Fin de synode…

Synode... à suivre...

Synode… à suivre…

           Nous avons suivi attentivement les travaux du synode des évêques, d’autant plus que, dans notre émission radiophonique du mardi, intitulée « Parole d’Église pour aujourd’hui. », nous cherchons à présenter, au plus grand nombre, les textes du magistère de l’Église. Après avoir bouclé la lecture attentive de Laudato Si’ sur plusieurs mois, nous avons parcouru sur les ondes l’instrumentum laboris, le document de travail des évêques réunis en Synode. Ce samedi matin, il n’est pas évident de se prononcer puisque c’est durant cette fin de semaine que nous en saurons plus. D’après les échos, suite à la première mouture du document final présenté jeudi dernier aux pères synodaux, les évêques sont parvenus, comme on pouvait s’y attendre, à un texte équilibré –et donc peu audacieux- « entre évêques soucieux de réaffirmer l’enseignement de l’Église catholique sur le mariage et ceux mettant aussi l’accent sur l’accompagnement à offrir aux personnes s’écartant de cet enseignement. » « Le document final a fait l’objet de demandes de précisions. En particulier devant la brèche ouverte à un éventuel accès des divorcés-remariés aux sacrements par un chemin de discernement accompagné par un prêtre selon des critères établis par son évêque. Des pères synodaux se sont inquiétés que cela ne conduise à faire valoir la conscience individuelle devant la loi morale alors que la conscience requiert d’abord d’être éclairée par l’enseignement de l’Église. ‘Des intervenants ont demandé des clarifications quant au rôle des évêques locaux à qui il faudra fournir des critères objectifs de discernement’, ajoute Romilda Ferrauto, porte-parole francophone du Synode. »[1]

       Les évêques de différents bords –s’ils se sont un peu neutralisés mutuellement– ont pu, en tout cas, se parler et s’ouvrir un peu plus à la vision de leurs confrères d’autres cultures ou d’autres sensibilités. Plusieurs évêques ont noté que la liberté de parole était sans comparaison avec les synodes précédents. La grande partie du travail en groupes linguistiques a permis justement un dialogue plus simple et plus profond entre les participants. La plus grande synodalité voulue par le pape François et rappelée lors de son discours de samedi dernier à l’occasion des 50 ans de l’institution du Synode des évêques par Paul VI en 1965, est donc déjà en marche.

         Quelles avancées concrètes ce synode permettra-t-il ? Tout dépendra de la mise en œuvre. Il semble que les pères synodaux aient voulu laisser plus de place à une pastorale adaptée suivant les pays et les diocèses. C’est-à-dire en laissant plus de latitude aux conférences épiscopales et aux évêques, cela pourrait permettre effectivement de belles avancées. Par ailleurs, nous ne savons pas encore quelle suite le pape donnera aux travaux des pères synodaux. Il a laissé entendre, lors de sa rencontre avec la commission de rédaction du document final, que les évêques devaient prendre leurs responsabilités et ne pas se défausser en demandant systématiquement au pape de trancher les questions épineuses. Nous voyons par-là que le pape aura le souci de se situer dans la continuité des travaux synodaux, mais jusqu’où prendra-t-il des initiatives pour trancher certaines questions, nous ne le savons pas pour l’instant, surtout que le pape François nous a habitué à quelques surprises… En principe le texte final remis au pape devrait être rendu public avec éventuellement le nombre de voix obtenues pour chaque paragraphe (come lors du synode de l’année passée) et ensuite, toujours en principe, une exhortation post-synodale du pape François devrait s’en suivre dans les mois à venir… À suivre donc…

 


La vie par ici

           La semaine fut marquée par notre traditionnelle session sur la « relecture de son histoire affective ». Espérons qu’elle aura permis aux novices de faire un pas de plus dans la reconnaissance de leur parcours et dans l’acceptation de ce qui les a façonnés. Ce peut-être l’occasion, parfois, d’avancer sur un chemin de pardon et d’action de grâce ; c’est toujours une opportunité pour le groupe des novices de mieux se connaître mutuellement et donc de mieux comprendre les façons d’être de chacun en fonction de leur histoire personnelle singulière. En général cela apporte plus de tolérance, de compréhension et de soutien mutuel sur le chemin de la vie.

Sur ces quelques nouvelles, bonne semaine à chacune et chacun,

Bonne route sur le chemin de la vie, avec peut-être le soutien de la Prière du cœur

 

[1] Cf. Article de Sébastien Maillard sur La-Croix.

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La Prière du cœur…

Christ Pantocrator

Christ Pantocrator

25 octobre 2015, 30ème dimanche, année B, Mc 10,46b-52 /

Un cri, dans le brouhaha de la foule retentit : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi ! » (Mc 10,47) et l’aveugle Bartimée d’insister : « Fils de David, prends pitié de moi ! » (Mc 10,48)… Ce cri, cette prière toute simple, rejoint d’autres cris de l’Évangile… Celui du publicain dans le Temple de Jérusalem : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. » (Lc 18,10) ; le cri de Pierre qui s’enfonce dans l’eau : « Seigneur, sauve-moi ! » (Mt 14,30). Dans tous ces cas, remarquons-le, la prière sera exhaussée ! Cette prière toute simple avec ses variantes aura un grand succès dans les Églises de tradition orientale, c’est ce qu’on appelle « la Prière du cœur » ou « la Prière de Jésus » : « Seigneur, prends-pitié de moi ! » ou « Kyrie eleison » ou « Seigneur fais-nous miséricorde » ou une version plus développée : « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. » ou encore celle-ci que je préfère : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, prends pitié de nous, pécheurs. » La Prière de Jésus est un des plus importants éléments de la spiritualité orthodoxe ; elle peut être considérée comme la « perle précieuse » de la spiritualité orthodoxe. C’est une prière toute simple, c’est une prière complète, c’est une prière à essayer…

Une prière toute simple…

La forme extérieure de la Prière est très simple : elle consiste à invoquer aussi fréquemment que possible le saint Nom de Jésus en une formule toute simple, celle qui nous convient le mieux[1]. Une des formes de cette prière consiste à répéter simplement « Jésus », mais la formule la plus répandue en orient est « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » L’intérêt spirituel de cette pratique consiste en « la descente de l’intelligence dans le cœur » : ce que je comprends avec mon intelligence, je le saisis, je l’accepte et je l’embrasse avec tout mon être, avec mon cœur, dont le cœur physique est le symbole. C’est ainsi que la prière devient véritablement la « Prière du cœur ». Elle peut donc nous accompagner dans toutes nos activités et ainsi être prononcée intérieurement en permanence, sans interruption, afin de répondre à l’exhortation de St Paul de « prier sans cesse » (1Th 5,17). Cette prière devient perpétuelle, si bien que même la nuit, selon une expression du Cantique des cantiques que les moines orthodoxes prennent comme devise : « Mon corps dort mais mon cœur veille » (Ct 5,2). En orient on a l’habitude d’utiliser un chapelet de laine pour aider au rythme de la répétition. C’est d’ailleurs ce chapelet qui est à l’origine du chapelet musulman servant à égrainer le nom de Dieu. On peut aussi bien l’utiliser dans un temps de méditation silencieux que dans un temps de travail où nos mains sont occupées à autre chose. Bien sûr c’est une formule pleine de richesse spirituelle, nous allons le voir, mais la pratique consiste plutôt à ne pas se focaliser sur les mots, mais à diriger notre esprit vers le Sauveur, grâce à ces mots porteurs. Il s’agit de les répéter de moins en moins avec l’intellect mais de plus en plus avec le cœur.

Une prière complète…

« Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » Regardons chaque terme. « Seigneur ! » : rien que ce mot est plein de richesse, en le proclamant nous reconnaissons Jésus comme le Seigneur de notre vie, celui dont nous voulons faire la volonté à chaque instant, car nous savons qu’il nous aime et veut pour nous le meilleur. « Jésus Christ » : nous confessons ici l’incarnation du Verbe de Dieu en Jésus, le nom que lui donnèrent Marie et Joseph et, en le nommant Christ, nous confessons sa Divinité, sa Transfiguration, sa Résurrection. Il est l’oint de Dieu (c’est ce que signifie christ). Quand nous disons que Jésus est le Christ, nous confessons qu’il est le Messie attendu, le Sauveur, le Rédempteur de l’humanité… « Fils de Dieu » : cette prière est aussi trinitaire, car le Fils fait référence au Père et leur amour mutuel c’est l’Esprit Saint. En priant le nom de Jésus Christ, Fils de Dieu, nous rendons grâce pour la Sainte Trinité qui a pris chair en Jésus de Nazareth pour assumer et exalter notre humanité… « Aie pitié de moi, pécheur. » : cette formule confesse à la fois la miséricorde de Dieu et notre incapacité à avoir une vie belle et bonne, ici-bas, sans le secours de la grâce de Dieu. Pour échapper à la connotation un peu dévalorisante du mot pitié, plusieurs préfèrent traduire cette fin de phrase par « fais-nous miséricorde. » Cela a aussi l’avantage d’élargir notre prière vers une dimension plus communautaire. Ce ne sont là que quelques exemples des aspects de notre foi contenus dans cette prière.

Une prière à essayer

« Avant de prononcer le nom de Jésus, il faut d’abord essayer de se mettre soi-même en état de paix et de recueillement, puis implorer l’aide du Saint-Esprit par lequel seul on peut dire que Jésus est le Seigneur (1 Co 11,3). Tout autre préliminaire est superflu. De même que, pour nager, il faut se jeter à l’eau, ainsi faut-il tout d’un coup se jeter dans le nom de Jésus. Ce nom ayant été prononcé une première fois avec une adoration aimante, il n’y a qu’à s’y attacher, à y adhérer, à le répéter lentement, doucement, tranquillement. »1

L’aveugle Bartimée a su reconnaître en Jésus le Messie, le Fils de David et crier vers lui son besoin, s’aurons-nous, nous aussi crier vers Jésus pour le confesser comme Seigneur de notre vie et recevoir de lui tout ce dont nous avons besoin pour vivre ? La ‘Prière du cœur’ peut nous y aider :

Une prière tout simple…

Une prière complète…

Une prière à essayer…

[1] Pour aller plus loin voir : http://www.pagesorthodoxes.net/coeur/coeur-c.htm dont je me suis largement inspiré.

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Au rythme des saisons

Alors que la une des journaux est remplie, surtout, de la folie des hommes, qu’il est bon de contempler la nature, d’apprendre de sa patience et de sa générosité. Avec la fin de la saison des pluies c’est le temps des récoltes : haricots, maïs, soja, tournesol, fruits de la passion, papayes, bananes, ananas sont quelques-uns des bienfaits de notre coin de noviciat. Plutôt que de vous faire de grands discours, j’aimerais juste, aujourd’hui, vous partager quelques photos de notre belle nature, qu’elles puissent inspirer la contemplation de votre propre coin de Terre !

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Une nouvelle sainte famille !

Zélie et Louis Martin

Zélie et Louis Martin

18 octobre 2015, 29ème dimanche, année B, Mc 10,35-45 /

Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire… Journée mondiale des missions… Synode sur la famille… Canonisation de Louis et Zélie Martin… La tête me tourne un peu au moment d’aborder cette méditation. Sur quoi s’arrêter : l’évangile du jour, la lettre du pape François à l’occasion de la journée des missions, les échos du Synode, le couple Martin ? Eh bien, une fois n’est pas coutume, je voudrais m’arrêter avec vous sur la famille Martin, une famille qui, comme son nom l’indique, aurait pu passer inaperçue, une famille qui n’a rien vécu d’extraordinaire et qui, pourtant, a habité son « ordinaire » avec une grande foi et un grand abandon au Seigneur. N’illustre-t-elle pas l’évangile de ce jour : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur » (Mc 10,43) ?  Et puis s’arrêter sur cette famille nous permet également d’aborder le souci missionnaire de tout disciple du Christ -nous le verrons-, ainsi que le souci des pères synodaux et du pape en particulier, de nous proposer le foyer chrétien comme lieux de sanctification.  Un autre facteur détermine mon choix : c’est tout de même la première fois, dans toute l’histoire de l’Église que sont canonisés, ensemble, deux époux. Dans le passé il y a eu des époux canonisés séparément (saint Henri en 1146 et sainte Cunégonde en 1200 par exemple), des époux béatifiés ensemble (Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi en 2001) ; mais cette première canonisation simultanée de Louis et Zélie Martin (béatifiés ensemble en 2008) est un message fort à l’adresse de toutes les familles du monde qui peuvent être des foyers de sanctification. Arrêtons-nous sur cette famille qui ne manqua pas d’épreuves et où chacun pourra se retrouver dans tel ou tel aspect de leur vie.

Une vie de famille voulue par Dieu.

Louis et Zélie n’ont pas désiré au départ fonder une famille chrétienne, mais tous deux avaient d’abord songé à la vie religieuse. Vers 22 ans, Louis voulu entrer au monastère du Grand Saint Bernard, chez les chanoines réguliers de saint Augustin. Mais ne maîtrisant pas suffisamment le latin son projet n’aboutit pas. Zélie, quant à elle, souhaitait entrer à l’Hôtel-Dieu d’Alençon mais n’y fut pas admise par la supérieure. Chacun évolua donc dans son métier, Louis comme horloger et Zélie à la tête d’un atelier de dentelières. Tous deux étant toujours bien engagés dans la vie chrétienne. Louis, par exemple fréquente le cercle Vital Romet qui réunit de jeunes adultes chrétiens et s’engage à la conférence St Vincent de Paul (œuvre sociale). Ce n’est qu’en 1858 qu’ils se rencontreront et se marieront, lui ayant 35 ans et elle 27. Toujours marqués par leur désir de vie de sainteté et de vie religieuse ils décidèrent, au départ, de vivre comme frère et sœur dans la continence perpétuelle, mais leur confesseur les en dissuada. Voilà donc déjà quelques aspects qui pourront rejoindre certains : projet de vie religieuse contrarié, mariage tardif, souci de gagner sa vie…

Une famille marquée par les épreuves…

C’est donc après bien des détours que cette famille, voulue par Dieu, devint une vraie famille chrétienne féconde. Ils donneront naissance finalement à 9 enfants, 7 filles et deux garçons, mais 4 mourront en bas âge, seules cinq des filles atteindront la vie adulte : Marie, Pauline, Léontine, Céline et Thérèse. Outre cette douleur des enfants partis trop vite, la famille ne sera pas épargnée par d’autres épreuves : tourments pour la survie et l’avenir de leurs enfants, Léonie enfant difficile, soucis économiques et professionnels, inquiétudes dues aux aléas politiques du pays et cancer du sein pour Zélie qui entrainera sa mort à 46 ans alors que la petite dernière, Thérèse, n’a que 4 ans. Après 19 ans de vie commune, Louis se retrouve veuf et la famille doit déménager à Lisieux pour se rapprocher du frère de Zélie et de son épouse afin qu’ils puissent apporter leur aide pour l’éducation des cinq filles. Dernière épreuve dans la vieillesse de Louis avec une maladie occasionnant de graves troubles mentaux, ce qui ne manqua pas de faire parler les médisants accusant les cinq filles d’avoir abandonné leur père. Dans toutes ces épreuves ils s’en remettent à la volonté de Dieu : « Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du Bon Dieu et d’attendre les évènements dans le calme et l’abandon à Sa volonté. C’est ce que je vais m’efforcer de faire.  1  Sommes-nous disponible au même abandon ?

Une famille missionnaire…

Avec leur cinq filles

Avec leur cinq filles

Car, en effet, cette famille est missionnaire : Zélie avait demandé à Dieu de nombreux enfants « pour qu’ils lui soient tous consacrés. »… Elle sera comblée, même si ce n’est pas tout à fait de la manière envisagée. Les parents désiraient un fils prêtre pour les missions… Les garçons ne survivront pas… « Madame Martin faisait prier ses ainées chaque soir pour réclamer à St Joseph un petit frère qui, un jour, offrira l’hostie et s’en ira en terre lointaine… Ayant le désir d’offrir à Dieu un prêtre qui serait missionnaire, Louis et Zélie Martin avaient à cœur de soutenir les œuvres missionnaires. Ils furent parmi les premiers inscrits à l’œuvre de propagation de la foi que venait alors de fonder Pauline Jaricot. »[1] C’est en Thérèse que s’accomplira leur vœu : patronne des missions ! Ils désiraient offrir leurs enfants au Seigneur, quatre d’entre eux leur seront enlevés en bas âge. Au décès d’Hélène, âgée de 5 ans, la maman écrit dans une lettre : « Quand Louis est rentré et qu’il a vu sa pauvre petite fille morte, il s’est mis à sangloter en s’écriant : ‘ma petite Hélène, ma petite Hélène !’ Puis nous l’avons offerte ensemble au Bon Dieu. »1 Les cinq filles parvenues à l’âge adulte deviendront religieuses : quatre carmélites et une visitandine. Louis accepte dans la foi la vocation de ses filles. « A l’annonce de l’entrée de Céline au Carmel, le 15 Juin 1888 : ‘Viens allons ensemble devant le Saint Sacrement remercier le Seigneur qui me fait l’honneur de prendre tous mes enfants’. »1 Quel zèle pour l’annonce de l’Évangile !

Oui toutes nos familles humaines, à travers les joies et les épreuves, peuvent devenir des lieux de sanctification. Rendons grâce à Dieu pour la famille Martin qui veut soutenir toutes nos familles ici-bas :

« Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre » disait sainte Thérèse,

Ne doutons pas que sainte Zélie et saint Louis

sont animés de la même sollicitude à notre égard !

 

[1] Site Internet du sanctuaire d’Alençon : http://louiszeliemartin-alencon.fr/

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Ces frères de l’autre côté…

Le père Jean-Paul Périer-Muzet

Le père Jean-Paul Périer-Muzet

           Nous avons la joie, en congrégation religieuse, de faire mémoire, à chaque eucharistie quotidienne, au jour anniversaire de leur Dies Natalis, des frères qui nous ont précédés sur le chemin de la vie religieuse et qui ont déjà fait leur pâque vers Dieu. Or, avec les années qui avancent, on commence par connaître plus de frères dans le nécrologe que de frères vivants… Dieu merci, je n’en suis pas tout à fait-là, mais je n’ai pas osé commencer le décompte. Bien évidemment ce phénomène n’est pas propre à la vie religieuse… D’en prendre conscience peut susciter soit l’effroi de sentir que notre tour approche, soit le réconfort de savoir que nous les retrouverons prochainement. En écrivant, je prends conscience, une fois de plus, de la grande force de la vie religieuse qui nous fait entrer dans une famille bien plus large que notre famille de sang. Ce n’est certes pas le seul lieu pour élargir notre champ relationnel, mais je trouve que dans la vie religieuse cet élargissement est bien réel et durable. Nous avons effectivement des frères de tous âges, de toutes cultures, sur différents continents, avec qui nous avons vécu au quotidien dans la même maison, et pas seulement avec qui nous aurions eu des relations de travail, d’amitié ou de détente…

         Je prends conscience donc que, de la même manière qu’ici-bas j’ai de nombreux frères sur les cinq continents, j’ai également dans le ciel de nombreux frères qui veillent sur moi, qui me préparent une place, qui me donnent la force de poursuivre le chemin ici-bas, en mettant pleinement à profit le temps qui m’est offert pour contribuer à un monde plus beau, plus juste, plus fraternel.

       C’est le départ d’un de nos frères qui suscite en moi ces quelques réflexions. Ce n’est pas le premier assomptionniste que j’ai connu, mais, je crois, le deuxième. Je veux parler du père Jean-Paul Perier-Muzet. En effet, alors que j’étais étudiant à l’E.N.S. de Cachan, notre aumônier était assomptionniste : d’abord le père Jean-Louis Pasquier, déjà bien atteint par la maladie de parkinson -encore un de mes frères au ciel-, puis le père Jean-Paul Perier-Muzet. Ce ne furent pas des années faciles pour lui, entre la communauté de Cachan, rue de la Marne, puis la communauté d’Antony et un travail de « pioupiou », selon son expression, à Bayard, au milieu des vieilles revues et vieux bouquins à dépoussiérer et trier… Avec un ami de l’époque, nous avions la chance de lui apporter de temps et temps quelque réconfort grâce à de mémorables parties de cartes. J’eu la joie de le retrouver, quelques années plus tard, au noviciat, où il était beaucoup plus dans son élément… De belles années, grâce auxquelles il marqua de nombreuses générations de novices, non seulement par sa passion et sa verve relative au père d’Alzon, mais aussi par les bleus sur les épaules fruit d’une fraternité virile et appuyée. Ce ne sont pas les anecdotes qui manquent à son sujet et j’en transmets plus d’une à mes propres novices… Son travail sur le père d’Alzon est connu de tous. Je crois, sans me tromper, pouvoir dire qu’il fut l’archiviste de la congrégation le plus productif depuis notre fondation. J’imagine la rencontre de Jean-Paul avec le père d’Alzon : un moment certainement mémorable !

         Frères de l’autre côté, préparez-nous bien la route, ne soyez pas trop pressés de nous retrouver et soutenez-nous de tout votre possible pour notre marche laborieuse ici-bas !


La vie par ici

       Les réunions de rentrée se poursuivent : chapitre local du noviciat, chapitre local de la communauté de Komah, rencontre de travail entre nos deux communautés, lundi dernier, reste encore la rencontre des cinq supérieurs des communautés de la famille de l’Assomption de Sokodé à venir pour finir de lancer l’année.

          Le travail ne manque pas. Je me suis rajouté cette année un nouveau cours avec les pré-postulants, cela veut dire que rien qu’en ce qui concerne les cours cela me prend déjà 14h par semaine. Je poursuis toujours l’émission de radio sur les textes du magistère de l’Église, le cours biblique à la paroisse et le suivi des conférences, dans le cadre de l’espace d’Alzon, au Centre culturel. J’ai plusieurs sessions à animer dans les semaines à venir : une session sur la relecture de son histoire affective, au noviciat, et une session sur le discernement dans le cadre de l’Internoviciat de Kara. Bien sûr, à part cela, les temps d’accompagnements des novices et de quelques autres se poursuivent, ainsi que les célébrations eucharistiques en paroisse, chez nos sœurs et à la radio. Voilà donc, en gros, comment l’année reprend son rythme de croisière…

            J’imagine que pour vous également ce temps de reprise ne manque pas de défis !

       Que le Seigneur, et ceux qui vous ont précédés auprès de lui, vous soutiennent dans votre marche, afin que vous puissiez toujours mieux contribuer à un monde plus beau, plus juste et plus fraternel.

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La sagesse et la richesse ?

Salomon, sage et riche...

Salomon, sage et riche…

11 octobre 2015, 28ème dimanche, année B, Mc 10,17-30 /

Peut-on rechercher à la fois la sagesse et la richesse ? On peut bien répéter que « l’argent ne fait pas le bonheur », on aime aussi entendre « …mais il y contribue. » Que faire alors des textes de ce jour ? D’abord l’extrait du livre de la Sagesse est édifiant à cet égard, car assez ambigu. D’une part, l’auteur[1] nous dit qu’il a préféré la sagesse à toute richesse : « À côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas mise en comparaison avec les pierres précieuses… » (Sg 7,8-9) ; d’autre part, il semble bien heureux de nous dire que « Tous les biens me sont venus avec elle, et par ses mains une richesse incalculable. » (Sg 7,11). D’ailleurs, Dieu lui-même ne dit-il pas à Salomon : « Voici que je te donne un cœur sage et intelligent… Et même ce que tu n’as pas demandé, je te le donne, richesses et gloire, au point que parmi les rois il n’y aura personne comme toi, pendant tous tes jours. » (1R 3,11) ? A-t-on alors raison d’opposer la sagesse et la richesse ? Jésus, dans l’évangile de ce jour semble, lui, plus explicite : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu ! » (Mc, 10,23). « Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. » (Mc 10,24) et nous aussi ! Sortons donc des discours simplistes tout en nous laissant interroger par la Parole de Dieu.

Posséder est d’abord nécessaire pour exister…

Ecoutons Sr Lucie Licheri, qui fut longtemps enseignante et maîtresse des novices chez les Petites Sœurs de l’Assomption : « Notre personnalité se construit par la possession des choses. La psychanalyse confirme ce constat qui est, en soi, bien empirique. »[2] Avant d’avancer sur un véritable chemin de pauvreté, « il convient de reconnaître ses propres besoins, sans censure prématurée. »[3] « J’aimerais tellement pouvoir me passer de livres, de disques, de vêtements et être déjà arrivée à ce dépouillement de fond qui laisse toute la place à l’essentiel, à cause du Christ. Oui. Mais, pour l’instant, cela me rend malade, ou agressive, ou dépressive… Je suis donc invitée à reconnaître [avec humilité] que, pour l’instant, je n’en suis pas là. Accepter ses besoins tels qu’ils sont en réalité est un chemin humain, donc un chemin hautement spirituel. »[4] Jésus  ne condamne pas l’homme riche qui n’est pas prêt à vendre tout ce qu’il possède, il constate simplement que le chemin sera, pour lui comme pour tous ceux qui possèdent des richesses, long et difficile… Demandons-nous, en vérité : « quels sont mes besoins aujourd’hui ? »

Se séparer de ce qui ne fait plus vivre…

Mais il s’agit aussi de savoir se séparer de ce qui ne fait plus vivre. « Mouvement d’appropriation et mouvement de désappropriation : les deux sont indispensables pour une croissance humaine et spirituelle. Nous ne devrions posséder que ce que notre esprit et notre activité sont capables de faire vivre ; et qui, réciproquement, nous aident à vivre. »[5] Un chemin s’ouvre alors, à un rythme propre à chacun : « Pouvoir se dire : ‘J’en suis là, à ce point-là, qui m’est spécifique.’ Un point seuil où je vais renoncer à tel bien qui m’a aidée pendant quelques années, mais dont je peux me passer aujourd’hui, pour donner priorité à tel autre bien, qui me devient précieux. Ce point seuil m’est propre. Je ne peux le comparer au point seuil de ma sœur en communauté. Tout dépend de son chemin, de son histoire, de l’appel du Christ qu’elle entend aujourd’hui. »[6] Et sœur Lucie Licheri de partager l’exemple très parlant d’une novice constatant l’écart entre la chambre totalement dépouillée et vide d’une sœur aînée et sa propre chambre encore bien pleine de tas de choses dont elle a encore besoin… Posons-nous la question : ce que nous possédons nous est-il encore utile pour vivre aujourd’hui ?

S’attacher à un Bien meilleur…

Quitter, mais pour quoi ? « Le mouvement humain n’est pas de quitter quelque chose pour le vide. Le choix humain est de quitter quelque chose pour trouver autre chose de meilleur pour soi aujourd’hui. »[7] Madeleine Delbrêl, qui vécut parmi les pauvres du monde ouvrier, nous dit la même chose : « Être pauvre ce n’est pas intéressant ; tous les pauvres sont bien de cet avis. Ce qui est intéressant c’est de posséder le Royaume des cieux, mais seuls les pauvres le possèdent. Aussi, ne pensez pas que notre joie soit de passer nos jours à vider nos mains, nos têtes, nos cœurs. Notre joie est de passer nos jours à creuser la place dans nos mains, nos têtes, nos cœurs, pour le Royaume des cieux qui passe. Car il est inouï de le savoir si proche, de savoir Dieu si près de nous […] Et de ne pas lui ouvrir cette porte, unique et simple, de la pauvreté d’esprit. »[8] Après quel Bien meilleur, courons-nous ? « Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui… » (Mc 10,17)

Alors… la sagesse et/ou la richesse ?

Ne nous culpabilisons pas trop vite, mais sachons :

Reconnaître nos besoins aujourd’hui,

Nous séparer de ce qui ne fait plus vivre,

Et nous attacher à un Bien meilleur !

[1] L’auteur est censé être Salomon, mais le livre de la Sagesse date du 1er siècle av. J-C alors que Salomon fut roi au Xe siècle av. J-C.

[2] Lucie Licheri, Par un simple oui, Paris, Cerf, 2003, p.70.

[3] Ibid., p.73.

[4] Ibid., p.74.

[5] Ibid., p.80.

[6] Ibid., p.82.

[7] Ibid., p.82.

[8] Madeleine Delbrêl, La porte du Royaume, Études Carmélitaines, 1947, pp. 185s.

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Synode sur la famille…

S'approcher des familles...

S’approcher des familles…

            C’est ce dimanche que s’ouvre le second volet du synode des évêques sur la famille.

          Un synode pas comme les autres, vu l’ampleur de la démarche déployée. Rappelons-nous que c’est en octobre 2013 que les travaux ont débuté avec le premier document de préparation (lineamenta), suivi d’un premier questionnaire envoyé aux catholiques de base. Puis s’en vint, en juin 2014, le premier instrument de travail (instrumentum laboris) présentant une synthèse des réponses à ce questionnaire. Base sur laquelle se sont rencontrés les évêques, en octobre 2014, dans une première configuration du synode appelée « assemblée extraordinaire », c’est-à-dire avec une représentation plus restreinte que lors des assemblées ordinaires. Les travaux de ce synode ont abouti à un document faisant la synthèse des débats : la ‘relatio synodi’. Suite à cette première assemblée, un second questionnaire fut envoyé aux catholiques de base. Enfin un second instrument de travail (instrumentum laboris) fut promulgué en juin 2015, sur la base de la ‘relatio synodi’, enrichie des réponses au second questionnaire. C’est donc à partir de ce document que se rencontrent les évêques en synode, à partir de ce dimanche avec une représentativité plus large, celle des assemblées ordinaires du synode des évêques. Entre temps le pape François a déjà fait avancer les choses avec deux motus proprio facilitant les démarches pour la reconnaissance de la nullité de certains mariages. L’assemblée synodale devrait remettre au Saint Père, et publier, la synthèse de ses travaux, et enfin la conclusion de toute cette démarche devrait être, en principe, une exhortation apostolique post-synodale par le pape dans les mois à venir. Ouf !

             Non, décidément, ce synode ne sera pas comme les autres, et il ne peut accoucher d’une souris. Je lisais récemment une réflexion qui me semblait tout à fait pertinente sur une comparaison entre ce synode et le concile Vatican II. Comme le concile, ce synode ne marquera-t-il pas un tournant dans l’histoire de l’Église ? Comme le concile, il ne va pas changer la doctrine, mais surtout le langage et la façon de faire. Il me semble que de nombreux indicateurs vont dans le même sens : non pas un changement sur la doctrine du sacrement du mariage mais une réelle prise en compte et un accompagnement personnalisé des couples. Il ne s’agit plus pour l’Église de passer son temps à réaffirmer ce que devrait être un couple chrétien –ou plutôt catholique–, mais d’accompagner les situations réelles, compliquées et complexes des familles d’aujourd’hui. Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et l’un des quatre présidents délégué du synode, va déjà en ce sens : « D’abord le synode ne prend pas de décision, il fait des recommandations, et le pape fait ce qu’il veut », a rappelé le cardinal Vingt-Trois. « Mais je ne pense pas que nous recommanderons de dire qu’il y aura un décret général qui permettra à tout le monde de faire ce qu’il veut. Nous recommanderons une approche spécifique, individualisée, d’accompagnement (…) pour les personnes qui souffrent de cette situation de divorcés remariés »

            Finalement en prenant la résolution d’une Église qui accompagne toutes les situations familiales, sans les juger à priori, tout en rappelant les exigences du mariage chrétien, l’Église ne sera-t-elle pas plus fidèle à l’Évangile et au Dieu miséricordieux ? Les exégètes nous rappellent que, dans la Bible, il n’y a pas un discours unique, ni un modèle unique de famille. ‘« Toutes ces histoires de familles viennent nous dire qu’il n’y a pas d’âge d’or de la famille, que cela a toujours été compliqué et qu’il a fallu l’intervention de Dieu dans ces histoires », explique le dominicain Philippe Lefebvre, professeur d’Ancien Testament à l’université de Fribourg (Suisse). Non pas que la Bible légitime toutes les formes de famille ! « Ce qui est important, c’est de voir comment Dieu vient les aider à travers leurs blessures, comment il les accompagne pour accéder à la vérité », abonde le P. Olivier Bonnewijn, professeur à l’Institut d’études théologiques de Bruxelles (Belgique).’ (Extrait d’un très bon article de Nicolas Senèze dans la Croix du 2 octobre sur les familles de la Bible). Nous sommes bien loin de ceux qui prétendent défendre « la » famille attaquée de tout bord. Certains évêques africains me font quelque peu sourire lorsqu’ils prétendent défendre la famille chrétienne, alors que je n’ai jamais rencontré de familles plus déstructurées qu’en Afrique et de familles sur « le » modèle chrétien aussi rares !

             Rendons grâce à Dieu pour la démarche synodale entamée depuis deux ans et confions au Seigneur la suite de ses travaux…

 


La vie par ici

Une école primaire au Togo

Une école primaire au Togo

           D’abord une petite note technique… Un certain nombre de fournisseurs de courriels s’évertuent à considérer la lettre hebdomadaire du blogue comme un spam. Avec Gmail, par exemple, j’ai beau, chaque semaine sortir la lettre des spams en signalant que ce n’en est pas un, elle y retournait systématiquement, semaine après semaine. Une abonnée m’ayant signalé son même souci je vous donne la solution que j’ai trouvée. Il faut, pour Gmail, aller dans « paramètres », puis « filtres » et créer un filtre en mettant dans objet : « Lettre aux amis du blogue » et comme action : Appliquer le libellé « Personnel »… Si cela peut aider certains… En principe vos différents fournisseurs ont des options pour signaler les non-spams.

       Sinon, rien de spécial par ici, les nouveaux frères d’Afrique de l’Ouest ont enfin tous rejoint leurs communautés d’étude, et la plupart sont déjà à la tâche, à Kinshasa, Ouagadougou et Antananarivo… Ici nous commençons à prendre notre rythme de croisière avec les jeunes pré-postulants et les nouveaux novices. Le palu a quelque peu sévi dans les rangs mais tout le monde se porte déjà mieux.

       Ah si tout de même une nouvelle remarquable, la rentrée scolaire a bien eu lieu lundi dernier, 28 septembre, c’est la première fois depuis que je suis au Togo que l’année commence à la date prévue. Espérons que cette année scolaire tiendra les promesses de cette rentrée, sans être amputée, comme chaque année, de plusieurs mois de cours…

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Difficile apprentissage de l’amour…

mariage-chretien.net4 octobre 2015, 27ème dimanche, année B, Mc 10,2-16 /

En ce jour même où s’ouvre la deuxième assemblée synodale sur la famille, l’Évangile nous replonge dans la question du divorce. « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » (Mc 10,2) Il me semble que ce n’est pas tellement le lieu, ici, de s’attarder sur l’actuelle position de l’Église puisque nous en saurons plus d’ici quelque temps, avec les conclusions du synode et surtout l’exhortation apostolique du pape François qui devrait s’ensuivre dans les mois prochains. J’aimerais prendre un peu de hauteur et poser la question : « Mais pourquoi vouloir renvoyer sa femme, ou son mari ? » Je partirai de ce fondement : « Le sens ultime de la vie consiste pour l’être humain à apprendre à aimer, à développer sa capacité d’offrir et d’accueillir un amour, en vue de vivre l’union à Dieu la plus intense et la plus belle possible »[1]. Le couple, la famille est donc un lieu privilégié pour faire cet apprentissage, comme la vie religieuse, l’amitié, l’engagement social, etc. peuvent être d’autres lieux pour faire cet apprentissage. Mais que cet apprentissage de l’amour est difficile !

Passer d’un amour fusionnel à un amour agapè !

Au début de l’histoire d’un couple, il y a une certaine dose d’affinité et de séduction, pour la beauté, l’intelligence, le plaisir et la joie que l’autre peut me donner… L’amour, au départ, sera donc plus ou moins fusionnel : les deux jeunes amoureux collés l’un sur l’autre et l’illusion que l’autre est parfait (« l’amour rend aveugle » comme on dit…). Le risque n’est-il pas d’aimer en l’autre ce que je retrouve de moi-même, et « d’utiliser » consciemment ou inconsciemment l’autre pour combler mes propres besoins ? Rien d’honteux à cela : il n’y a jamais d’amour parfait. On retrouve d’ailleurs le même type d’ambiguïtés dans les motivations pour la vie religieuse. La difficulté survient quand on veut en rester là et quand cet amour, plus ou moins immature, ne franchit pas ce premier stade. Car, avec le temps, l’autre devient moins séduisant, me fait moins rire et même me fatigue… Le véritable amour va devenir, alors, de plus en plus oblatif, je n’aime plus seulement l’autre parce qu’elle est belle, parce qu’elle m’apporte ceci ou cela, mais j’aime l’autre malgré ses limites, malgré le temps qui flétrit sa beauté, malgré ses défauts. J’accepte aussi que l’autre ne soit pas comme moi, qu’il ait ses jardins secrets, ses propres activités, d’autres réseaux de relations que les miens, etc… J’aime l’autre pour l’aider à grandir, à traverser ses épreuves, et pour, ensemble, affronter la vie… Bref il s’agit de passer d’un amour fusionnel à un amour agapè. La première cause de rupture ne se loge-t-elle pas là ? Dans l’impossibilité de faire ce passage ?

Passer d’un amour restreint à un amour universel…

Dans la perspective chrétienne, le but de la vie est de se préparer à vivre, en Dieu, une communion avec lui et avec tous les sauvés. Dans la vie religieuse, la communauté des frères ou des sœurs, que je n’ai pas choisis, qui sont de différents âges, de différentes cultures, de différentes sensibilités, sera le lieu d’apprentissage de cet amour universel auquel je suis appelé. Dans la vie de couple, c’est d’abord à travers l’amour de son conjoint, de sa conjointe que je vais pouvoir faire cet apprentissage. «  Ce lien entre l’amour humain et un amour divino-humain à vivre par chacun avec son cœur tel qu’il sera devenu, ce lien entre le bonheur à procurer aujourd’hui aux êtres chers et leur bonheur à venir en Dieu dans l’éternité, constitue l’un des dons les plus précieux que la mystique chrétienne puisse offrir à tout amour authentique et en particulier à une vie de couple : non seulement ce lien permet une unification entre vie quotidienne et quête spirituelle, notamment un réconciliation entre élan érotique et aspiration mystique, mais aussi et surtout il offre un sens à la vie et un sens à l’amour suffisamment élevés pour que chacun y puise une motivation forte, susceptible de soutenir un élan naturel qui, à lui seul, ne saurait inscrire un amour dans la durée et encore moins l’intensifier. »[2] Avons-nous suffisamment conscience que le temps qui nous est donné, ici-bas, est l’espace qui nous est offert pour élargir notre cœur et celui de nos proches, afin que nous soyons et qu’ils soient capables d’accueillir l’amour de Dieu et d’entrer dans la communion de tous les sauvés ? Cela donne un autre élan à la vie de couple non ?

Passer d’un amour idéalisé à un amour au quotidien…

La double question quotidienne à se poser qui pourrait permettre à un couple d’avancer  toujours vers un amour plus incarné, pourrait-être la suivante : « Quelle est la parole ou le geste qui contribuera le plus à faire grandir la confiance de mon conjoint d’être sincèrement aimé ? Quelle est la Parole ou le geste qui contribuera le plus à faire grandir sa capacité d’aimer et la mienne ? »[3]

Si l’on se situe dans cette triple perspective d’un amour toujours plus oblatif, d’un amour toujours plus universel et d’un amour toujours plus incarné au quotidien, je ne crois pas que l’on se posera la question de savoir s’il est permis ou pas de renvoyer son conjoint(e)… Mais cela demande bien sûr une véritable réciprocité dans cet engagement, « sans quoi le manque d’amour alors ressenti par l’un des partenaires, associé à un sentiment d’injustice à cause des efforts qu’il aurait déployés à sens unique, nourrit une souffrance parfois non avouée mais pourtant suffisamment présente pour rendre une vie de couple fort triste ou la vouer à une rupture probable. »[4]

Face à ce difficile apprentissage de l’amour,

Le permis ou l’interdit n’est pas l’essentiel,

Interrogeons surtout notre capacité d’Église

à accompagner les couples à chaque étape de leur vie…

 

[1] Fr Emmanuel, de Taizé, Un amour méconnu, Bayard, 2008, p. 194.

[2] Ibid., p. 195 ;

[3] Ibid.

[4] Ibid., p.246

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Le Royaume avance…

pape onu

Discours du pape à l’ONU ce 25/09/2015

                De soubresauts en soubresauts, notre monde avance vers le Royaume voulu par Dieu, mais on peut toujours voir le verre à moitié vide ou à moitié plein… Les évènements de ces derniers jours illustrent-ils plutôt un Royaume de Dieu qui piétine ou un Royaume qui avance ? À chacun de se faire sa conviction…

Le putsch au Burkina Faso, soubresaut regrettable d’une démocratie en marche a, une fois de plus, fait couler le sang… Mais la façon dont il s’est réglé est plutôt signe d’une Afrique qui grandit, de peuples qui ne se laissent plus dicter leur destin par quelques militaires isolés et d’une solidarité des nations africaines qui, malgré toutes ses imperfections, a permis une solution très honorable sans effusions de sang supplémentaires… C’est plutôt bon signe, non ?

La crise des réfugiés en Europe, et l’emphase médiatique autour de cet enfant mort sur une plage de Turquie, me fait également réfléchir. D’une part, je n’apprécie jamais tellement la manipulation des images et des émotions… Utilisant le prétexte de cette image, on a pu lire un peu tout et n’importe quoi sur une civilisation occidentale qui serait inhumaine et cruelle… C’est oublier un peu vite, non seulement les bénévoles qui s’engagent jour après jour et avec abnégation auprès des personnes réfugiées et migrantes, et ceci depuis des décennies, mais encore la mise en œuvre de moyens gouvernementaux ou européens pour faire face à cette crise. Chaque semaine, pour ne pas dire chaque jour, en méditerranée, les « méchants européens » sauvent des milliers de vies, embarquées, par des salopards, sur des rafiots qui ressemblent plus à des cercueils flottants qu’autre chose. Bien sûr, on pourrait toujours faire mieux, et chaque vie perdue est un drame, mais sachons aussi remercier toutes celles et ceux qui s’engagent au service de leurs frères meurtris. Par ailleurs, je ne sais pas si, dans l’histoire de l’humanité, on a déjà vu des nations, comme c’est le cas actuellement avec les nations européennes, s’organiser, dialoguer, se réunir pour répondre à l’arrivée massive de personnes cherchant refuge. La réponse n’est peut-être pas à la hauteur du défi mais apprécions les pas de géants faits par nos organisations supranationales pour répondre aux crises d’aujourd’hui…

D’ailleurs, l’ONU vient de fêter ses 70 ans. Là encore on peut décrier les insuffisances, mais apprécions aussi cette époque de l’histoire que nous vivons. Jamais depuis les débuts de l’humanité (l’homme est apparu sur terre il y a plusieurs millions d’années), les nations ne s’étaient, ensemble, attelées aux grands défis de notre monde. Ce bref extrait du discours, hier, du pape François aux Nations Unies nous  rappelle un peu le chemin parcouru :

« L’histoire de la communauté organisée des États représentée par les Nations unies, qui célèbre ces jours-ci son 70e  anniversaire, est une histoire d’importants succès communs, dans une période d’accélération inhabituelle des événements. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut mentionner la codification et le développement du droit international, la construction de la législation internationale des droits humains, le perfectionnement du droit humanitaire, la résolution de nombreux conflits ainsi que des opérations de paix et de réconciliation, et tant d’autres acquis dans tous les domaines de portée internationale de l’activité humaine. Toutes ces réalisations sont des lumières en contraste avec l’obscurité du désordre causé par les ambitions incontrôlées et par les égoïsmes collectifs. Certes, les graves problèmes non résolus sont encore nombreux, mais il est évident que si toute cette activité internationale avait manqué, l’humanité pourrait n’avoir pas survécu à l’utilisation incontrôlée de ses propres potentialités. Chacun de ces progrès politiques, juridiques et techniques est un chemin d’accomplissement de l’idéal de fraternité humaine et un moyen pour sa plus grande réalisation. Je rends hommage, pour cela, à tous les hommes et femmes qui ont servi loyalement, et dans un esprit de sacrifice, toute l’humanité durant ces 70 ans. »

            Enfin, vivant en Afrique depuis 4 ans et la fréquentant depuis 26 ans, j’aimerais toujours plus encourager mes frères à ne pas voir le verre à moitié vide mais le verre à moitié plein. L’Afrique avance, elle est pleine d’atouts et chaque pays a ses propres défis à affronter. Il est vrai que l’Afrique a été malmenée par certains occidentaux : elle a souffert de l’esclavagisme (aussi massif d’ailleurs par les arabes que par les blancs), elle a souffert de la colonisation (comme la plupart des pays de par le monde à d’autres époques) et souffre encore, parfois, de relations marchandes inéquitables (ce qui est vrai partout quand la loi du marché s’impose sans garde-fous) … Mais il est faux d’accuser les occidentaux massivement de tous les malheurs de l’Afrique, comme je le lis trop souvent, et d’entretenir un racisme voir une haine « du blanc ». Certains articles qui traînent sur les réseaux sociaux, sont totalement dénués d’objectivité et de rigueur scientifique. Certes, il ne faut pas nier le passé, ni les exploiteurs d’aujourd’hui qui existent sous toutes les latitudes et il faut maintenir la lutte pour plus de justice, de paix, de vérité et de dignité des peuples. Mais regardons aussi les mains tendues, les réalisations positives, les bienfaits des rencontres des cultures, les pas à faire aujourd’hui, sans ressasser sans cesse le passé et le prendre pour excuse ; sans déformer l’histoire au service d’une idéologie ; sans mettre dans le même sac tous les occidentaux… Le Royaume de Dieu, en Afrique aussi, est en marche !

J’aurais pu développer bien d’autres exemples de par le monde, illustrant les avancées de l’humanité, malgré les soubresauts de l’histoire. Au nom de notre foi, travaillons donc sans cesse à la construction du Royaume de Dieu, cultivons l’espérance, la paix, la communion entre les peuples et non l’esprit de rancœur, de pessimisme, de vengeance et de haine !


La vie par ici

Avec quelques uns des pré-postulants

Avec quelques uns des pré-postulants

Nous avons vécu au rythme de la crise burkinabè, sans être directement touchés, notre cœur n’était pas insensible à ce que vivaient nos voisins et nos frères. Dieu merci la « diendérade » fut brève et bien résolue…

Une fois de plus, j’ai porté le souci d’un de nos jeunes frères, le dernier à rejoindre sa communauté d’étude. Par manque d’attention et d’information, nous avons découvert, à nos dépens, que les règles d’obtention du visa kenyan avaient changé depuis le 1er septembre : plus question de l’acheter en arrivant sur place, mais uniquement par internet et à l’avance… Changement d’avion, tractations téléphoniques et électroniques avec Nairobi, nous ont finalement permis de trouver une solution pas trop onéreuse (grand merci aux frères de Nairobi pour leur aide, et notamment au frère Blaise). Il s’agissait encore ensuite d’obtenir le visa Malgache et de faire le dernier saut jusqu’à Antananarivo. Courage frère Gérard et bon début de ta mission d’étude.

Cette semaine nous avions également notre chapitre local, pour bien lancer l’année. Il s’agissait de faire plus ample connaissance entre nous, les 11 frères et novices, qui composons notre communauté ; de nous donner quelques repères pour l’année qui vient ; et de nous laisser interpeller par la dernière lettre du supérieur général sur la fraternité : entre tes mains Seigneur nous avons remis notre année à venir !

Un des novices, Valère, a passé tout le chapitre à l’hôpital en raison d’une bonne crise de palu, il vient de rentrer à la maison après trois jours de perfusions et poursuit son traitement à la maison. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.

Enfin, la semaine dernière, la lettre fut plutôt brève, car nous étions mobilisés par le lancement de l’année jubilaire du diocèse qui fête ses 60 ans d’existence, vous pouvez en retrouver quelques photos par ici.

 

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Élargissons nos cœurs !

138A27 septembre 2015, 26ème dimanche, année B, Mc 9,38…48 /

Ce dimanche deux petits passages qui n’ont pas vraiment de lien entre eux sont proposés à notre méditation. Le premier nous invite à cultiver l’œcuménisme et un esprit non sectaire, le second nous demande de prendre souci de notre âme, de notre « vraie vie », avant tout. Ce sont, finalement, deux aspects terriblement actuels de notre vie chrétienne. À l’heure des peurs islamistes, des replis identitaires, de la vigueur des Églises du réveil, réentendons la parole de Moïse : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » (Nb 11,29). D’autre part, face à une société toujours plus envahie par la technologie, l’hédonisme, la consommation, le culte du corps, Jésus nous redit « mais ne savez-vous pas que votre vie ici-bas est faite pour prendre soin de votre âme, de votre « vraie vie », de cette vie qui se poursuivra après la disparition de votre corps de chair ? » À quel œcuménisme, à quel dialogue, à quelle jalousie, sommes-nous invités ?

Quel œcuménisme ?

« Celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. » (Mc 9,39-41). Je note plusieurs points de repère dans cette réponse de Jésus à ses disciples, jaloux de leurs prérogatives de disciples. D’abord, qu’au-delà de tous nos cercles d’appartenance il s’agit de voir le Bien, là où il se trouve : là où s’opèrent des miracles, des œuvres, des écoles, des hôpitaux, des maisons d’accueil, des aides aux prisonniers, aux immigrés, aux réfugiés, aux malades, aux affamés, etc., là se trouve le Christ : « ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Deuxième critère : reconnaître ceux qui agissent « au nom de Jésus ». C’est bien là que l’on parle d’œcuménisme, au sens strict, c’est-à-dire entre chrétiens. Comment grandir dans une reconnaissance, dans une complicité, dans une prière, dans une action, communes avec nos frères chrétiens ? Certainement, déjà, en ne qualifiant pas de « secte » tout ce qui n’est pas catholique ! Troisième critère : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». C’est un excellent critère lorsqu’on s’intéresse à la nébuleuse des Églises du réveil : qu’en est-il de leur position par rapport aux autres chrétiens ? Cherchent-elles le dialogue et l’unité ou diabolisent-elles les autres Églises et en particulier les catholiques ?

Quel dialogue ?

Ce troisième critère nous ouvre encore à un espace plus large que le cercle chrétien : « qui n’est pas contre nous est pour nous ». Cela inclut les membres des autres religions, les agnostiques et les athées… Ceux que l’Église catholique aime appeler les « hommes de bonne volonté »… Ici nous entrons dans la sphère du dialogue interreligieux, du dialogue avec l’athéisme, du dialogue avec la modernité. Comment travailler ensemble à un monde plus juste, plus fraternel, plus respectueux de « notre maison commune », de notre unique planète ? C’est ici qu’intervient encore un quatrième critère : « celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ » (9,41) Il en va ici de l’hospitalité envers Dieu et envers ses représentants : « qui vous accueille, m’accueille. » On peut donc être bien accueilli au nom de notre appartenance au Christ, et j’en fais l’expérience chaque jour, en particulier en terre africaine : comme prêtres, reconnus comme « hommes de Dieu », nous sommes bien accueillis partout avec respect, par des personnes de toutes appartenances religieuses. Mais les principaux représentants de Dieu, ce sont les pauvres. Celui qui leur offre un verre d’eau,  le gîte, l’accueil, au nom de sa dignité d’être humain et donc de frère du Christ, ne restera pas sans récompense…

Quelle jalousie ?

« Serais-tu jaloux pour moi ? » (Nb 11,29) Devrions-nous être jaloux que d’autres fassent du Bien ? Que d’autres fassent connaître le nom de Jésus ou le nom de Dieu ? C’est peut-être ici que l’on peut faire un lien avec la dernière partie de notre passage évangélique. Ce dont nous devrions être jaloux, c’est de veiller sans cesse sur la qualité de notre « vraie vie ». « Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne.» (Mc 9,43) et idem à propos du pied et de l’œil. Il va s’en dire que Jésus ne nous invite pas à nous mutiler, il dit ailleurs que rien de ce qui est extérieur à l’homme ne rend l’homme impur mais que, c’est ce qui sort du cœur de l’homme qui le rend impur. Cela ne sert donc à rien de couper nos membres, ce ne sont pas eux qui nous font chuter mais notre convoitise, notre désir dévoyé, notre regard mauvais. Jésus veut donc simplement nous dire par là qu’il faut veiller jalousement sur la qualité de notre âme, de notre vie spirituelle, plutôt que de n’être préoccupé que de choses passagères y compris notre propre corps de chair… Ici aussi nous sommes donc invité à élargir nos cercles de préoccupation, pas seulement nos soucis du quotidien et de ce qui nous saute aux yeux, mais d’abord le souci d’une vie d’amour de Dieu, de tous les hommes, et en particulier des plus petits. Soyons-donc jaloux de la qualité de notre âme ou de notre cœur si vous préférez…

Oui, le Seigneur nous demande d’élargir nos cœurs :

À quel œcuménisme, à quel dialogue, à quelle jalousie,

Nous sentons-nous appelés ?

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