés par la guerre, les violences, la misère.

– Donnons des raisons d’espérer à toutes celles et ceux qui ont dû quitter leur terre, leur famille, leur pays pour des raisons économiques ou pour fuir la violence.

– Donnons des raisons d’espérer au Nigéria, à la Syrie, à l’Irak, au Congo, à la Centre Afrique, à la Birmanie, à la Corée du Nord, à la France… à tous les peuples de la Terre. Malgré les apparences, nous n’avons jamais eu autant de moyens pour prendre notre avenir en main !

– Donnons des raisons d’espérer à chaque être humain que le Seigneur place sur notre chemin…

            La méditation sur l’Évangile de ce dimanche, écrite avant les dernières nouvelles, peut sembler un peu choquante, mais il n’en est pas moins vrai que notre vie d’ici-bas avec tous ces soubresauts passera. Cela ne doit pas nous désengager de ce monde mais au contraire nous permettre d’agir avec l’assurance d’un Monde qui avance vers sa Plénitude !


La vie par ici

     Par ici c’est le temps de l’harmattan qui vient de commencer : vent sec, nuits fraîches, poussière et journée chaude… Au milieu d’une nature luxuriante et paisible, bien éloignée des bruits de la violence…

À travers les vicissitudes de cette vie, poursuivons donc notre route et ne perdons pas notre temps pour vivre et partager à temps et à contretemps la foi, l’espérance et la charité !

Que les raisons d’espérer soient toujours les plus fortes !

 

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Dieu merci, nous ne sommes pas immortels !

Des hommes-machines ?

Des hommes-machines ?

15 novembre 2015, 33e dimanche année B, Mc 13,24-32 /

Les textes proposés pour la fin de l’année liturgique nous renvoient, comme chaque année, à la fin des temps, avec un langage apocalyptique pas très encourageant… Et pourtant « Évangile » veut dire « Bonne Nouvelle » ! Quelle est donc la Bonne Nouvelle de ce dimanche ? Que les étoiles tomberont du ciel ? Que l’humanité vivra une grande détresse ? Que les puissances célestes seront ébranlées ? Non, tout ceci est de l’ordre d’un langage révélateur –apocalyptique– d’autre chose… La Bonne Nouvelle c’est qu’un autre monde est en train d’advenir, que les souffrances d’ici-bas n’ont pas le dernier mot, que la Terre, comme le figuier est en train de préparer le temps de la récolte et des bons fruits. Mais avant de s’imaginer le Royaume de plénitude vers lequel nous avançons, et sur lequel l’Évangile n’est pas très explicite, la première Bonne Nouvelle de ce jour c’est peut-être, tout simplement, la réaffirmation que nous ne sommes pas immortels ! C’est-à-dire que cette vie, très insatisfaisante, nous n’aurons pas à la vivre éternellement… Plusieurs œuvres de science-fiction ont cherché à imaginer et souvent à dénoncer le mythe de l’immortalité mais voici qu’il revient en force, ces derniers temps sous la forme du transhumanisme, qui prétend, grâce à la science et à la technique, repousser très loin -voir abolir- le vieillissement et la mort. Comment promouvoir un autre désir ?

Dieu nous a préservés de l’immortalité !

La question est abordée dès le livre de la Genèse. L’auteur biblique constate d’abord l’ambivalence de notre vie humaine, révélée par la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal : prise de conscience de la nudité, c’est-à-dire de la fragilité humaine ; prise de conscience d’un rapport possible de domination entre l’homme et la femme ; prise de conscience d’une vie de labeur et de souffrance ; prise de conscience d’un mal tentateur ; prise de conscience d’une fraternité qui peut tourner mal ; prise de conscience d’une relation à Dieu ambivalente… Face à cette fragilité originelle, Dieu éloigne l’être humain de l’arbre de la vie, afin qu’il ne vive pas « cela » éternellement ! Et, il nous ouvre la véritable clef d’interprétation de notre vie ici-bas : ce n’est que le temps qui nous est offert pour apprendre à vivre, ou, si vous préférez, pour nous préparer à la vraie vie pour laquelle nous avons été créés. Le Seigneur ne veut pas, pour nous, une continuation sans fin de notre pénible vie ici-bas –une vie immortelle–, mais nous permettre de passer à un mode d’être bien différent, à ses côtés : une vie de ressuscités ! Tout le récit de la Création nous parle de cela : passer d’une vie immortelle, que l’on voudrait se construire par nous-mêmes et sans Dieu, à une vie de ressuscité, reçue de Dieu !

Mais la tentation de l’immortalité n’a jamais été aussi vive…

Transhumanisme : voilà le nouveau nom de ce rêve d’un humain tout puissant, libéré des « aspects indésirables de la condition humaine. »[1] De quoi s’agit-il ? Tout simplement d’associations, de mouvements, de scientifiques, de communs des mortels… qui veulent « sauver » l’humanité par la technologie. Comment ? En fusionnant de plus en plus l’homme avec des machines de façon à abolir la fragilité humaine. Il ne s’agit pas simplement de prothèses comme cela se pratique de plus en plus, mais d’augmenter les capacités intellectuelles, physiques et psychologiques de l’homme ; de lui permettre de vivre 500 ou 1000 ans disent les plus modestes ou tout simplement de devenir immortels ! Par exemple en transférant sa conscience, sa mémoire, ses capacités cognitive à une machine, à un robot, ce qui lui confèrerait l’immortalité, car la machine serait toujours réparable et améliorable. Et, ce n’est plus de la science-fiction car de très grands moyens financiers sont déjà mobilisés pour toutes ces recherches. Bien sûr tout ceci va de pair avec un athéisme revendiqué, une négation de Dieu et la conviction qu’il n’y a rien après la mort. Mais croyez-vous que ce type de vie immortelle, si tant est qu’elle devienne possible, est souhaitable ? Ne serait-ce pas une façon de prolonger les aléas de notre vie ici-bas, de la pire des manières, puisque nous ne serions plus nous-mêmes mais des hommes-machines ?

Comment promouvoir un autre désir ?

Dieu merci, ce mouvement n’est que minoritaire pour l’instant et d’autres de nos contemporains recherchent, au contraire, une vie plus proche de la nature, plus authentique, plus simple, et faisant place à la dimension spirituelle de la vie humaine. Mais comment détourner nos frères et sœurs de leurs rêves cauchemardesques ? Sinon en témoignant toujours, à temps et à contre temps de la Joie d’une vie à l’école de l’Évangile ? De la joie d’une vie de service, de la joie d’une vie d’espérance et de confiance en Dieu ? Une espérance à bien distinguer d’un espoir désespéré en un être imaginaire… Notre espérance se fonde un homme bien réel : Jésus Christ ; sur des millions de témoins qui nous ont précédé dans la foi ; sur notre propre expérience intérieure et sur des signes qui attestent de la présence et de l’action de Dieu dans notre vie. Il s’agit de ré-enchanter le monde en l’ouvrant sur l’espace de l’intériorité, du désir, de la confiance, de l’espérance et de la foi ! Oui, saurons-nous témoigner de la Bonne Nouvelle d’un Monde ancien qui passe, d’un Monde nouveau qui se déploie, d’un Créateur et Sauveur qui veut le meilleur pour l’humanité ?

Face aux tentations désespérées d’atteindre l’immortalité ?

Laisserons-nous résonner en nous et autour de nous la Bonne Nouvelle de l’Évangile ?

Dieu merci, nous ne sommes pas immortels !

[1] Cf. Max More, dans Principes extropiens 3.0, 2003 ; cité dans la Croix du 3 novembre 2015

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Réformer l’Église…

Le pape et son conseil rapproché...

Le pape et son conseil rapproché…

             Réformer n’est jamais facile, qu’il s’agisse d’une Nation ou d’une Église. Mais, dans l’Eglise catholique nous avons beaucoup d’avantages en ce domaine, comparé à une Nation…

             D’abord un cap bien clair et non-dépendant de la politique : c’est le cap de l’Évangile ! Voilà pourquoi, on a beau vouloir classer les papes entre conservateurs et progressistes, cela reste vain : regardez de près leurs textes, chaque pape cite constamment ses prédécesseurs. Evidement chaque pape, donne une direction particulière à l’Église durant son pontificat, mais toujours en avançant sur le même chemin : celui de l’Évangile ! François que l’on voudrait mettre à gauche et dans le clan progressiste, cite pourtant sans cesse Benoît XVI et Jean-Paul II qu’on voudrait classer à droite et du côté des conservateurs ou Paul VI et Jean XXIII du côté des réformateurs… La lunette des médias est particulièrement déformante s’il y manque le regard de la foi. Car l’Église n’est pas une institution simplement humaine, même si « là où il y a de l’homme il y de l’hommerie » comme disait saint François de Salle, elle ne cherche pas à promouvoir des valeurs, ou à être garante d’un ordre moral –le christianisme n’est pas une morale ! –, ou encore moins à défendre ses richesses et ses privilèges. L’Église cherche à être fidèle à Jésus Christ en annonçant l’Évangile, en célébrant sa foi et en servant l’humanité et en particulier les pauvres. C’est le rassemblement des humbles disciples du Christ, pécheurs, mais se sachant sauvés par le Christ.

         Deuxièmement, le pape n’est pas un homme politique élu pour un mandat et portant le souci de sa réélection ou de celle de son parti. Son élection n’est qu’une façon de mettre à la tête de l’Église un serviteur des serviteurs du Christ qui va chercher sans cesse et dans la prière à se mettre à l’écoute de l’Esprit de Dieu au service de l’Unité des disciples du Christ et de la Vérité de l’Évangile. Ceci lui donne une très grande liberté et une grande force. Regardez notre pape François, il avance sereinement sans se soucier, outre mesure, de ceux qui veulent lui mettre des bâtons dans les roues. Il connaît l’Évangile et les facettes de cet Évangile sur lesquelles il veut mettre l’éclairage : la miséricorde, la pauvreté, le dialogue, l’humilité, la fraternité, le compagnonnage sur le chemin de la vie etc… Il répète souvent d’ailleurs qu’il a peu de temps, et il se donne tout entier au service de l’Église et de sa remise sur les rails de l’Évangile.

                 Troisièmement, les rapports entre chrétiens et donc entre évêques, prêtres et pape ne sont pas régis par des rapports de pouvoir mais par des rapports d’obéissance. En effet, nous sommes tous, en tant que disciples du Christ, en quête de l’obéissance à la volonté de Dieu, et cette obéissance passe par des médiations : l’Écriture Sainte, la Tradition (vivante) de l’Église, des ministères ordonnés, des fonctions particulières dans l’Eglise. Comme le rappelait le pape au début du Synode : « Le Synode n’est pas un parlement où pour rejoindre un consensus on aurait recourt à la négociation, au pacte ou aux compromis ; l’unique méthode du Synode est celle de s’ouvrir à l’Esprit Saint avec courage apostolique, humilité évangélique et avec oraison confiante. » (Discours d’ouverture du synode)

                Ces remarques préliminaires veulent simplement vous donner quelques points de réflexion par rapport à la façon dont les médias, en général, nous présentent actuellement la situation de l’Église et de la curie romaine : Vatican leaks (fuites, divulgation d’informations confidentielles), évêques divisés, rivalités entre le pape et la curie… Bien sûr il y a des tensions et des confrontations, mais tout ceci est à mettre dans la perspective d’une Église et de pasteurs au service du même Évangile. On nous disait les évêques divisés durant le synode et pourtant ceux-ci ont publié un texte de 50 pages, travaillé durant trois semaines, dont tous les articles ont été votés à la majorité des deux tiers… Quel parlement arrive à ce genre d’exploit ?

                       On me rétorquera que ma vision de la papauté est trop idyllique, et on me ressortira les antipapes et les Borgia… mais par pitié, soyez sérieux ! Nous ne sommes plus au XIVe ni au XVe siècle. D’une part, nombre de personnes citent facilement les périodes scandaleuses de la papauté sans en connaître absolument rien, mais en se fondant uniquement sur des ouï-dire. Deuxièmement qui oserait reprocher aujourd’hui à un président de la république ou à la Reine d’Angleterre les mœurs des rois du XVe siècle ou des premiers républicains du XVIIIe et XIXe siècle ? Faisons donc la promotion d’un regard honnête intellectuellement sur l’Église de ce XXIe siècle et, en tant que chrétiens, posons d’abord un regard de foi sur l’Église, la papauté, les évêques. Cela ne veut nullement dire se mettre la tête dans le sable pour ne pas voir ce qui ne va pas, mais au contraire il s’agit de le dénoncer au nom de l’Évangile –et non de la pensée unique mondaine– et de soutenir le Pape François dans ses réformes qui ont le goût de l’Évangile.

              Merci François pour le travail déjà abattu en 20 mois de pontificat, et bonne continuation… Ne te fie pas aux critiques minoritaires, ni même à tes « fans », mais poursuis sereinement ce que tu as à faire, au nom de l’Évangile ! Nous sommes nombreux à te soutenir et à prier pour toi !


La vie par ici

         La semaine écoulée fut marquée par une session sur la dimension « solidaire des pauvres » de notre charisme. Elle fut animée par le P. Nicolas Tarralle, de la communauté de Ouaga, qui a conduit le groupe de 25 novices, postulants et pré-postulants à travers les questions de Justice et Paix ; de respect de la Création, de développement durable ; de commerce équitable ; de rapports économiques internationaux plus juste ; de proximité avec les pauvres etc… Outre les jeunes assomptionnistes en formation, les sœurs de la Providence de St André de Peltre et le noviciat du Puits de Jacob s’étaient joints à la session. Souhaitons que ce qui a été semé comme questions et ouvertures puisse porter de bons fruits parmi ces jeunes et dans nos congrégations…

            À part cela nous poursuivons notre petit bonhomme de chemin avec une session d’Internoviciat sur le discernement en perspective…

               Sur ces quelques nouvelles, bonne semaine à chacune et chacun…

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Se donner entièrement…

L'obole de la pauvre veuve...

L’obole de la pauvre veuve…

8 novembre 2015, 32e dimanche année B, Mc 12,38-44 /

               N’est-ce pas folie que ces deux pauvres veuves données en exemples dans la liturgie de ce jour. Elles n’ont presque plus rien et offrent ce peu qu’il leur reste au Seigneur ! Décidément l’Évangile n’est pas raisonnable… Mais notons bien d’emblée que si la première pose ce geste fou sur la parole du prophète Elie, personne, et en tout cas pas Jésus, ne dit à la veuve du temple de donner « tout ce qu’elle avait pour vivre » ! Alors, surtout, soyons très prudents dans la façon d’utiliser ce texte, il ne s’agit pas d’aller dire aux pauvres de donner le peu qu’ils ont à l’Église, mais plutôt de constater, comme le fait Jésus, que la foi et la générosité des pauvres est bien plus grande que la foi et la générosité des riches. Puisque nous méditions les béatitudes la semaine dernière, les textes de ce dimanche en sont de belles illustrations. « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ! » (Mt 5, 3) ou la version lucanienne : « Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous ! » (Lc 6,20) Accueillons donc ces textes comme des paraboles qui nous parlent du véritable disciple de Jésus : comme ces pauvres veuves, et comme Jésus, il est généreux ; comme ces pauvres veuves, et comme Jésus, il s’en remet entièrement à Dieu ; comme ces pauvres veuves, et comme Jésus, il donne toute sa vie pour l’avènement du Royaume de Dieu.

Une générosité à toute épreuve…

               Il serait facile d’actualiser ces textes… Deux grands milliardaires américains Bill Gates et Warren Buffet ont lancé un appel aux autres milliardaires de la planète pour qu’ils s’engagent à donner au moins la moitié de leur fortune à des œuvres de charité. En août 2015, 135 milliardaires, surtout américains, ont signé cet engagement. Ce qui permet de récolter des milliards de dollars au service d’un monde meilleur. Leur initiative est certainement louable et fera beaucoup de bien, mais les critiques ne manquent pas. Par exemple, la fondation Bill et Melinda Gates dispose d’un fonds de plus de 40 milliards au service de la santé et de l’éducation dans le monde et ses dons annuels dépassent les dépenses annuelles de l’OMS. Mais pourquoi quelques individus seraient-ils plus puissants que les organismes des Nations-Unies ? Et avec quelle légitimité peuvent-ils influencer le développement du monde dans tel ou tel sens, selon leur bon vouloir ? Mais si l’on en revient à l’Évangile, Warren Buffet a beau promettre d’aller jusqu’à donner 85% de sa fortune, il lui restera encore et toujours des milliards pour vivre. La pauvre veuve de l’Évangile avec ses deux piécettes, les plus petites pièces qui existaient à l’époque, aura donné plus que Bill Gates ou Warren Buffet, car elle aura donné tout ce qu’elle avait. Ne fixons donc pas trop les yeux sur les donateurs impressionnants, mais qui ne donnent jamais que de leur superflu, mais sachons ouvrir nos yeux à celles et ceux qui donnent en prenant sur leur nécessaire : leur générosité à toute épreuve peut nous inspirer !

Une confiance à toute épreuve…

         « Comment vous appliqueriez-vous à prier Dieu, si vous n’espériez pas en lui ? Et comment espéreriez-vous en lui si vous mettiez votre confiance dans des richesses incertaines ? » (St Augustin, Lettre à Proba). Il s’agit donc de mettre sa confiance dans le Seigneur et non point dans nos richesses, dans nos stratégies, dans nos calculs… Ces deux pauvres veuves nous parlent de cette confiance à toute épreuve. Remarquons bien que leur confiance n’est pas de l’ordre d’une confiance magique, comme si en faisant de grands sacrifices, Dieu ne pourrait que les exaucer. Non, il s’agit plutôt d’un abandon total en Dieu fondé aussi sur l’espérance de la Résurrection : « Si mon heure est venue, je m’en remets à Dieu qui prendra soin de mon âme et m’offrira le Salut, si mon heure n’est pas encore venue, Dieu me viendra en aide ! » La première lecture avec cette jarre de farine qui ne s’épuise pas et ce vase d’huile qui ne se vide pas, en réponse à la générosité de cette pauvre veuve envers Elie, me touche particulièrement. En effet, beaucoup de saints, d’hier et d’aujourd’hui, en ont fait l’expérience. Quand on accueille celles et ceux qui sont plus dans le besoin que nous et que l’on ne sait pas comment finir la fin du mois, le Seigneur vient à notre aide… Je pense à plusieurs témoignages : du père Arthur sur la péniche « Je sers » accueillant ceux qui se retrouvent à la rue ; à la sœur Marie-Stella avec son association « Vivre dans l’espérance » pour les malades du VIH Sida, et à bien d’autres qui témoignent de la providence du Seigneur qui jamais ne leur fit défaut. Lorsque l’on met en œuvre notre générosité, Dieu est encore plus généreux envers nous ! À l’heure du défi de l’accueil de migrants devant fuir leurs terres pour moult raisons, laissons-nous inspirer par la générosité et la confiance à toute épreuve de la veuve de Sarepta…

Un don de soi à toute épreuve…

             Je le disais, la figure de ces veuves, nous parle de la figure de Jésus. Ce n’est pas simplement de rapport aux biens dont il s’agit, mais de se donner soi-même à Dieu, comme Jésus qui a donné sa vie pour nous. Il ne s’agit pas de se donner à moitié, en mettant un peu sa confiance en Dieu tout en assurant ses arrières -en poursuivant par exemple certains recours aux féticheurs et autres charlatans- ; mais de s’en remettre entièrement au Seigneur : « Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera. » (Mt 10,39) Ces deux pauvres veuves nous disent aussi que nous sommes tous capables de donner au Seigneur : si nous ne possédons rien ou pas grand-chose, nous pouvons toujours lui donner notre vie : notre temps, notre générosité, nos prières, notre fraternité…

Quel grand témoignage que celui de ces pauvres veuves !

Comme elles, saurons-nous avancer sur le chemin

d’une générosité à toute épreuve,

d’une confiance à toute épreuve,

d’un don de soi à toute épreuve ?

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En novembre : faire mémoire !

Le caveau assomptionniste au cimetière de Montparnasse (Paris)

Le Caveau assomptionniste au cimetière de Montparnasse (Paris)

Le mois de novembre pourrait-être qualifié de mois de la mémoire et, en ce qui concerne notre congrégation religieuse, de mois de la mémoire assomptionniste.

En effet, d’un point de vue universel, le mois débute par la Fête de tous les saints, où il s’agit de faire mémoire de tous les disciples exemplaires du Christ qui nous ont précédés –qu’ils soient, d’ailleurs, canonisés ou pas–, une façon de rendre grâce pour leurs vies et de se rappeler que la sainteté est possible pour nous aussi. Puis s’en suit le 2 novembre, Fête de tous les fidèles défunts, l’occasion de se souvenir de celles et ceux qui ont marqué notre vie et dont nous sommes redevables, peut-être aussi, pourquoi pas, l’occasion de pardonner à certains de « nos » défunts pour ce qu’ils auraient pu faire de mal à notre égard ou de moins bien… Il n’est jamais trop tard pour accorder son pardon, même à des défunts. Prendre conscience de l’histoire compliquée de chacun, -de nos parents ou grands-parents par exemple- des propre blessures de leur enfance, permet de mieux comprendre qu’ils ont ‘fait avec’ ce qu’ils avaient et ce qu’ils étaient et qu’ils ont cherché à aimer du mieux qu’ils le pouvaient. Leur vie n’était pas parfaite, mais c’est grâce à eux que nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui. Le calendrier nous donne encore de faire mémoire de l’armistice de la première guerre mondiale, signée le 11 novembre 1918 à 5h15 en forêt de Compiègne. L’occasion de faire mémoire des millions de morts de ce conflit (estimés entre 18 et 21 millions), dans certains pays une bonne partie de la génération des 18-27 ans fut sacrifiée. Une occasion à saisir pour promouvoir sans relâche une culture de la paix et du dialogue, alors que reviennent en force, à notre époque, les solutions par les armes.

Caveau assomptionniste au cimetière de Montparnasse (Paris)

Caveau assomptionniste au cimetière de Montparnasse (Paris)

Sous l’angle assomptionniste c’est aussi le mois de la mémoire. Plusieurs dates nous sont offertes : le 6 novembre, nous fêtons tous les frères défunts de notre congrégation, ils sont aujourd’hui environ 2050 retournés à la maison du Père… Que de belles vies données, dont nous avons la chance de pouvoir faire mémoire grâce aux notices nécrologiques régulières et grâce aux six tomes de notices biographiques du père Jean-Paul Perier-Muzet, passé lui-même récemment du côté du nécrologe. C’est une grande chance, en congrégation, de pouvoir avoir ainsi accès à notre mémoire assomptionniste, beaucoup plus accessible souvent que nos mémoires familiales. Le 13 novembre nous fêtons tous les saints de l’ordre Augustinien et de la Congrégation –en référence au jour de la naissance de St Augustin, le 13 novembre 354– Nous fêtons en particulier, en ce jour, nos 3 bienheureux martyrs bulgares : Kamen, Pavel et Josaphat. Enfin le 21 novembre, nous fêtons le Dies Natalis (Jour de naissance au ciel), c’est-à-dire le jour de la mort de notre fondateur le Vénérable Emmanuel d’Alzon. L’occasion de prier pour la reconnaissance par l’Église de sa sainteté. Je suis de plus en plus effaré, en approfondissant la connaissance du père d’Alzon, et de ce qu’il suscite encore aujourd’hui dans le cœur des novices, de le voir non-béatifié alors que d’autres saints et bienheureux, notamment de fondateur ou fondatrices ayant eu bien moins d’envergure que lui, sont reconnus par l’Église… Je me dis que, décidemment, chez les assomptionnistes on ne sait pas promouvoir la cause de notre fondateur, mais cette modestie est peut-être tout à notre honneur…

Personnellement, novembre est aussi un mois pour faire mémoire. Mémoire du jour de ma naissance le 30, et du jour de mon ordination sacerdotale le 12 novembre 2000, il y a déjà 15 ans !, en l’Église Saint Bernard de Strasbourg.

Décidément novembre est bien le mois de la mémoire…

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Les B-attitudes…

Les béatitudes : au cœur de l’Évangile !

1er novembre 2015, Toussaint, année B, Mt 5,1-12a /

          Nous fêtons aujourd’hui la Toussaint. Mais, au fait, à quoi mesure-t-on la sainteté d’une personne ? À son zèle, à sa perfection, à son attitude durant la prière ? Pas vraiment, non ! Car la liturgie de ce jour nous indique l’instrument approprié : la sainteté se mesure à l’aide d’une échelle toute simple et redoutable, celle des Béatitudes ! Ce n’est pas pour rien qu’on parle des Bienheureux, ne sont-ce pas ceux qui ont vécu les béatitudes, ou plutôt La béatitude en ses huit aspects complémentaires ? Ce récit évangélique peut toujours être contemplé sous deux aspects : le premier mettant l’accent sur la consolation : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » et le second mettant l’accent sur les B-attitudes, les bonnes attitudes à cultiver : « Heureux les artisans de paix ». La version de Matthieu,    proposée à notre méditation, insiste plus sur le second aspect. Alors posons-nous trois questions : Avec quelle échelle de valeurs est-ce que je regarde l’autre ? Avec quelle échelle de valeurs est-ce que je me regarde ? Avec quelle échelle de valeurs Dieu me regarde-t-il ?

Avec quelle échelle de valeurs est-ce que je regarde l’autre ?

            Qu’est-ce qui suscite, chez moi, l’appréciation d’une personne ? Sa beauté physique ? Sa prestance ? Son intelligence ? Sa force ? Son courage ? Interrogeons l’échelle des béatitudes : elle nous parle de pauvreté de cœur, de sensibilité (ceux qui savent pleurer), de douceur, de quête de justice, de miséricorde, de pureté de cœur, de travail infatigable en faveur de la paix, de persécution en raison d’engagements pour la justice. Voilà donc ce que nous devons admirer dans la vie de celles et ceux qui nous entourent. Cela ne donne pas des figures forcément très médiatiques, des gens de belle apparence, mais certainement des personnes avec des regards resplendissants d’amour.

Avec quelle échelle de valeurs est-ce que je me regarde ?

            Personnellement qu’est-ce que j’entends par réussir ma vie ? Une vie semblable à certaines stars : sportifs, chanteurs, acteurs –qui ne brillent d’ailleurs qu’un moment– ; une vie avec de l’argent à profusion qui risque fort de me brûler les doigts et que je n’emporterai pas dans la tombe ; une vie de plaisir et d’insouciance ? Quels sont mes modèles ? Drogba ? Adebayor ? Lady Gaga ?… ou Saint François ? Mère Térésa ? Martin Luther King ? Sans forcément dévaloriser les premiers, ce sont tout de même ces derniers qui incarnent les béatitudes… Alors pourquoi ne pas cultiver au quotidien les B-attitudes, c’est-à-dire les Bonnes attitudes : pauvreté de cœur, compassion, douceur, justice, pardon, pureté, paix, fidélité… D’ailleurs il ne s’agit pas d’en choisir une, elles vont toutes ensemble. Mais nous pouvons parler d’échelle –dans la logique de la tradition spirituelle monastique– car les différentes béatitudes nous proposent différents degrés à gravir pour grandir en sainteté. Car, par ailleurs, nous sommes tous déjà un peu saints, non ?

Avec quelle échelle de valeurs Dieu me regarde-t-il ?

            « Heureux les pauvres de cœur… Heureux ceux qui pleurent… Heureux ceux qui ont faim et soif de justice… » : C’est le Seigneur qui nous dit cela ! Il porte sur chacun d’entre nous son regard d’amour et de compassion. Non, Lui ne s’arrête pas à notre réussite, à notre efficacité, à notre paraître, il ne voit que notre cœur : cœur affligé, cœur éprouvé, cœur généreux, cœur aimant, cœur compatissant… C’est aussi cela les béatitudes : le regard de Dieu qui nous relève au cœur de nos épreuves, la promesse d’une consolation, la confirmation que nous sommes sur la bonne voie quand nous faisons nôtres les B-attitudes, et l’assurance qu’il se tient à nos côtés. Cela aussi les saints l’avaient compris…

Fête de la Toussaint,

Fête des B-attitudes,

Fête de chacun d’entre nous…

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